Ameritrash vs Kubenbois : l’éternel combat

Qu’est-ce à dire que ceci ? Sous ce titre belliqueux se cache une réflexion sur cette antédiluvienne partition entre le pays du fast food et celui de la bière qui fait pisser. Je veux bien entendu parler d’ameritrash et de kubenbois. Mais il va s’agir ici de s’intéresser à cette distinction, non pas d’un point de vue ludique, mais plus « sociologique ».

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Oh Jeannot, arrête la picole !

Mais qu’est-ce que la sociologie vient faire là ?! Mes diverses pérégrinations sur le net m’ont laissé voir certains phénomènes. Par exemple, cette tendance à la justification d’appartenir à telle ou telle « chapelle ludique ». Entre les pousseurs de cubes et les tenants des brouettes de dés chacun y va de sa petite réflexion sur son style de jeu, et surtout celui du voisin.

Il n’est pas rare de voir des sentences du type : « vilebrequin d’ados attardé » ou « petit comptable de supermarché » s’échanger à bout de forum. Je grossis un peu le trait mais on peut détecter une sorte de lutte des classes déformée où son orientation ludique serait symptomatique de ce que l’on est en tant qu’individu.

Si j’aime les dés et les thèmes forts alors je suis un crétin qui sait à peine compter fan de fantasy bas du front (en même temps c’est ma faute si un nain c’est petit ?) ; si j’aime les petits cubes roses alors je suis un être sans imagination coincé entre son inaptitude à manier la hache et la contrition globale de son habillement qui l’incline plus aux comptes d’apothicaire qu’aux quêtes épiques.

On déborde donc le simple cadre d’une inclination ludique pour entrer dans une sorte de dynamique où ce à quoi je joue détermine qui je suis. À pousser cette logique, on rentrerait dans un système où l’achat serait une sorte d’acte social affirmant une position précise. Aux yeux des joueurs, je suis polarisé si j’arrive avec une boite de Talisman à une soirée jeu, ou avec une boite de Caylus. Que je sois polarisé en tant que joueur, c’est une chose, mais que je le sois en tant qu’individu voilà qui est plus étrange.

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Oh Jeannot, fallait rester à la bière !

Je suis cinéphile avant d’être un joueur et j’ai l’impression que cette partition entre ameritrash et jeux à l’allemande, fait écho à celle entre cinéma d’auteur et blockbuster. Affirmer un choix culturel revient moins à émettre un jugement critique, qu’à imposer une appartenance socioculturelle. On est dans un système de symbole et d’objets qui renvoie moins à un contenu, qu’à une fonction. Si je me pointe dans une soirée tsoin-tsoin en mode écharpe d’intérieur/Télérama je vais m’intégrer à coup sûr si je produis les codes adéquats ; si je vends mon amour pour Steven Seagal pas sûr que j’obtienne un petit-four.

Le cœur du problème réside dans les propriétés accolées à chaque genre. Un ameritrasheur ne peut pas aimer le contrôle, ou le calcul ; il veut du matos à profusion, un thème qui déboite, des règles de 50 pages. Pour notre ami ameritrasheur c’est très réducteur. Tout comme pour son alter ego, il est réducteur d’être taxé de comptable sans imagination, ou d’adepte de jeu au thème complètement plaqué. Mais vient alors ces diverses propriétés considérées dans un contexte social. L’homme qui réfléchit, calcule, quantifie, planifie fera montre de plus « d’intelligence » que celui qui balance des brouettes de dés en espérant avoir de la moule.

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Oh Jeannot, t’es con ou bien ?

Voilà le nœud pathogène de cette histoire : relier directement les appétences ludiques à la notion « d’intelligence ». Comme si jouer à un jeu « intelligent » rendait intelligent ! Sinon il suffirait de lire Nietzsche pour avoir une belle moustache ! Une sorte de paradoxe absolue où ce qui est d’abord un loisir devient un outil de représentation. C’est oublier qu’on s’affirme plus en tant que joueur et individu par la manière dont on joue, qu’au type de jeu auquel on joue. Car il est possible de jouer intelligemment à un jeu très « con » et inversement. Mettez moi un nain entre les mains et une horde de gobelins et un dragon à affronter et je vais penser, planifier, quantifier dans le détail le moindre coup de tatane que je vais mettre à cette bande de tagazou ; demandez moi de placer un ouvrier et je deviendrai le chainon manquant entre l’homme et le croque-monsieur (j’suis persuadé qu’on a un ancêtre commun !).

