Velonimo : ROULE MA POULE !

Un jeu de combinaison de cartes où il faut jouer soit les couleurs soit les valeurs sur un thème cycliste, voilà typiquement le genre de titre qui ne m’attire pas vraiment a priori. De plus, je dois bien l’avouer, les jeux de Bruno Cathala, auteur estimé et cycliste amateur qui combine ici ses deux passions, ne trouvent pas toujours grâce à mes yeux. Et puis, le tour de France m’ennuie à mourir ! Et voilà, tout semble réuni pour ne pas me donner envie d’ouvrir cette boite, rempli de préjugés que je suis, jugeant sans connaître…!

Mais comme je m’intéresse à l‘avis des mes comparses du milieu ludique, j’ai bien été obligé de constater que ce petit jeu en avait convaincu plus d’uns autour de moi et qu’il serait dommage de ne pas tenter une petite escapade à deux roues pour vérifier si le bouche à oreille était justifié. Bruno Cathala a-t-il trouvé la formule EPO qui nous rend accro ? L’univers graphique de Dominique Mertens est-il à bonne hauteur de selle ? Et enfin, l’édition tient-elle la route ? Allez tout le monde en maillot jaune, on embarque dans la course !

 

C’est comme le vélo, c’est pas bien compliqué 

Premier bon point, la règle s’appréhende très vite, en quelques minutes nous voici en selle. À l’aide d’une main de onze cartes vous allez tenter de doubler vos adversaires lors d’une étape cycliste durant laquelle les coureurs passent et contre-attaquent pour tenter de remporter le maillot « Petit pois carotte » en étant le premier à défausser la totalité de ses cartes.

La mécanique est donc simple, vous devez surenchérir sur la combinaison posée par le joueur précédent en combinant des cartes soit par couleur, soit par valeur. Une carte posée seule conserve sa valeur par contre pour les combinaisons, chaque carte compte pour 10 points, sans oublier de rajouter au total de vos cartes la valeur de la carte la plus faible.

Les tours s’enchaînent ainsi jusqu’à ce qu’aucun adversaire ne puisse surenchérir sur le résultat d’un joueur, les forçant à passer ou plutôt à « sucer la roue », comme on dit dans le jargon cycliste ! Il faut un petit temps pour assimiler cette mécanique pourtant simple mais pas très intuitive de remplacer la valeur de chaque carte de votre combinaison par le chiffre 10 et de penser à rajouter la valeur de la carte la plus faible. Les premiers tours vous feront un peu transpirer mais je vous rassure, au bout de quelques kilomètres, le tout devient logique et vous ne devriez pas rencontrer trop de difficultés à contre attaquer vos adversaires.

Interro surprise ! Quelle est la valeur de cette combinaison ? (35)

 

 Si tous les adversaires passent ou refusent de contre-attaquer, le joueur encore en lice ne doit pas crier victoire trop vite car il lui reste peut-être des cartes en main. Il défausse donc la totalité des cartes précédemment jouées sur la table, pour lancer une nouvelle attaque en posant une ou plusieurs cartes. Puis, chacun va tenter de surenchérir l’attaque du précédent adversaire jusqu’à ce qu’un joueur parvienne à se débarrasser de toutes ses cartes, remportant ainsi l’étape en cours. Les cyclistes encore en course continuent à participer jusqu’à ce qu’il ne reste plus qu’un joueur avec des cartes en main. Bravo au vainqueur qui marque autant de points que de joueurs derrière lui multiplié par la valeur de l’étape en cours. Après chaque étape, celui qui cumule le plus de points, remporte le maillot « Petit pois-carotte » qui lui donnera l’occasion d’ajouter dix points à une de ses combinaisons lors de la prochaine manche. Ce système de scoring qui augmente crescendo jusqu’à la cinquième étape, permet aux malheureux cyclistes en queue de peloton de rêver de victoire sur les dernières étapes qui rapportent davantage et d’avoir encore une chance d’enfiler le célèbre maillot.

