Dinner in Paris – La cuisine à la française

Ouvrir un restaurant en 2020… est-ce vraiment une bonne idée ?

Loin de la crise sanitaire et économique que nous traversons, c’est pourtant le thème qui est abordé dans Dinner in Paris, un jeu proposé par la maison Funnyfox (Ceylan, Candy lab). Il s’agit d’un studio du groupe Hachette, groupe qui a fait beaucoup de bruit avec une arrivée fracassante dans le monde du jeu de société, notamment avec l’As d’or 2020 attribué à Oriflamme (via Studio H). Hachette, c’est donc le « petit » nouveau dont la cote monte en flèche !

Revenons à nos moutons, ou à nos spécialités culinaires.
Dans Dinner in Paris, l’inauguration d’une nouvelle place piétonne est l’opportunité, pour le restaurateur que vous êtes, de vous implanter durablement dans un quartier prisé des parisiens et des touristes du monde entier.

Malheureusement, l’espace est limité et les mètres carrés sont chers et disputés : il va vous falloir développer vos restaurants en installant des terrasses vous permettant d’assoir votre position stratégique tout en empêchant l’installation de vos concurrents. Et s’il faut faire fuir quelques pigeons tout en slalomant entre massifs de fleurs, lampadaires, orchestres ou la fontaine trônant au milieu de la place, ce ne sera pas un problème pour vous.

Comme une célèbre émission télévisée pourrait l’annoncer : à vos ustensiles, prêt, pâtissez cuisinez !

 

Sur la place abandonnée, bar à vin et pizzeria…

Avant de nous installer dans le quartier, prenons le temps de faire le tour du propriétaire afin de dénicher les bonnes affaires.

La couverture de la boite de jeu s’attarde sur la place centrale autour de laquelle nos valeureux restaurateurs tenteront de développer leur influence. Le soleil est en train de se coucher, les lampadaires sont allumés et des lumières émanent des fenêtres des habitations, alors que les badauds commencent à s’installer sur les terrasses des restaurants. Avec la tour Eiffel et le Sacré Cœur en arrière plan, nous identifions immédiatement Paris, haut lieu de la gastronomie française (on pourra émettre des réserves toutes chauvines sur le choix de la ville, car c’est définitivement Lyon qui reste la capitale de la gastronomie française, mais j’imagine que le choix de Paris était sans doute plus pertinent pour intégrer la mécanique des pigeons ;)).

En ôtant le couvercle de la boîte, on trouve un grand plateau recto-verso (dont une face sera réservée pour les affrontements en tête à tête) représentant le terrain de jeu : une place carrée dont les pavés ont été découpés en quadrillage. Tout autour trônent les devantures de restaurants. L’habillage central est un peu austère avec un côté rétro qui ne plaira pas à tout le monde. Le rendu de la place est un peu terne par rapport aux couleurs chatoyantes de l’environnement, mais c’était probablement un choix fait pour améliorer la lisibilité.

On découvre également quatre plateaux individuels double couches, avec une grande partie des informations nécessaires au jeu : une piste d’argent, les coûts et nombre de restaurants disponibles pour chaque catégorie. Les établissements sont représentés par des bâtiments en plastique qui casseront la 2D du plateau pour un rendu plus agréable. Avant la première partie, on viendra y apposer des autocollants pour déterminer les types de devantures.
Chaque joueur dispose également de tuiles de propriété et de tuiles de terrasses en quatre couleurs différentes. Il y a plus de 300 tuiles au total, ce qui fait craindre une mise en place un peu longue et fastidieuse.

Pour compléter ce matériel somme toute d’excellente qualité, on trouve des cartes ressources, objectifs, majorité et pigeons, ainsi que des cubes translucides pour conserver une trace de notre argent disponible, et un carnet de scores pour faciliter les décomptes.

 

Formation en alternance 

Avant de lancer votre propre établissement, voyons ensemble les bases du métier. Commençons par mélanger les cartes ressources et à en dévoiler quatre qui seront à disposition des joueurs. Puis, mélangeons les cartes objectifs que nous placerons en pile faces cachées. Idem pour les cartes pigeons. On tirera alors au hasard une carte majorité qui trouvera sa place sur le plateau pendant que ses consœurs réintègreront la boite.