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Oh Jeannot, je t’en remets un p’tit ?

Finalement ce phénomène est une récurrence de tout microcosme culturel. On y côtoie des sentences normatives : « si t’aimes ça alors t’es comme ça » ; de la subjectivité malmenée : « t’es qu’un vilain, tu joues à des jeux no-brain », et autres affirmations à l’emporte-pièce. Quelque chose d’assez compréhensible dans la mesure où un groupe socialisé génère des codes et autres normes. Là où, pour moi, cela devient problématique est lorsque cette dynamique sociale entend entériner la question de l’intelligence. La chose est dite de manière abrupte et ouvertement outrancière afin d’en signifier toute l’absurdité.

Je ne pense pas pour autant que ce phénomène projectif soit réellement conscient. J’utilise le terme « projectif » car on sent bien que derrière la défense de son école ludique, il s’agit également de parler de soi ; en vertu de l’équation déjà évoquée : je suis ce à quoi je joue, donc si je joue à quelque chose que je défends comme quelque chose d’intelligent alors je suis intelligent ! Tout joueur de Talisman est donc un crapaud en devenir. Je projette des caractéristiques sur un type de jeu qui par effet miroir me permet de me constituer en tant qu’individu (et d’avoir une existence sociale via la notion de représentation). La chose vous semble peut être capilotractée mais c’est un mécanisme que l’on retrouve souvent, que ce soit dans la culture dite mainstream (où je suis ce que je consomme) ou la culture  « geek » (où ce que j’aime – et donc ce que j’achète – me polarise vis-à-vis de mes coreligionnaires).

Même si aujourd’hui les étiquettes d’ameritrash et kubenbois tendent à se diluer du fait de l’explosion du marché et de l’émergence de produit de plus en plus hybride (on peut parler d’eurotrash) ; reste que les étiquettes sont pugnaces.

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La revue poisson d’avril de Bella Ciao

 

Et toi, à quoi tu joues ?

La question peut se poser. Comme je suis moi-même un ado attardé, ne suis-je pas simplement là pour redorer mon blouson noir ? Pour me donner contenance et bonne intelligence ? Pour ce qui est de l’intelligence j’ai regardé sur ma feuille de personnage, j’ai 2. Un point par bras j’imagine ! Plus sérieusement la question de l’objectivité peut être soulevée. Eu égard à ma polarisation ludique, mon discours n’est-il pas lui-même polarisé ? Cela est sûrement possible. Pour autant je ne pense pas que cela rende ma réflexion inutile. Je précise tout de même que ceci n’est pas un article « moralisateur » qui me servirait à maugréer mes contemporains ; je pointe juste du doigt une « étrangeté » due, à mon avis, à l’explosion des moyens de communications. La chose est donc globale, elle ne se restreint pas au seul monde ludique mais elle y revêt un aspect particulier. Car je n’entends pas qu’on puisse caractériser mon intelligence à partir de ma ludothèque.

 

   

25 Commentaires

  1. Grovast 18/06/2015
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    Waou, on sent le mec qui a bien travaillé son excuse pour jouer à Looping Louie 🙂

    Et tout à fait d’accord avec toi, le jeu ne fait pas le moine. J’ai même connu un améritrasheur qui savait lire, donc comme quoi il ne faut pas faire de généralité hâtive… 🙂

    Seriously : jolie analyse.

  2. TheGoodTheBadAndTheMeeple 18/06/2015
    Répondre

    Analyse très intéressante. Personnellement, je me qualifierais plutot en terme d’expérience ludique. Je sais ce que je j’aime et ce que mes différents groupes ludiques apprécient. Et c’est en ça qu’il y a une distinction entre les jeux mécaniques, et les jeux à thème.

    Les deux n’étant pas incompatibles, il est quand même difficile pour moi de trouver un thème à un jeu froid et abstrait comme Abyss ou Splendor.

     

    Pour moi, ce sont les joueurs qui font le jeu, et les joueurs prennent du plaisir sur différentes catégories de jeu. D’ou le pont effectué à la va vite de catégorisation des gens. Ce qui est totalement faux. Certains s’y enlisent dedans.

    C’est une question d’ouverture ludique. Aimer jouer, ça n’a rien à voir avec aimer l’ameritrash ou l’Eurogamer.

    Y a qu’a voir ce midi, on a fait un take 5 (un Kramer à chiffre sans le moindre thème) à 6 avec 4 ne connaissant pas le jeu, 3 amateurs d’ambiance et 2 de mécanique, résultat ce sont les amateurs d’ambiance qui ont le plus apprécié… Comme quoi 🙂 on aime faire du binaire mais la vie est finalement une immense palette de couleurs ludiques !