Pour pimenter la partie, l’auteur a tout simplement rajouté un petit twist sur la carte Tortue pour ne pas ralentir le gameplay dynamique de son jeu. Une fois jouées, les cartes Tortue permettent à leur propriétaire de piocher autant de cartes chez un adversaire et de les conserver contre d’autres ou de lui les rendre, permettant ainsi de renforcer nos combinaisons pour nos futures contre-attaques. Ce système d’échange de cartes apporte de l’interaction entre les joueurs et ajoute une ambiance taquine et tactique autour de la table. Cela vous permettra par exemple de contrôler les dernières cartes d’un adversaire très en avance et de lui casser ses combinaisons en lui proposant un échange peu arrangeant. Et si le hasard du tirage vous permet de chiper un Lièvre à votre adversaire, vous voilà muni d’une carte redoutable qui doit se jouer seule, mais qui peut monter jusqu’à 45 points ! Encore une bonne idée que d’intégrer des carte solo qui possèdent une valeur au moins égale aux meilleures combinaisons possibles, permettant de garder le suspens jusqu’au bout quant à vos capacités de remporter une étape avec seulement une unique carte en main.

 

Monsieur de La Fontaine nous avais prévenu…

 

Une édition aux p’tits oignons (petits pois carottes)

Velonimo est une édition sans prétention mais qui en a sous le maillot. Les illustrations de Dominique Mertens, illustrateur jeunesse aux traits chaleureux, apporte une touche humoristique aux cartes et retranscrit parfaitement l’ambiance autour de la table. En effet, au-delà de la mécanique, très efficace, nous retenons de nos parties la bonne ambiance qui s’en est dégagée, sûrement liée à la surenchère et aux retournements de situation.

Je ne saurai pas vous dire pourquoi l’alchimie opère aussi bien sur ce jeu, rendant les plus sceptiques conquis, mais citons son côté intergénérationnel, ses règles simples, son graphisme sympathique, son gameplay basé sur la surenchère, son édition modeste mais efficace. À noter que le jeu est édité par Studio Stratosphère, plus connu pour sa création de tapis de jeu Wogamat, qui propose ici son troisième jeu et qui prouve qu’il est possible de fabriquer un jeu en France dans une belle édition pour un prix compétitif  (13 €).

Quant à ceux qui voudraient jouer à Vélonimo en tandem, rien de plus simple. L’auteur a pensé à tout, rendant le jeu de base encore plus riche. Réussir à adapter un jeu de surenchères à deux joueurs sans que l’on perdre en tension et rebondissements est une vraie prouesse. Non content de proposer un résultat efficace pour jouer à deux, le jeu s’avère encore plus créatif que le jeu de base en apportant un pouvoir aux Dromadaires. Ainsi, lorsque l’un des coureurs fait une attaque avec une carte Dromadaire dans sa combinaison, il doit récupérer la première carte face visible de la pioche. Autant cela peut avoir des allures de pénalité, autant par moment, nous sommes contents de rouler notre bosse pour récupérer cette carte qui va booster notre main. On retrouve aussi un peu d’aspect stratégique en cours d’étape quand un joueur remporte l’attaque et qu’il choisit s’il conserve la carte visible de la pioche ou s’il la confie à son adversaire. Bref, ce gameplay pour deux apporte beaucoup au jeu, lui offrant une palette plus stratégique, forçant les joueurs à jouer les Dromadaires au bon moment au risque de se voir pénaliser par une ou plusieurs cartes inutiles.

Pire qu’un dos d’âne, un dromadaire !

 

La ligne d’arrivée

Bref, vous l’aurez compris, ne soyez pas snob comme moi, laissez-vous tenter par ce petit jeu de cartes accessible (en règles comme en prix, malgré une édition 100% française) et bon enfant, que vous pourrez ranger dans votre sacoche de vélo cet été et que vous partagerez sûrement avec plaisir aussi bien entre amis qu’en famille, à deux ou à plusieurs. 

 

   

4 Commentaires

  1. Cormyr il y a 19 jours
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    Aïe, j’avais à peu près les mêmes a priori… il va donc falloir que j’essaie ce jeu 🙂

    Merci pour cet article dont l’écriture semble refléter l’ambiance autour de la table

  2. Umberling il y a 18 jours
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    Vraiment pas kiffé. 🙁

  3. maipourr il y a 11 jours
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    Pour ma part, j’ai trouvé le jeu très dépendant du tirage. On a joué à 5 et on était plusieurs à subir complètement le jeu. j’ai passé la partie extrêmement frustré et je n’ai cessé de me dire que pour un jeu inspiré du président (ou trouduc), il était beaucoup moins bien.

  4. Tihro il y a 6 jours
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    Très intéressant comme article, par contre, je crois qu’il y a une coquille dans le titre (ou alors c’est une référence à Kingdomino). Le titre du jeu, c’est bien velonimo, et pas velomino 🙂 PS : la coquille se retrouve aussi dans la fiche du jeu sur le site

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