Préparons ensuite le matériel individuel : On place les tuiles terrasses à sa couleur sur son plateau, et on conserve les tuiles propriétés à proximité. On positionne le cube de couleur jaune sur la valeur 1 de sa piste de score et on met de côté le marqueur blanc.

Chaque joueur reçoit ensuite quatre cartes ressources qu’il garde en main à l’abri des regards (et de la convoitise) des concurrents. On distribue pour finir deux cartes objectifs à chacun : un des objectifs sera conservé face cachée alors que l’autre intégrera les objectifs communs que tout le monde pourra réaliser.

Les restaurateurs en herbe vont jouer à tour de rôle et devront alors piocher une carte ressource (action obligatoire), puis choisir deux actions parmi les suivantes :

  • Piocher une carte ressource

 

Sur ces cartes figurent des ingrédients ou des pièces. On peut prendre une des quatre cartes face visible ou tenter sa chance en prenant la première de la pioche. Attention cependant, car notre main est limitée à sept cartes et les excédents devront être défaussés à la fin de son action.
On remplacera les cartes au fur et à mesure pour avoir quatre cartes visibles en permanence.

 

  • Ouvrir un restaurant

 

Alors on défausse les ingrédients nécessaires à l’ouverture du restaurant (indiqués sur son plateau de jeu). Attention à ne pas se faire devancer par un autre joueur, car le nombre d’établissements de chaque type est limité. On prend alors le bâtiment en plastique de la taille correspondante (entre deux et cinq cases) et on le place sur un bord du plateau. On y appose son marqueur de propriété sur la toiture et on gagne le revenu permanent indiqué, en déplaçant son cube jaune sur la piste d’argent.

Le restaurant nous rapportera également quelques points de victoire en fin de partie.

 

  • Construire des terrasses (qu’une fois par tour)

 

Cette action permet de dépenser de l’argent pour construire des terrasses en les plaçant sur le plateau de jeu. En fonction des établissements, et du nombre de tuiles déjà posées, le coût d’une terrasse sera plus ou moins important (ces coûts figurent sur le plateau individuel). On pourra augmenter temporairement son revenu avec les pièces des cartes ressources ou des cartes pigeons faisant apparaître des pièces. On garde le compte du revenu utilisé avec le cube blanc.

Au fur et à mesure que des terrasses sont jouées, on débloque des paliers de revenus (avec le symbole de pièce sur son plateau) qui s’ajoutent au revenu permanent (on augmente alors son marqueur jaune, mais pas son marqueur blanc), et on gagne d’avantage de points de victoire en fin de partie.

Il existe quelques règles de pose bien sûr : les tuiles doivent partir d’un de ses restaurants et être connectées orthogonalement. On ne peut pas recouvrir les éléments de décor (à l’exception des pigeons qu’on écrasera sans vergogne, afin de piocher des cartes pigeons qui octroient des bonus immédiats ou à jouer quand on le souhaite), ni s’installer sur les bords (qui sont réservés aux établissements). On ne pourra pas non plus se retrouver avec deux terrasses adjacentes pour des restaurants différents, mais si l’ensemble de ces règles est respecté, on pourra venir poser ses tuiles devant un établissement adverse qui n’aurait pas encore de terrasses !

 

  • Réaliser un objectif personnel ou commun

 

 

Si les conditions demandées par un objectif sont réunies, on peut le réaliser. S’il s’agit d’une carte personnelle, on pioche une nouvelle carte de la pile et on décide de la garder pour soi (elle devient un objectif personnel) ou de la laisser disponible comme objectif commun. En fin de partie, les cartes validées permettront de gagner des points de victoire, alors que les cartes non validées en feront perdre.

 

 

On enchaîne alors les tours jusqu’à ce qu’une des trois conditions de fin de partie soit réalisée : X bâtiments construits (11 à deux joueurs, 13 à trois joueurs, et 15 à quatre joueurs), deux lignes de terrasses vides pour l’un des joueurs, impossibilité de poser un restaurant ou une terrasse. On termine alors le tour en cours afin que chacun ait pu jouer le même nombre d’actions, puis on compte les points de victoire.

Le score d’un joueur est égal au cumul des points de ses établissements, ses terrasses (le chiffre figurant sous la dernière terrasse posée de chaque ligne), les objectifs réalisés (ou non, ce qui donne des points négatifs) et les majorités (les points attribués dépendent du nombre de joueurs). Le restaurateur qui a accumulé le plus de points de victoire remporte la partie.