    • Shanouillette 18/06/2015
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      « on aime faire du binaire mais la vie est finalement une immense palette de couleurs ludiques ! » je dirais que même plus: « on aime faire du binaire mais la vie est finalement une immense palette de couleurs ! » car c’est tellement vrai pour tout !

  3. El Cam 18/06/2015
    Répondre

    C’est un sujet intéressant et l’analyse va bien avec. Perso, je fatigue un peu d’entendre parler de cette distinction entre kubenbois et ameritrash. Non seulement elle n’est pas vraiment représentative de la majorité des joueurs, mais elle n’est pas non plus représentative de la majorité des jeux. Pour quelques titres qui représentent parfaitement l’une ou l’autre des chapelles, il y en a une flopée qui sont entre les deux ou qui partent dans tous les sens. On pourrait trouver aussi facilement d’autres standards pour définir les chapelles que ça marcherait pareil, je pense.

    Du coup, est-ce qu’on assiste pas à une minorité de joueurs qui utilisent ces termes comme étiquettes de reconnaissances (ou plutôt pour dénigrer ceux qui jouent pas comme eux ? Ca m’a l’air plutôt péjoratif, comme appelations, en vrai) ? Dans ce cas, la meilleure chose à faire en tant que joueurs et critiques éclairés serait-y pas de plus les employer ?

    • atom 18/06/2015
      Répondre

      tu sais tu retrouves cette distinction aussi, quand tu as un joueur qui te dit qu’il aime les gros jeux ( sous entendu, je suis intelligent moi j’ai pas de temps a perdre avec du jeu familial +) le must étant la catégorie des jeux velus, en général je demande tout a fait sérieusement si c’est un jeu avec des poils, un jeu ou on doit gérer un centre de beauté et faire le maillot de starlettes. Perso je ne me pose pas la question, je joue a ce qui vient et si c’est bon j’y rejoue. C’est la même chose avec le geek, il aime bien se croire unique. Même si parfois c’est juste un No life.

  4. Shanouillette 18/06/2015
    Répondre

    C’est vrai, même si certains jeux s’y prêtent bien. Mais je me rend compte que je définis plus souvent par la mécanique que par l’école. Un jeu de deck building, un jeu de gestion de ressources, un jeu de conquête et de contrôle de territoires, un jeu de bluff etc. Finalement je crois que ces oppositions binaires inutiles nous les dépassons déjà 🙂

  5. Cormyr 19/06/2015
    Répondre

    Sujet passionnant, et clivant, et il n’était pas facile de s’y attaquer. Bel article, très intéressant mais en revanche je ne suis pas d’accord avec le point de vue proposé.

     

    Par un raccourci honteux, je vais résumer l’article à ce point de vue mis en exergue par l’auteur :

    Voilà le nœud pathogène de cette histoire : relier directement les appétences ludiques à la notion « d’intelligence ». Comme si jouer à un jeu « intelligent » rendait intelligent ! 

    Et bien non, à part quelques boutades ou quelques remarques de joueurs en mal de reconnaissance, ce n’est pour moi absolument pas le sentiment qui domine lors des amicales « oppositions » entre cubipousseurs et ameritrasheur. D’ailleurs, moi qui aime les deux types de jeu, serais-je parfois intelligent et parfois non ? Et plusieurs joueurs que je connais sont d’excellents cubipousseurs qui aiment bien de temps en temps se poutrer sur un ameritrash, voir un wargame. Rien que ces contre-exemples, assez nombreux autour de moi, suffisent à démontrer que le nœud pathogène de l’histoire n’est pas là.

     

    Pour moi, il se situe plutôt dans la volonté de contrôle, le rejet de l’aléatoire (et c’est un sujet à par entière aussi que le hasard dans le jeu), et la probable inconsciente pensée que sans hasard, le contrôle démontre une véritable supériorité ludique — et pas une intelligence supérieure —

     

    La totalité des cubipousseurs que je connais qui n’aime pas l’ameritrash, et j’en connais un nombre certain, le rejette, non pas à cause du thème qui serait infantilisant, du fait que le jeu serait moins subtile, mais du rejet de l’effet hasard qui empêche un contrôle absolu — ah ces dés qu’on ne peut contrôler et maîtriser ! — ou de voir son bel édifice si patiemment construit après une planification digne d’un plan quinquennal, détruit par son voisin belliqueux.

