Codex, l’ultime secret de Léonard de Vinci – la promesse de l’escape game à domicile ?

Depuis le succès des escape rooms, on a vu le milieu du jeu de société s’emparer du phénomène et tenter d’adapter l’expérience, le tout condensé dans des boîtes de jeu de plus ou moins grande taille à des prix les plus accessibles possible, puisqu’une fois le jeu consommé, il ne pourra plus être rejoué par les mêmes personnes, ni parfois même rejoué du tout lorsque l’on a besoin d’altérer le matériel. Si les séries Unlock! des Space Cowboys et EXIT de Iello tirent plutôt bien leur épingle du jeu, qu’en est-il des autres ? Comment parvenir à se démarquer et à exister dans l’offre pléthorique que l’on voit fleurir depuis quelques années ? 

Codex – L’ultime Secret de Léonard de Vinci fait partie de ces jeux qui, pour tenter de sortir du lot, nous propose de recréer l’expérience de l’escape room mais dans le confort de notre lieu de jeu. On nous fait la promesse d’“Un jeu d’enquête et d’escape game comme vous n’en avez jamais rencontré avant ! La boîte s’ouvre comme les portes d’une salle grandeur nature.” Voilà un pari ambitieux pour cette première réalisation de l’éditeur Le Lion vert !

Tout d’abord… Le jeu se présente sous la forme d’une belle boîte assez imposante et bien remplie.

 

 

À l’ouverture de cette dernière, nous tombons sur du matériel de jeu très qualitatif (fac-similés, boîte avec un cadenas, carnet, des photos, un miroir, etc.). Cela paraît très réaliste et nous plonge tout de suite dans l’histoire. Immersion renforcée par le fait que le jeu ne contient aucun livret de règles, mais un courrier de L’Office Notarial d’Amboise qui nous informe que nous sommes les seuls héritiers de la défunte Dina Calosi. Par conséquent, nous recevons ses effets personnels : une boîte remplie d’affaires ainsi qu’un dossier d’Hermès Investigation, une société privée d’enquêtes qui retrace les circonstances de sa mort.

Nous voilà plongés dans l’enquête, tout comme on le serait lors d’un escape game grandeur nature. De la même manière, certains éléments de jeu nous sont directement accessibles quand d’autres sont protégés. On voit donc tout de suite se dessiner certaines étapes à franchir dans le jeu. Pour commencer, nous allons devoir a priori trouver un code à 4 chiffres pour poursuivre notre investigation.

Oui, mais vous allez me dire que pendant une escape game, il y a tout de même un maître du jeu qui veille sur nous et qui nous distille des indices lorsqu’il voit que notre progression piétine ? Et bien ici aussi d’une certaine façon ! Nous sommes subtilement invités à nous rendre sur le site d’Hermès Investigation si nous avons besoin de « renseignements complémentaires ». Et là nous trouverons toute l’aide qu’il faut en cas de nécessité.

Je trouve cette façon de procéder assez osée car pour ma part, j’ai vraiment failli passer complètement à côté et ne jamais voir ce site, si l’un de mes joueurs n’avait pas eu la curiosité d’aller y faire un tour. Mais cela concourt vraiment à rendre l’expérience immersive et réaliste… Dans tous les cas, on se rend vite compte que le carnet de Dina Calosi semble une pièce centrale du jeu et pourra nous être utile à plusieurs reprises dans la partie. Finalement le site web est presque dispensable, même si rassurant pour éviter tout blocage.  

Niveau thématique, on est dans du plutôt classique : sociétés secrètes et alchimie, mais l’univers est bien développé. Certains éléments ne servent pas dans le jeu mais sont là pour enrichir la narration et nous “perturber” dans notre avancée. À nous de trouver ce qui sert de décor et ce qui est réellement utile !

Concernant les énigmes, sans être révolutionnaires, je les ai trouvées variées, intéressantes et équilibrées. Nous n’avons pas eu de difficulté à rassembler les différents éléments nécessaires à la résolution de chacune d’entre elles. Les solutions sont toutes trouvables sans aide. Tout est cohérent, accessible et pas capillotracté. Certaines énigmes nous ont tout de même bien fait fumer le cerveau !

Le niveau des énigmes et la thématique de l’histoire sont définitivement des points qui réservent ce titre à un public plutôt averti. Les enfants, tout comme les personnes qui s’essaient à l’exercice pour la première fois pourront vite se sentir complètement dépassés et ne pas prendre de plaisir. Je recommande donc clairement le jeu à des personnes familières des jeux d’énigmes. 

