Dreams Runners : Le Théatre des Rêves ?

Avec Flash 8 chez Scorpion Masqué, Joan Dufour, nous proposait un puzzle game frénétique et sans temps mort que l’on pouvait pratiquer jusqu’à 4 joueurs ou joueuses et même en solitaire. Il a récidivé dans son dernier titre, dans Dream Runners. Nous retrouvons en effet ces composantes-là, comme il en témoignait dans cette interview, mais il ajoute aussi un peu de gestion de ressources.

Entrouvrons les portes du théâtre des rêves…

 

Je suis ton pire cauchemar

Arrêtons-nous sur cette boite et cette illustration magnifique de Jade Mosch que l’on a déjà vue à l’œuvre dans Kanagawa. Les couleurs pastels, l’univers graphique, l’onirisme qui se dégage de cette illustration évoque en nous Okami, le jeu vidéo. Deux personnages en mouvement ivres d’évasion prêts à traverser les rêves, ramasser des fragments de cristaux et chasser les cauchemars jusqu’au game over.

De ce côté là Dream Runners nous fait un peu déchanter : si le thème est présent, c’est plus pour justifier sa mécanique. Qu’est-ce qui fait courir nos personnages ? Nous ne le saurons pas. Les belles illustrations de Jade Mosch laissent place à une iconographie plus froide et moins évocatrice, mais on comprend que le défi était de ne pas casser la sacro-sainte ergonomie et c’était sans doute le plus important finalement.  

 

Simultanéité

Quoi qu’il en soit ne boudons pas notre plaisir car sa force est ailleurs, Dream Runners est surtout un jeu un peu hybride puisqu’il mixe du puzzle game avec de la gestion de ressources et un peu de prise de risque tout cela en simultané. En effet il va s’agir de contrecarrer des cauchemars et de ramasser des fragments d’étoile, sous la pression soudaine d’un sablier lorsqu’un joueur déclare avoir terminé son puzzle. On retrouve cela dans des jeux comme Galaxy Trucker de Vlaada Chvatil (aka Dieu). Cette soudaine contrainte nous pousse à la faute et génère des situations qui peuvent être ressenties comme de la frustration, mais surtout qui nous font dévier du plan bien réglé.  

 

 

Une mécanique simple et gourmande

Chaque tour que comporte le jeu, on va révéler une carte rêve qui représente un carré de 3 par 3 cases, et tous en même temps nous essayons avec nos tuiles polyominales de contrer des cauchemars (avec les mains violettes) et de gagner des ressources (les mains vertes). Dilemme ! On va devoir composer avec le temps qui s’écoule, mais aussi avec nos tuiles et finalement notre gourmandise. Un cauchemar qui n’est pas contré nous fait perdre des points sur notre piste de sérénité, mais des ressources nous permettent d’acheter de nouvelles tuiles, de gagner des clés qui nous permettront d’ouvrir des coffres et de collectionner des fragments d’étoiles qui sont là aussi un scoring de fin de partie.

Si nous débordons, c’est-à-dire si notre carré ne fait pas exactement 3 cases sur 3 cases alors là aussi on descend sur la piste de sérénité. Oui mais comment réussir à combiner la chasse des cauchemars avec une récolte fructueuse et sans dépassement ? Impossible surtout quand on essaie de placer notre symbole qui double la récolte sur la case. L’appât du gain est inévitable.

 

La piste de sérénité est ainsi faite que descendre doucement n’a pas trop d’impact, au début en tout cas, on sera donc tenté de privilégier le long terme en stockant clés et ressources. Mais le jeu est progressif, et si au début on glisse doucement, les cauchemars suivants sont bien plus agressifs et l’on peut chuter vertigineusement.
Attention, si on atteint la fin de la piste, c’est le game over, l’élimination pure et simple ; autant dire qu’il faudra jouer avec le risque de manière parcimonieuse. Pour avoir tenté le diable, je peux vous dire qu’il est quand même difficile d’être éliminé en cours de partie, mais la victoire semble toutefois assez improbable si l’on a dégringolé de l’échelle. En avançant, on achètera de nouvelles tuiles nous offrant de nouvelles possibilités, mais aussi embrumant notre cerveau devant l’abondance de choix.  

 

Rêve éveillé ?

Dream Runners est bien édité, on a un matériel pléthorique pour un prix tout petit (comptez 25€ en boutique). Je regrette juste le thermoformage qui est passé pas loin de la perfection, mais qui malheureusement perd en praticité. De plus, il faudra ranger sa boîte à plat sans quoi tout se retrouvera mélangé et obligé de tout retrier. Vraiment dommage !  

 

 

La prise en main est rapide, et le jeu offre de vrais choix à arbitrer. La simultanéité évite évidemment le paralysis analysis, mais la pression du temps (tic tac tic tac…) nous oblige à trancher et parfois regretter nos choix. Nous avons aussi une légère dimension de gestion de nos tuiles puisque l’on va pouvoir en acheter de nouvelles pour composer une stratégie. Attention quand même, le jeu est plus tactique que stratégique, on ne peut pas vraiment planifier, comme les chocolats de Forest Gump, on ne sait jamais sur quoi on va tomber et le jeu favorise surtout la prise de risque. Quelle bonne idée que ces coffres à ouvrir, inévitablement on a envie de les crocheter, de découvrir les surprises cachées à l’intérieur.

Dream Runners est une bonne surprise, un jeu familial dynamique, voire frénétique, qui nécessite toutefois un peu de pratique et d’acceptation vis-à-vis de la pression du sablier, ce qui ne fonctionne pas avec tout le monde.
Rapide à installer, rapide à jouer et addictif comme un jeu vidéo, jusqu’au game over. À dire vrai, je suis assez étonné de constater que ce jeu n’ait pas trouvé son public, il propose pourtant une mécanique audacieuse. 

 

   

2 Commentaires

  1. Groule 03/02/2021
    Répondre

    Testé, et approuvé. Un jeu simple et sans chichi. J’ai apprécié les tours de jeu simultanés et les trésors cachés dans les œufs. On est toujours tentés de les retourner.

  2. morlockbob 03/02/2021
    Répondre

    le thème est peut être trop dirigé. Et puis Ankama manque d’un vrai communiquant. Dommage oui, car ce jeu sait ménager une jouabilité grandissante. Un des oubliés de 2020 c ‘est clair

Laisser un commentaire