     

    Revenons sur les différents éléments de mon point de vue :

    –  le thème n’est pas un problème en soi, et encore moins considéré comme infantilisant ; la preuve en est des satisfécits réjouis face à un deutchlandmüll où le thème sert enfin la mécanique 😉

    – le contrôle est le point majeur des cubipousseurs forcenés qui ne supporteront pas ne pas pouvoir calculer/prévoir/planifier tout sans être perturbés par du hasard (cf point ci-dessous) ou un adversaire qui viendrait détruire ce qui a déjà été construit ; n’est-ce pas les cubipousseurs qui ont inventé la notion d’interaction indirecte qui est presque un oxymore puisque l’interaction désigne l’action réciproque exercée par deux système l’un sur l’autre ? Ils nous expliqueront que la pose d’ouvriers provoque des interactions fortes puisqu’on va empêcher l’autre joueur de réaliser telle ou telle action : ils oublient juste de préciser…. pour ce tour-ci… mais là encore, l’interaction est un vaste sujet que je ne voudrais pas ouvrir ici ; quoiqu’il en soit, un des nœuds du problème est de ne pas voir un sagouin détruire son bel édifice ainsi le cubipousseur pensera qu’il a le contrôle absolu de sa destinée ; ce qu’il aime c’est prévoir, planifier, calculer, optimiser et il a l’impression que ce n’est pas possible dans un ameritrash à cause du phénomène de destruction – et pourtant, l’ameritrasheur planifie, calcule, optimise quand il déploie sa stratégie, la seule différence c’est qu’il sait qu’il va devoir s’adapter et qu’il devra prendre en compte ses adversaires dans ses plans machiavéliques ;

    – le hasard, terrible hasard qui est la cause de tous les maux ; ce hasard qui vous empêche de gagner car le bon tirage de dés n’est pas venu au bon moment : un vrai problème pour les adeptes du contrôle qui ont du mal à accepter cette part de chaos, chaos par nature incontrôlable et qui détruirait leur belle construction intellectuelle ; comment alors que j’attaque avec deux fois plus de troupes, je ne l’emporte pas ? Et pourtant, selon la mythologie grecque, le chaos est à l’origine de la vie, il précède l’origine du monde et même les dieux… quoi ? le chaos m’empêcherait de m’affirmer comme un Dieu du jeu ayant le contrôle absolu de ma destinée ? Vade retro hasard maudit ! Alors que l’ameritrasheur s’en jouera, profitera de l’entropie générée pour vivre une aventure, se transportera dans un autre monde, une autre vie… d’où l’importance du thème. Le chaos c’est la vie, et l’ameritrasheur ralera contre le hasard au cours de la partie mais en rira à la fin – l’ameritrasheur serait-il finalement un hédoniste quand le cubipousseur serait un épicurien ?

     

    Pour conclure, je dirai que le nœud du problème, selon moi, se situe dans la notion de contrôle et de hasard. La différence majeure que je vois entre les deux styles de jeux, et de joueurs est dans cette volonté de maîtrise de son destin face à l’acceptation des aléas — oserais-je dire de la vie — ?

     

    Et si je devais faire une référence plus geek, je citerai l’œuvre de Michael Moorcock qui développe une métaphysique basée sur l’opposition de la Loi — l’ordre — et Chaos — l’entropie — comme on pourrait opposer DeutschlandMüll et Ameritrash :

    Kubenbois/Lois : ordre, structure, justice (face à l’injustice du hasard ?) doivent gouverner le monde, car sans loi rien de matériel ne peut exister (face aux destructions autorisées dans les ameristrah ?)

    Ameristrash/Chaos :possibilité d’agir sans entrave, le chaos peut être beau (rappelons que le chaos est source de tout) mais incontrôlé il peut perturber la vie, détruire des systèmes

     

    Et n’oublions que la balance cosmique vient équilibrer tout cela et nous rappeler qu’il faut un mélange subtil des deux, que sans chaos le monde serait triste et morne, et que sans la loi la destruction et la désolation règnerait. Selon cette théorie, les vrais joueurs ne seraient-ils pas ceux qui pratiquent les deux styles de jeu ?

     

    • TheGoodTheBadAndTheMeeple 19/06/2015
      Répondre

      Il me semble important de rappeler que le hasard n’est pas le chaos 🙂 Fin c’est mon avis ^^

      Le hasard est pur et incontrôlable. C’est celui de la pioche ou du dé contre lequel tu ne peux pas raler. C’est dans l’ordre des choses. Celui ci, tu ne peux que lui appliquer des probas.
      Le Chaos est induit par les joueurs, qui de leur propre chef induisent des changements de l’état du jeu. Il est contrôlable en les influençant. Cela relève d’un autre type d’intelligence.

