The Broken Token dans la tourmente

Il y a quelques jours, une ancienne employée de la société The Broken Token, Ashley Taylor, a accusé d’agression et d’abus sexuels le PDG de la société, Greg Spence.

Depuis, de nombreux acteurs de l’industrie ont pris publiquement leur distance avec l’entreprise. 

 

 

Depuis 2013 The Broken Token est connu pour fabriquer des accessoires de jeux de société originaux, en particulier une gamme d’inserts en bois sur mesure pour des jeux comme Spirit Island, Wingspan, ou encore Gloomhaven. 

C’est dans un post Medium que Ashley Taylor raconte son histoire. Greg Spence lui aurait un jour déclaré sa flamme, et suite à son refus, il aurait commencé à la harceler physiquement et moralement en mettant sans cesse son emploi dans la balance, et ce durant une période de 5 ans. 

Elle écrit que Spence « a choisi de profiter de nombreuses occasions pour poser ses mains sur moi et m’agresser sexuellement. Si je ne lui permettais pas de faire ce qu’il voulait, il se mettait de plus en plus en colère et devenait mentalement violent. » Taylor raconte qu’elle « se sentait coincée », qu’elle craignait d’être licenciée et que sa santé mentale a commencé à décliner. 

Après avoir longuement cherché du travail ailleurs, Taylor a finalement quitté la société. “Je m’exprime enfin après plus de 10 ans, car mon silence a permis à d’autres personnes d’être également blessées. Je ne divulguerai pas les noms des autres personnes qui ont été blessées par lui. C’est à elles de raconter leur histoire. Nous ne pouvons pas permettre aux prédateurs de continuer à agir de la sorte.” écrit-elle. Peu de temps après la publication de l’article, une amie d’une ancienne employée, Tricia Sydney, a confirmé les affirmations de Taylor.

De son côté, Greg Spence, dans une déclaration publique publiée jeudi soir, a écrit qu’“aucune de ces accusations n’est vraie ». « Je me trouve maintenant dans la position très inconfortable de défendre mon intégrité », a-t-il déclaré. « Bien que je le fasse avec la confiance totale qu’aucune de ces accusations ne soit vraie, je suis sincèrement désolé de la façon dont cela peut affecter ma famille et les membres de notre formidable équipe au Broken Token. » écrit-il. Il affirme que « les interactions étroites et consensuelles que j’ai eues sur le lieu de travail et en dehors n’ont jamais franchi la limite du harcèlement ou de l’agression sexuelle ». 

 

En attendant, de nombreux partenaires de la société Broken Token sont en train de prendre position ou d’examiner la situation pour déterminer leur prochaine action au plus vite. 

« Nous avons une politique de tolérance zéro pour le harcèlement et nous sommes extrêmement perturbés par cette nouvelle », a déclaré l’entreprise Bezier Games (Suburbia, Colony…). « Nous sommes en train d’examiner la situation pour déterminer nos prochaines étapes ».

Iello (King of Tokyo, King of New York…) a également publié un message sur Twitter et « exigé que Broken Token cesse de vendre ou de promouvoir tout accessoire sous licence officielle » pour les jeux de son catalogue. Stephan Brissaud, directeur des opérations US, a déclaré qu’il ferait don des recettes des trois dernières années de vente de ces accessoires au Rape, Abuse, & Incest National Network (RAINN).



Floodgate Games (Sagrada, Holi: Festival of Colors) et Evil Hat Productions (Monster of the Week, Blades in the Dark) ont quant à eux annoncé cesser tout partenariat avec Broken Token.

 


Isaac Childres, de Cephalofair Games, a également déclaré sur Twitter que son entreprise évaluait sa relation commerciale avec la société. À l’heure qu’il est, d’autres éditeurs continuent de condamner Broken Token, tels que
Grey Fox Games, Ninja Star Games, Pandasaurus, Greater Than Games et Brotherwise Games. Il est difficile de savoir combien d’autres suivront tant Broken Token avait de nombreux partenariats. De leur côté, les organisateurs de la GenCon ont confirmé que Broken Token n’exposera pas à la convention de cette année. 

 

   

4 Commentaires

  1. christ il y a 27 jours
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    Ce qui est désolant , c’est que le gars est lynché et abandonné commercialement avant qu’il soit passé devant les juges!!!

    s’il est coupable , qu’il paye .

