Brian Boru : unir les royaumes d’irlande

Peer Sylvester est un auteur que j’apprécie pour son inclinaison à proposer des jeux aux mécaniques simples sans pour autant tomber dans le simplisme. J’avais été charmé par Polynesia et Le Roi est mort, un peu moins en revanche par le puzzle froid de “Jardins Anglais”.

Brian Boru est un jeu de contrôle de territoire sur une base de majorité, soutenu par une mécanique de jeu de plis. Un genre plutôt original, même si on pense à Joraku, cette pépite japonaise de Iori Tsukinami dont on avait déjà parlé. 

Un roi pour les rassembler tous …

En l’an 1000, l’Irlande était divisée en plusieurs territoires contrôlés par plusieurs rois. Brian Boru est un personnage historique qui a unifié son pays en combattant les Vikings, en construisant des monastères, en fomentant quelques ruses, mais aussi par les liens sacrés du  mariage.

Qui d’entre nous sera le roi d’Irlande ?

 

Une mécanique à base de plis et non un jeu de plis

L’Irlande est découpée en région, chacune comportant plusieurs villes. Quand un certain nombre de villes sont contrôlées, le joueur majoritaire peut revendiquer la tuile de la région, ce qui lui rapportera des points en fin de partie, à moins qu’un autre joueur devienne majoritaire à la fin d’une prochaine manche, auquel cas elle lui reviendra. 

Toutes nos actions vont être réalisées avec une mécanique de jeu de plis, que ce soit pour étendre son territoire, évoluer sur la piste de mariage, combattre les Vikings ou encore construire des monastères. Tout cela dans le but de gagner des majorités dans les différentes régions de l’Irlande.

À son tour, le joueur actif joue une carte de sa main, et indique une ville de la même couleur sur le plateau qui va être le théâtre de la prochaine bataille. Les autres joueurs doivent jouer une carte de la même couleur, plus haute, s’ils souhaitent gagner la ville. Sinon ils peuvent jouer n’importe quelle couleur ou valeur. 

 

 

On est loin de la belote grâce à un système de cartes multifonction où le gagnant remportera la ville, laissant en revanche aux autres joueurs le bénéfice d’une autre action. Dans Brian Boru, gagner un pli consiste certes à prendre possession de la ville, mais le perdre permet de réaliser un des deux cartouches du bas de la carte, ce qui est parfois mieux en fonction de notre stratégie.

La plupart des cartouches au bas des cartes permettent de gagner de l’argent, d’autres moyennant finance de prendre le contrôle d’une ville adjacente à l’une qu’on possède, classique. Chaque couleur est reliée à une action : le Rouge sert à combattre des pillards vikings, le Jaune à arranger des mariages, et le bleu à établir des monastères. Le blanc est la couleur royale, c’est donc l’atout, elle est considérée comme de la couleur demandée, mais ne remporte le pli que si elle est la plus élevée du tour.

À chaque fin de manche, nous avons un ou une prétendante qui sera le joueur qui sera monté le plus haut sur la piste de mariage. Ce qui donnera des points et une ville dans une région donnée la plupart du temps. À l’exception de la dernière : Estrid la reine du Danemark, mais j’y reviendrai.

Les rouges permettent elles, de combattre des vikings, car en début de manche on place un certain nombre de jetons vikings et s’il en reste en fin de manche, malheur à celui qui a le moins participé, il verra une de ses villes ravagée et contrôlée par les vikings. Et c’est le joueur qui aura le plus participé qui devra choisir la ville … Autant dire que ça peut être un sacré caillou dans votre chaussure.

Les monastères fonctionnent toujours selon ce même principe de majorité, le joueur ayant le plus participé gagnera l’insigne honneur de débuter la manche suivante, mais surtout, il va placer un jeton monastère autour d’une ville ce qui permettra d’augmenter l’influence de la ville pour remporter la majorité dans la région.

 

 

L’esprit des cartes

Revenons sur les cartes du jeu, j’ai omis de vous dire qu’elles étaient draftées deux par deux en début de manche, et ça change tout. On planifie, on construit sa main de cartes, et on sait ce que l’on transmet. Un habitué des jeux de plis a rapidement fait remarquer qu’il manquait une liste des cartes. Un internaute en a proposé une, que j’ai imprimé en plusieurs exemplaires pour chaque joueur, et qui effectivement me semble plutôt indispensable.