      J’aime bien le Chaos perso, entre joueurs avertis que je peux être le pire des enfoiros, mais je ne suis vraiment pas fan du hasard. Et je n’aime pas résumer un jeu à un ultime jet de dé, mais à une progression. D’Où le fait que j’aime les jeux dits de stratégie ou l’on peut contruire/planifier quel que soit le chaos ambiant !

      Sinon ton point de vue est propre et clair, j’aime !

      • Cormyr 19/06/2015
        Répondre

        Tu as raison le hasard n’est pas le chaos, mais il y contribue par le désordre qu’il peut amener 😉

    • Opyros 19/06/2015
      Répondre

       
      Merci pour ton commentaire détaillé. Tout d’abord comme le dit Meeple le Chaos n’est pas le hasard (j’ai écrit un long commentaire la dessus : http://ludovox.fr/hasard-jouer-ou-jouet-a-vous-de-choisir/#comment-41297). Par ailleurs je ne pense pas que sur le plan méthodologique proposer des contre-exemples soit suffisant pour invalider mon discours. Moi-même si j’avais du écrire un article à partir de ce que je voyais avec mon groupe de joueur je ne l’aurais pas fait cet article. De plus le sujet « m’est tombé dessus » on va dire. C’est quelque chose que j’ai remarqué, qui s’est imposée à moi. Comme je le dis dans l’article c’est un phénomène qui vient avec un groupe dit « socialisé » (donc un une communauté de personne assez large pour générer des codes), autant de processus pas forcément à l’œuvre à l’intérieur d’un groupe restreint d’individus.
      Tu dis : « Pour moi, il se situe plutôt dans la volonté de contrôle, le rejet de l’aléatoire (et c’est un sujet à par entière aussi que le hasard dans le jeu), et la probable inconsciente pensée que sans hasard, le contrôle démontre une véritable supériorité ludique — et pas une intelligence supérieure ». Mais pour moi le problème est ici avoir l’assurance qu’un jeu avec plus de contrôle serait symptomatique d’une supériorité ludique. Pour avoir lu une quantité astronomique de post/réaction/article on se rend compte que, la plupart du temps, cette pensée qui associe supériorité ludique et intelligence est « inconsciente », sinon cachée sous une sémantique assez parlante au final. Par exemple si on reprend tes propres mots :
      «  – Kubenbois/Lois : ordre, structure, justice (face à l’injustice du hasard ?) doivent gouverner le monde, car sans loi rien de matériel ne peut exister (face aux destructions autorisées dans les ameristrah ?)
      – Ameristrash/Chaos :possibilité d’agir sans entrave, le chaos peut être beau (rappelons que le chaos est source de tout) mais incontrôlé il peut perturber la vie, détruire des systèmes »
      Si on devait analyser assez rapidement tes propos on peut voir qu’il s’y cache tout de même une asymétrie de traitement : d’un côté les kubenbois c’est l’ordre et la justice, de l’autre un ameritrash c’est du chaos et le chaos ça peut être beau. Si on te suit un ameritrash ça peut être beau alors qu’un kubenbois c’est forcément de l’ordre, et l’ordre c’est bien (ce « peut être beau » est vraiment perturbant je trouve). D’un côté le kubenbois est proposé comme une force créatrice et positive, de l’autre l’ameritrash comme une force destructrice et chaotique (limite on peut penser à pulsion de mort/pulsion de vie). Le procédé est malhonnête de ma part de faire ça, peut être que ce n’était rien d’autre qu’une vaste métaphore pour toi mais les mots ont vraiment un poids pour moi. Quand tu commences à analyser les propos des gens c’est là qu’on se rend compte de ce processus sous-jacent. Vouloir paraitre intelligent aux yeux de ses contemporains est une chose assez naturelle mais cela devient gênant quand ça phagocyte le débat ludique. Parfois ce n’est rien, quelques mots lâchés au détour d’une phrase (un peu comme le sexisme) mais la chose n’est reste pas moins présente. Après je comprends ton discours et il est heureux qu’il existe des gens qui s’embarrassent de telles considérations sur « l’intelligence » d’un jeu.
       

      • Cormyr 19/06/2015
        Répondre

        Loin de moi l’idée d’invalider ou dénigrer ton discours. Je proposais un autre point de vue. J’ai simplement dit que je n’étais pas d’accord.