    Quelle société ou juste une dénonciation et c’est une société qui va mourir !!! j’excecre ces sociétés qui ont tellement peur de leur image qu’elles lâchent avant d’en savoir plus… c’est une tendance sociétale et cela va se payer cher…

    • Antoonin il y a 27 jours
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      Si problème il y a, il est certainement plus profond que la décision des sociétés de mettre un terme aux relations commerciales. Cette décision est principalement animée par la volonté des différentes sociétés concernées de protéger leur marque. Lorsqu’une société A donne son autorisation à une société B d’utiliser les marques de la société A, cela s’accompagne toujours (en principe) d’une obligation pour le société B de ne pas porter atteinte aux marques la société A. Si le sujet s’est répandu sur les réseaux il est assez logique que les sociétés aient mis un terme à leur relation.

      Le problème concerne, à mon avis, plutôt les réseaux sociaux, leur usage et la vindicte populaire qui peut en découler. Mais c’est un sujet bien plus complexe que je ne maîtrise pas. Reste que l’on ne peut pas empêcher une personne de s’exprimer (et à d’autres de réagir) sauf à ce que cela enfreigne la liberté d’expression (en France: la diffamation, l’injure, la provocation à la haine).

      • Liorel il y a 23 jours
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        Oui et non. Quand Iello demande à Broken Token d’arrêter de vendre des produits pour les jeux Iello, Iello ne protège pas sa réputation car ils ne gagnent (en principe) rien sur les ventes Broken Token. Ils ne font que suivre la meute et s’acheter une bonne conscience à peu de frais.

        Le problème de ces histoires de mœurs, c’est qu’on est généralement dans des situations où on ne peut rien prouver, ni dans un sens ni dans l’autre. La société a tranché, il y a déjà 200 ans, en admettant qu’un innocent condamné est plus grave qu’un coupable en liberté et qu’en l’absence de preuves, on ne condamne pas. L’avantage, c’est que ça immunise aux fausses accusations. L’inconvénient, c’est que dans les affaires de mœurs, ça aboutit à ne quasiment jamais condamner, d’où l’attitude prônée par certains d’en appeler à l’opinion publique, qui ne se soucie pas de preuves. Résultat : une simple accusation, prouvée ou non, suffit à démolir la vie d’un individu sans aucun recours possible (et avec internet, même si vous réussissez par miracle à prouver que l’accusation est fausse – quand elle l’est -, c’est mort quand même).

        Après, une entreprise, c’est pas juste un patron, c’est aussi des employés et des fournisseurs, qui n’ont rien demandé à personne et qui voient leur emploi et leur activité économique remis en question du jour au lendemain. Pour moi, s’il est coupable et qu’on peut le prouver, qu’il aille en prison et qu’il cède la gestion de sa boîte à quelqu’un d’intègre. S’il est innocent ou qu’on ne peut rien prouver, qu’on lui fiche la paix et surtout, qu’on ne mette pas en danger les employés qui n’ont rien fait.

        • Shanouillette il y a 19 jours
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          C’est un sujet délicat et je ne pense pas détenir aucune vérité. Mon avis perso, c’est qu’il ne s’agit pas nécessairement d’un calcul de « rachat de bonne conscience » de la part de toutes ces entreprises (même si ça y ressemble fort car ils le font bien savoir), beaucoup d’éditeurs ne sont portés que par une ou deux personnes, et peut-être ont-elles simplement pas envie de continuer à travailler avec quelqu’un accusé d’abus. Et, en effet comme le souligne Antoonin, il y a aussi les questions d’atteinte à l’image en tant que partenaires.
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          En effet il n’y a pas « juste un patron », il y a aussi des employés qui n’ont rien demandé, et c’est injuste pour ces personnes. Je suis complètement d’accord, mais ne croyez-vous pas qu’une victime d’abus non plus n’est pas seule,  que ce qu’elle traverse (on parle de viol et de harcèlement moral durant 5 ans) va avoir des répercussions sur sa vie de famille, ses proches, etc.. ?  Si l’on regarde du côté des dommages collatéraux, notre compassion doit-elle aller uniquement pour les employés ?
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          Je suis d’accord aussi avec le fait qu’il est trop facile de démolir la vie d’un individu sur internet et ce genre de situations me questionnent toujours beaucoup.
          Malheureusement, beaucoup de coupables ne vont pas simplement « en prison ». Ce n’est pas si simple, dans les faits : Rappelons qu’en France par exemple, pour 100 viols et tentatives, une seule condamnation (lien)…
          Là, cette personne, Ashley Taylor, prend la parole et décrit une situation dure, violente, qui l’expose au passage en tant que victime – morale et physique – devant la terre entière. Soit elle le fait par calcul (car elle cherche à le démolir), soit elle le fait car c’est arrivé (et elle veut qu’il cesse ses méfaits, comme elle le dit dans son texte). Oui, c’est une parole contre une autre. Après, le fait de proférer de fausses accusations est aussi passible de poursuites en justice…

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