 

De commis à chef étoilé

Pour notre première partie à quatre joueurs, je me lance dans les explications de règles en m’appuyant sur le livret qui est plutôt bien organisé et bien illustré. Chacun semble comprendre facilement les actions possibles, même si un résumé des actions aurait été apprécié, que ce soit à la fin des règles ou sur le plateau. Rien de rédhibitoire cependant, car ces actions sont peu nombreuses. Après quelques tours de jeu, et une précision d’importance sur la pose de terrasses (oui, il est possible d’en placer plusieurs dans le même tour. Heureusement, sinon le jeu aurait été plus long et moins intéressant !), tout devient fluide et les tours s’enchaînent bien.

Nous restons raisonnables sur cette partie de découverte et ne cherchons pas à bloquer les adversaires, ce qui ne nous empêchent pas de constater que ces possibilités de blocage sont nombreuses. Cela rappelle un peu le jeu Blokus qui reste un indémodable pour notre famille. On se rend par ailleurs compte que la gestion de notre argent et donc de la montée en puissance de nos restaurants est importante : le petit dernier de la famille est parti rapidement sur un restaurant gastronomique (cinq cases occupées) et cela l’a beaucoup ralenti pour le reste de la partie. Quand on a les ingrédients en main, c’est tentant, d’autant plus qu’il n’y a qu’un seul gastronomique disponible, mais c’est de toute évidence une mauvaise idée.
Le développement est beaucoup plus rapide avec les friteries car le coût des terrasses est moindre, ce qui permet de prendre position facilement sur la place afin de collecter des cartes pigeons (qui aident tout de même beaucoup) et de se positionner sur les majorités (fonction de la carte majorité dévoilée en début de partie).

En fin de partie, je suis entièrement convaincu par cet opus et ai envie de relancer une nouvelle course aux restaurants ! Cela attendra finalement le lendemain où nous décidons de nous essayer au plateau à deux joueurs.

Pendant cette partie, c’est à mon tour de faire les frais de la tentation d’investir rapidement dans un restaurant gastronomique… Je prends rapidement quelques tours de retard avant de pouvoir développer des terrasses, tours que met à profit mon padawan pour s’emparer de cartes pigeons tout en commençant à s’installer autour des orchestres et dans la partie sud de la place (objectifs de majorité). Je vois également sa jauge de revenus permanents décoller doucement alors que la mienne a une fâcheuse tendance à stagner ! Je commets également des erreurs de placement sur mes établissements que j’omets de positionner pour jouer les majorités. J’aurai beau me démener pour recoller au score, je prends 20 points dans les dents en fin de partie.

On en fait une autre ?!

 

Ne pas prendre le client pour un pigeon

Dinner in Paris est un jeu mêlant avec précision gestion de main, placements, blocages, et micro-ressources (avec la jauge d’argent). L’ensemble est très fluide et les tours s’enchaînent sans réel temps mort. Néanmoins, sachez que les mauvais choix se payent parfois cher et certaines situations peuvent entraîner un retard de développement difficilement rattrapable. On n’est pas sur du win – win (avec un jeu qui accroit les écarts entre le leader et les autres), mais il faut cependant bien faire attention.

Sous ses apparences de jeu familial et accessible, avec son matériel du plus bel effet et son thème grand public, la boite cache bien son jeu. Elle saura conquérir un public plus averti s’il accepte l’aléas des cartes pigeons avec lesquelles il faut compter. À l’instar d’un Aventuriers du rail auquel il peut faire penser (le jeu avec les cartes, les objectifs non réalisés qui sont pénalisants, le blocages sur le plateau…), on pourra y prendre un plaisir immédiat dans la sphère familiale (le jeu est indiqué pour 10 ans et plus) avec des parties d’environ une heure. Notez pour vos dimanches en famille que plus vous augmenterez le nombre de joueurs, plus l’interaction se fera piquante.

Les plus exigeants sur la thématique pourraient trouver à redire sur le choix des noms de restaurants (certains sont peu glamours) et sur la correspondance (parfois questionnable) entre les ingrédients nécessaires et la devanture désirée. C’est toutefois une réelle réussite pour cet opus familial de Funnyfox. Si la fermeture des restau vous plombe le moral, voici un bon dérivatif en attendant leur réouverture !

 

   

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