        Sur ton analyse des mots et une supposée pensée de supériorité inconsciente, je ne l’ai jamais ressenti. Cette sémantique parlante, je ne la vois pas car elle n’est pas explicite. Je ne dis pas qu’elle n’existe pas chez certains. Je pense simplement qu’elle est minoritaire. Et là où tu vois des propos de supériorité cachés ou inconscients, moi j’y vois de l’humour, de la provocation, un petit jeu. Jeu de provoc et de comparaison poussé à l’extrême par la Lidja par exemple.

         

        Pour le hasard et chaos, je suis d’accord que le hasard n’est pas le chaos, c’était un raccourci de ma part qui facilitait mon propos. Néanmoins, il y participe, il peut en être l’un des éléments moteurs.

         

        Quant à ta citation de mes propos et ton analyse rapide, je la trouve excellente de ce que tu évoques : une sémantique qui révèlerait un inconscient ou une malice. Tu dis

         

        Si on devait analyser assez rapidement tes propos on peut voir qu’il s’y cache tout de même une asymétrie de traitement : d’un côté les kubenbois c’est l’ordre et la justice, de l’autre un ameritrash c’est du chaos et le chaos ça peut être beau. Si on te suit un ameritrash ça peut être beau alors qu’un kubenbois c’est forcément de l’ordre, et l’ordre c’est bien 

         

        Or ceci est une interprétation sous le prisme de ta propre vision/conception/perception/…. car je n’ai jamais dit que l’ordre c’était bien. Bien au contraire, si tu te réfères à la métaphysique développée dans l’œuvre de Moorcock que je cite, la loi absolu c’est l’horreur, tout comme le chaos absolu aussi. Il faut un juste équilibre que tente d’établir cet être suprême qu’est la balance cosmique. Je le précise d’ailleurs dans ma réponse.

        Donc ta perception de mes propos est assez différente de ce que j’ai voulu exprimer… tu y as vu quelque chose que je n’ai même jamais pensé.

        Au final, me suis-je mal exprimé, as-tu interprété mes propos ? Un peu des deux sûrement.

         

        Il faut donc faire attention au sens que l’on donne aux mots, en particulier aux sens cachés que l’on croit déceler. Il ne faut surtout pas oublier qu’on peut leur donner un sens en fonction de sa propre sensibilité. Tu vois un sentiment de supériorité quand moi j’y vois de l’humour provocateur. Et quand je discute avec des joueurs, d’où qu’ils viennent, et j’en ai croisé des centaines, on se rend compte en débattant que c’est plus un problème d’affinité, de goût pour l’optimisation, le contrôle, la non-aggression qu’aiment les cubipousseurs, quand les ameritrasheurs vont vouloir vivre une épopée, s’affronter, se confronter. Des gouts et des couleurs. Rien de plus.

        Que devrait-on dire sinon de la Lidija et de ces fous qui aiment tourner autour d’une table en hurlant avec un pistolet à fléchette ? 😉

        C’est pourquoi, si je comprends ton point de vue, je n’y adhère pas et que je crois plus que c’est une histoire de goût relatif à un style de jeu.

         

         

        • Opyros 19/06/2015
          Répondre

           

          Je crois que j’ai été un peu trop lapidaire dans mon premier post ! Je ne disais pas que tu voulais invalider mon discours, je faisais juste une remarque méthodologique par rapport à cette phrase « Rien que ces contre-exemples, assez nombreux autour de moi, suffisent à démontrer que le nœud pathogène de l’histoire n’est pas là. » ; je voulais simplement dire que que quelques contre-exemples ne suffisent pas à démontrer que le raisonnement était faux (c’était juste une remarque méthodologique encore une fois).

          Concernant l’humour je ne crois pas le manquer quand j’en voie. Tu peux remarquer que j’ai moi même un humour assez particulier. Je ne suis donc pas prompt à confondre trait d’humour et sentence. Mais il se cache parfois des choses sous le prisme de l’humour. Si je me fends d’un « Mage Knight c’est pas un jeu de gonzesse ! » et qu’il y a une joueuse à côté de moi, je parie  qu’elle coûtera fort peu l’excuse « c’est de l’humour ». Parfois l’humour est symptomatique d’une idéologie.