Pour terminer la comparaison avec les salles d’escape game : à l’instar de ces dernières, une fois la partie terminée, on nous offre la possibilité de réinitialiser le jeu, de le faire découvrir à d’autres personnes et même de personnaliser l’expérience des prochains joueurs. En effet, pour tout cela, l’éditeur propose sur son site un plan de jeu (accessible via un code issu du jeu) pour permettre de transmettre une boîte comme neuve.

Plan d’assemblage du jeu flouté pour éviter de ne dévoiler quoi que ce soit.

… Ainsi que le courrier de l’office notarial, à personnaliser.

En conclusion, le pari de l’escape room à domicile est plutôt bien tenu ! Les codes du genre sont là :

  • pas de règles de jeu et une immersivité immédiate
  • un matériel qualitatif et varié (dossiers, cadenas, clef, miroir, etc.)
  • un fil conducteur et une progressivité annoncée. Tous les éléments ne sont pas immédiatement disponibles (rôle du cadenas)
  • des éléments qui ne sont pas forcément nécessaires aux énigmes mais qui servent la narration 
  • un “maître du jeu” matérialisé par un site présent en cas de besoin pour nous donner une petite aide ponctuelle ou carrément la réponse à l’énigme.
  • des énigmes à la difficulté et au genre variés 
  • la possibilité de réinitialiser le jeu en fin de partie et de faire découvrir à d’autres personnes comme on le ferait par bouche à oreille avec des proches pour partager une expérience d’escape room

 

Je suis persuadée que les amateurs du genre se régaleront, même si pour moi la dernière énigme n’était pas tout à fait à la hauteur du reste de la boîte et m’a laissée un peu sur ma faim…Je me rappelle même avoir douté sur le fait d’avoir bien terminé le jeu et m’être exclamée un “Quoi ? C’est tout ?” 

Cela étant dit, après en avoir discuté un peu avec sieur Umberling, celui-ci m’a justement fait remarquer que les dernières énigmes des escape room ne sont jamais les plus compliquées. En effet, on est bien souvent lessivé après une heure intense à avoir mis notre cerveau en ébullition et en plus, on peut parfois être un peu pris de court par le temps. Il serait alors très frustrant de rester bloqué à ce stade là, si près du but et on comprend donc mieux pourquoi les dernières énigmes ne sont généralement pas trop compliquées. 

Et quand on adopte ce point de vue, on se dit que oui, cette dernière énigme fait sens et que oui, on est bien encore une fois dans les codes de l’escape room.

Autre solution pour les escapes à la maison (mais pour un autre public) : les escape box à installer un peu partout chez soi !

 

 

Mes 2 acolytes et moi avons fait le jeu en 2 sessions et cela nous aura pris facilement 3h au total pour terminer la partie. Nous l’avons fait en 2 sessions pour plusieurs raisons. Tout d’abord, nous avions commencé le jeu un peu tard (22h, ça n’est clairement pas une bonne idée pour se mettre dans un jeu pareil). Ensuite, les premières énigmes étant assez exigeantes, on était bien fatigués et nous n’avions plus trop les idées claires après les 2 premières heures de jeu (et il était déjà minuit). Enfin parce que le jeu nous y autorise : nous ne sommes pas chronométrés et l’organisation matérielle du jeu (comme déjà évoqué auparavant) fait qu’on n’aura pas de scrupule à s’arrêter après avoir atteint une étape.

Le jeu, à l’origine issu d’une campagne de financement participatif, est aujourd’hui distribué par Pixie Games. Il est donc trouvable dans de nombreuses boutiques à un prix aux alentours des 45€. Certains diront que ce prix est trop élevé pour un jeu à usage unique, mais au regard du matériel qualitatif que l’on y trouve, du temps que l’on y passe et tout simplement comparé au prix d’une escape room, alors le rapport qualité/prix est très bon.

Je pense enfin que ce jeu est un excellent investissement pour toute structure d’animation ludique (café jeux, ludothèque ou animateur indépendant) car il offre une très belle expérience de jeu réutilisable à loisir pour la structure, personnalisable grâce aux document proposés par l’éditeur et qui ne pourra être que décuplée avec quelques éléments de décors supplémentaires. 

Un grand bravo aux éditions le Lion Vert pour ce remarquable travail et vivement un prochain opus !

   

1 Commentaire

  1. morlockbob il y a 1 heure
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    Nous venons de le terminer, et c’est un grand bravo, à tous niveaux, qualité du matériel, de l’enquête, de la mise en situation. Ce coffre en a. A découvrir, même s’il est un peu cher.

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