Elles sont numérotées et au nombre de 25. Plus la carte est élevée et plus elle a de chances de remporter le pli, mais en contrepartie, le gain est plus faible en cas de victoire. Gagner une ville au contraire avec une petite valeur va donner plus de bonus. Ainsi l’emporter avec un 4 jaune, permet non seulement de prendre le contrôle d’une ville, mais aussi de monter sur la piste de mariage, un 3 bleu de placer des jetons sur la zone des monastères, un 2 rouge de combattre des vikings. Vous avez l’idée 🙂 Par contre ça va demander beaucoup de planification pour réussir cela.

 

 

Les blanches, qui sont des atouts demandent à payer au contraire un tribut en monnaie, et c’est la même chose pour les cartes fortes dans les couleurs primaires. Par voie de conséquence, on ne cherche pas à gagner tous les plis et prendre le contrôle de toutes les villes, mais on va choisir ses batailles, où est ce que l’on peut gagner une majorité et prendre le contrôle de la région, à quel moment j’ai besoin de gagner un peu d’argent. Le combat contre les Vikings est important, je rappelle que s’il en reste en fin de manche, cela va coûter une ville au joueur qui aura le moins contribué à la protection du royaume.

 

 

L’art de la guerre

Le joueur actif (celui qui a gagné le pli précédent), a un avantage non négligeable, celui de déterminer le lieu de la prochaine bataille. Avantage un peu limité, quand on a des cartes de faible valeur… À moins que l’on ne cible une ville dans une région qui ne nous intéresse pas, mais qui va faire perdre du temps et des ressources à deux adversaires qui se disputent la région. Subtil et vicieux n’est-ce pas ?

Qui dit contrôle de territoires, dit conquête, oui c’est vrai, mais pas uniquement. Les mariages aussi permettent de gagner des villes, faire allégeance à l’église renforce son influence dans une cité sous notre contrôle, et on peut laisser les Vikings s’installer en gardant le contrôle pour voir les adversaires perdre leurs meilleures villes. En fin de partie on gagnera aussi des points de victoire pour notre présence dans les différentes régions.

 

 

La gestion de la géographie est importante, certaines villes sont isolées, et l’on ne peut contrôler une ville en payant que si elle est reliée à une ville que l’on contrôle, malin. De même, le timing peut être prépondérant. Ainsi, si un joueur monte sur la piste de mariage, je serais tenté de jouer sur un autre tableau plutôt que de perdre mon temps sur cet axe.

 

 

Le mariage avec Estrid la princesse du Danemark, (celui de la dernière manche) permet au joueur qui convole en justes noces de prendre le contrôle de tous les territoires vikings, soit pour en faire des comptoirs commerciaux et gagner des points pour la présence dans les différentes régions, soit en Soutien militaire, dans ce cas les possessions vikings comptent dans les majorités (mais pas pour la diversité des régions):)

 

L’avis de Brian d’Atom

Les illustrations sont signées Deirdre de Barra, une artiste irlandaise qui a réalisé plusieurs BD indépendantes. Elle avait mis en image la bande dessinée : Brian Boru & the Battle of Clontarf, la bataille où Brian Boru trouve la mort. 

Le style visuel est un peu naïf dans une imagerie Gaélique et nous évoque le travail de Jim Fitzpatrick, que l’on a pu découvrir (pour la plupart d’entre nous) sur Inis. Visuellement le jeu divise, il y a ceux qui trouvent ça laid, d’autres comme moi qui lui trouvent un certain charme ; cela a surtout le mérite d’être très lisible et c’est surement le plus important. J’apprécie la boîte aux dimensions réduites et les cartes format Tarot. On regrettera de ne pas avoir de liste des cartes, même si un utilisateur a pallié à cela.

Brian Boru est un jeu stratégique, mais aussi tactique, le draft de cartes est primordial, on y planifie notre stratégie, tout en étant obligé de s’adapter aux actions des autres joueurs. Le jeu nous offre plein de microchoix toujours importants et gratifiants, choisir la ville qui va subir nos assauts, semer la zizanie en ciblant une ville que l’on ne souhaite pas remporter, mais qui peut affaiblir un autre joueur, l’obligeant à s’engager dans la bataille, perdre une bataille pour préparer la suite, combattre les vikings pour se protéger, se renforcer dans une région pour ne pas perdre la majorité ou au contraire tenter d’être présent partout.