          Quant à mon interprétation de tes propos je le dis moi même dans mon message : c’est malhonnête (je ne dis jamais qu’il y a une malice dans tes propos, la seule chose que j’avance est une asymétrie qui est réelle, tout comme propre discours l’est eu égard à mes appétences ludiques). Je me suis permis cette « malhonnêteté » car ta métaphore m’a fait un effet étrange, aimant l’ameritrash j’ai eu l’impression de ne jouer qu’à des jeux mortifères où il s’agit de tout péter et buter des gens (je ne dis pas que c’est ce que tu voulais dire, je n’ai pas trop lu Moorcock c’est peut être pour cela que j’ai du mal à appréhender sa métaphysique). Par ailleurs, j’ai associé ordre et bien dans tes propos parce que tu répètes que le contrôle et l’absence de hasard sont préférables ; comme le kubenbois est associé à cette absence de hasard et au contrôle je me suis permis d’y accoler le terme « bien », peut être un peu abusivement.

          Quant au sens des mots liés à la sensibilité, je ne pense pas le faire. Déformation professionnelle oblige (j’suis philosophe de formation j’ai bossé sur le langage, la logique et l’histoire des sciences), je me réfère souvent à l’étymologie des mots. Peu importe ce que je peux penser d’un mot, son sens historique est indépendant de moi. Après il peut m’arriver de comprendre quelque chose de travers (faut pas déconner) mais j’essaie de ne pas faire de projection. Comme je l’ai déjà dit ce phénomène n’est pas quelque chose que j’ai cherché, il m’est tombé dessus. C’est à forcer de constater certaine récurrence que je me suis interrogé.

           

          • Cormyr 19/06/2015

            Encore une fois, je pense qu’on est bien dans du ressenti et pas dans une analyse sémantique étayée. Par exemple tu dis  :

             

            Par ailleurs, j’ai associé ordre et bien dans tes propos parce que tu répètes que le contrôle et l’absence de hasard sont préférables ; comme le kubenbois est associé à cette absence de hasard et au contrôle je me suis permis d’y accoler le terme « bien », peut être un peu abusivement.

             

            Je n’ai jamais dit que c’était préférable. Ce dernier mot n’a même pas été employé. D’autant que plus que je suis un joueur d’ameritrash. J’adore Mage Knight, j’ai fait un article récemment sur Gear ou War, je prépare une chronique sur X-Wing dans lequel j’ai investi plus que de raisonnable.

             

            Donc ce que tu perçois, peut être parce que mes mots sont mal choisis, comme une préférence pour les kubenbois. À partir de là, tu sembles croire que je critique les ameritrash, et il n’en ait rien.

             

            Je dis juste que je ne ressens pas d’ostracisme ou de mépris de la part des kubenbois, mais plus de l’humour potache de personnes ne recherchant pas les mêmes choses dans les jeux.

             

             

  6. fouilloux 19/06/2015
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    Je suis un peu surpris de ce débat. Clairement, je peux voir des joueurs avec des aspirations différentes (je me sens moi même plus améritrasheur que pousseur de kubenbois). En revanche, jeeen crois pas avoir observé de franche animosité, mépris ou quoi que ce soit entre les différents types de joueurs.

    A la limite, j’ai déjà pu une fort esprit de compétition sur des jeux où le hasard était absent, mais c’était plus entre les joueurs. Il faut dire que cela s’y prête: pour quelqu’un qui aime montrer aux autres qu’il est le meilleur, ce genre de jeux est parfait, parce que l’adversaire battu ne pourra pas invoquer le hasard. Mais là on est plus dans le comportement d’exception que dans le comportement majoritaire

    • Cormyr 19/06/2015
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      On est d’accord 🙂

    • Sha-Man 19/06/2015
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      Troll (bis) : je crois qu’au fond de moi j’ai un peu de mépris quand même pour les pousseurs de cubes 😉

    • Opyros 19/06/2015
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      Pour répondre à Fouilloux : le problème n’est pas individuel, il est social, c’est-à-dire qu’il émerge quand il ne s’agit plus d’être mais de paraitre. Quand on interagit à l’intérieur d’un groupe ou d’une communauté on peut être directement ou indirectement impacté par une dynamique globale propre à ce groupe. Il suffit de voir les phénomènes que provoquent les kickstarter, on est parfois face à une émulation collective proche de l’hystérie, même si au fond il ne s’agit que de partager son enthousiasme.

  7. Sha-Man 19/06/2015
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    J’hésite à troller mon propre site là.

    J’ai copié-collé ma phrase incendiaire sur les kubenbois et les comptables sans humour pour une réutilisation ultérieure 😉

    • Umberling 20/06/2015
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      Tu attends de faire une réussite critique sur ton jet de dés de blague pour te lancer ?

      • Sha-Man 20/06/2015
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        Je suis pas inquiet, en tant que patron j’ai des relances gratuites avec mes employés 😉

  8. Tom Vuarchex 20/06/2015
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    Tss tss, article d’ado attardé et naïf, les kubenbois et les ameritrasheurs ne peuvent rien contre le pouvoir de la LIDJA qui vaincra quoi qu’il arrive ^^
    Mais nous aimons regarder ces deux entités microscopiques se battre dans une lutte vaine et perdue d’avance, cela nous distrait.
    A ce propos, la « revue poisson d’avril » n’est pas de Bella Ciao mais de la LIDJA 😉

    • Sha-Man 21/06/2015
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      Merci pour la précision concernant la revue.

      Sur le fond de la discussion, force est de constater qu’imaginer une horde de joueurs de jeux d’ambiance armés de totems en bois ne fait pas rire.

      Je compte néanmoins sur l’expérience en terme de stratégie et de tactique militaire de mes compatriotes améritrasheurs pour faire la différence.

    • Shanouillette 21/06/2015
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      Haha 😉 oui j’avais dit à Opyros que les amateurs de jeux d’ambiance étaient souvent les premières victimes de condescendance mal placée mais il a préféré parler de ce qu’il connaissait personnellement 🙂

  9. eolean 23/06/2015
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    Argh ! Dire que j’arrive après la bataille ! Snif ! D’abord, merci pour cet article ! 🙂

    Ensuite, il convient quand même de troller que si l’ameritrasheur est le soldat, alors le kubipoussiste en est le général ! :p De rien, ça me fait plaisir 🙂

    Plus sérieusement, je ne crois pas pour ma part que LA grande différence entre les 2 soit le hasard. Je pense pour ma part que ce serait plutôt l’idée de Confrontation (contre les autres ou le système dans le cas d’un coop).

    En tant que kubipousseur patenté, c’est vraiment la partie que j’aime le moins dans l’ameritrash. Non que j’aime jouer tout seul dans mon coin, mais quand je joue à un jeu avec de la confrontation, je ne peux m’empêcher de développer un peu plus mon esprit de compétition. Je vais prendre du plaisir aussi mais moins détendu que lorsque je suis sur un eurogame. Comboter, planifier, réfléchir à des tactiques et des stratégies, on le fait dans les 2 styles de jeu. Mais je prend plus de plaisir à gérer mon environnement (y compris les autres joueurs) qu’à mettre sur la tronche de mes voisins ! Même si parfois, avouons-le, c’est jouïssif :p

    Mais, je trouve que lorsqu’il n’y a pas de confrontation directe, l’ambiance est plus détendu autour de la table. C’est plus un combat avec la mécanique du jeu qu’un combat avec les autres…

    Pour ce qui est du hasard et du contrôle. Je crois que les 2 styles de jeu en ont. Les ameritrasheurs en ont plus parfois et c’est tout à leur honneur parce qu’ils ont plus de variables à prendre en compte ! Bien sûr, il arrive que le destin d’une partie se joue sur un jet de dé. Et c’est très souvent un grand moment ludique ! Mais je crois que dans la majorité des cas, les gagnants d’un ameritrash sont ceux qui auront le mieux gérer leur barque, tout comme un eurogame.

    Après, je ne vois vraiment aucune raison pour les comparer en terme d’intelligence. Ni même pour comparer un familial, familial + ou expert. Comme je dis souvent, ce n’est pas la gamme du jeu qui rend le jeu difficile, mais les joueurs autour de la table. Si on fait un familial avec des joueurs qui aiment de l’expert alors le familial deviendra tout à fait calculatoire et stratégique 🙂 Alors que je pourrais faire un La Granja avec mes enfants et m’amuser quand même parce que beaucoup plus léger. De plus, un amateur de party game peut être un formidable joueur d’échec par ailleurs, juste qu’il a pas envie de se prendre la tête…

    Au final, j’aime les gros jeux eurogame parce qu’ils occupent mon esprit pendant 2 heures sans le lâcher, que je peux planifier une stratégie et combiner l’ensemble des paramètres pour optimiser au mieux mes ressources. J’éprouve beaucoup de plaisir à réaliser de bonnes combos, à voir que tout s’emboîte parfaitement, à parvenir à faire un coup planifier depuis 3 ou 4 tours, à gérer les autres joueurs ou le hasard, etc…

    Mais il y a la même chose dans les ameritrashs. La seule chose qui change, c’est la notion de confrontation direct que j’aime moins.

     

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