Comme beaucoup de jeux de majorité il est plus intéressant à quatre ou cinq joueurs, même si cela fonctionne plutôt bien à trois joueurs.

 

 

J’ai cité Joraku en introduction, parce qu’ils partagent le même esprit, un jeu de plis avec du contrôle de zone. Dans l’œuvre de Iori Tsukinami, on planifie aussi sur le long terme, on ne cherche pas nécessairement à gagner un pli, mais plus à déplacer nos troupes, à “zigouiller” celles des autres. La courbe d’apprentissage de l’un comme de l’autre est forte.

Peer Sylvester est un sacré auteur, sur une mécanique de jeu de plis, il réussit à produire un jeu de contrôle de territoire hyper ramassé dans le temps, où les choix sont multiples, un arbre décisionnel toujours intéressant et une interaction permanente. Un jeu d’une finesse et d’une intelligence rare. Un auteur qui ne fait pas dans l’esbroufe avec des tas de règles, mais qui condense sa mécanique en quelques cartes. Je sors totalement charmé par ce jeu brillant (Boru).

Cet été, la destination ludique c’est l’Irlande. 🙂 

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7 Commentaires

  1. Fabien 17/08/2022
    Répondre

    Tout ceci ressemble fort a l’excellent Condottiere en plus costaud (les plis/batailles determinent l’area control et les prochains lieux de bataille.)

    Intriguant.

    • atom 30/08/2022
      Répondre

      Je vais regarder ne serait-ce que par curiosité.

  2. frédéric ochsenbein 22/08/2022
    Répondre

    Acheté semaine dernière suite à son ludochrono qui m’avait intrigué, je ne regrette pas mon achat et rejoint une fois de plus l’excellent avis de M Atom : simple mais pas simpliste. J’y ai joué 2 parties à 3 et 2 parties à 4. Très accessible (j’y ai joué avec mon beau père qui est plutôt un joueur de 6nimmt et Skyjo ^^), et pourtant quelle richesse. Le gameplay cache un tas de subtilité sur le choix de la ville active, la gestion de son or, le timing des cartes, prendre la main ou pas,….le tout parfaitement équilibré et avec un tempo rapide où pas une seconde on s’ennuie. Chaque carte a ses avantages, et le choix lors du draft est cornélien. Le design peut déplaire, mais il a le mérite d’être très lisible.
    Excellent à 4, je l’ai trouvé très bien à 3 mais avec un petit bémol : si le joueur 1 ouvre avec une petite carte et que le joueur 2 laisse tombé en jouant un autre couleur, le joueur 3 peut se gaver en remportant le pli avec une carte de faible valeur, ce qui certes arrive rarement mais peut donner un avantage dans la partie lié à un bonne alignement des planètes que l’on retrouve moins à 4.

    • atom 30/08/2022
      Répondre

      Je suis d’accord, c’est plus adapté à quatre joueurs, mais ça reste malgré tout intéressant à trois joueurs. J’apprécie de plus en plus les jeux qui peuvent être profond sans avoir des points de règles dans tous les sens. J’apprécie l’épure. Je vais finir par me mettre au jeux abstraits si ça continue ^^

      Ce que tu dis est juste, mais il arrive aussi qu’un joueur te laisse gagner avec une petite carte parce qu’il a prévu autre chose, c’est ça que j’aime bien dans le jeu, il arrive que l’on perde volontairement parce que l’on a d’autres projets, par exemple évoluer sur la piste des mariages.

  3. -Nem- 22/08/2022
    Répondre

    Belle découverte pour moi aussi, j’ai eu un petit coup de cœur sur ma première partie et je compte bien en faire l’acquisition.

  4. lepatoune 24/08/2022
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    jeu repéré il y a quelques temps, j’attendais des premiers retours. acheté dans la foulée, et gros coup de coeur. C’est intelligent, très interactif et thématique. Le dilemme de pose de cartes avec des bonus inversement proportionnel aux valeurs est top. joué à 5 et 4 avec une grosse préférence pour 4

  5. Umberling 25/08/2022
    Répondre

    Evidemment beaucoup aimé ici aussi (même si le ludochrono a été… on dira challengeant à tourner :-D)

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