Quetzal – Vendredi noir sur les trésors enfouis

Quetzal, la cité des oiseaux sacrés, fait partie de ces images d’Epinal qu’il nous reste des conquêtes d’Hernán Cortés et de ses successeurs spirituels : des trésors enfouis au fond des temples mystiques et maudits, et des soldats présentés comme des aventuriers prêts à tuer père, mère et perroquets bavards pour mettre la main sur la coqueluche des collectionneurs d’art et de riches historiens privés. Indiana Jones a redonné le blason de ces pilleurs sans foi ni loi pour lui donner le vernis de la connaissance, mais au fond, déjà à l’époque, l’appât du gain n’était arrêtée par aucune morale.

Sur les hauts plateaux…

C’est sur cette note philosophique que j’achevais de regarder le plateau de jeu, ravi par les couleurs chatoyantes d’or, de vert et de brun que j’affectionne, et que j’étudiais les sept zones de dépose de mes ouvriers.

À ma gauche, la désormais classique échelle de points de victoire, conclue à 50 points (mais extensible grâce à un jeton à poser sur le cinquantième rond pour recommencer une nouvelle ascension).

Tout en haut, l’échelle des découvertes, avec son petit lot de bonus à récupérer. Juste en dessous, le compteur des 5 petits tours que la partie comptera, représenté par un biplan qui me rappelle les aventures de Nathan Drake (Uncharted en jeu vidéo).

En bas à droite, l’océan bleu chargé de déverser mes explorateurs et mes archéologues, puis de remporter toutes mes trouvailles sur le vieux Continent.

Et sur le reste, une terre vierge, peuplée de cartes de Trésors à ramasser, assembler, mettre en caisse, et vendre au plus offrant. J’en piaffais déjà d’impatience, de lancer mon équipe de bras cassés (vous allez comprendre pourquoi au paragraphe qui suit) dans les tréfonds des pyramides mésoaméricaines pour y déterrer tableaux, statues, cranes de cristal et vases sacrés.

 

Ça fond pas dans la main !

À chacun des 5 tours de jeu, votre équipée change de composition. Pour la connaître, vous serrez vos Meeples dans vos poings avides, vous secouez bien fermement, et vous lancez le tout devant vous. Si vous avez de la chance, certains ouvriers atterrissent sur leurs deux pieds, ce qui vous vaudra une pièce d’or en récompense. Pour le reste, il seront soit des aventuriers (face noire), soit des archéologues (face blanche). Ceux qui ne sont pas couchés par la chute, mais pas debout non plus, pourront être mis dans le rôle de votre préférence. Le Meeple vous représentant figure également dans le tas, il sert de joker et peut endosser le rôle de son choix.

Quetzal 3

 

De la tactique dans la pratique…

Dans une dynamique classique depuis la création de Puerto Rico, votre but pendant tout le jeu est d’utiliser vos ouvriers pour récupérer un maximum de ressources et convoyer le résultat de votre collecte vers les bateaux pour un départ direct vers l’Europe. Le jeu étant familial, les traditionnels cubes sont remplacés par des cartes agréablement illustrées, qui répertorient le nombre de points de victoire gagnés, la famille d’objets et les éventuels bonus au moment de la mise en caisse dans les docks. Pour gagner le plus de points de victoire possible, vous aurez besoin de réunir un brelan de cartes d’une famille d’objets parmi la poterie, les armes, les tablettes, les statuettes et les momies.

Les gains peuvent être augmentés par les améliorations stockées sur votre personnage : deux seront actives, les autres feront un stock de points de victoire à comptabiliser en fin de partie. Toutefois, il  y a deux autres petits indicateurs à surveiller. D’abord, votre stock de pièces d’or, qui sert au placement des Meeples dans les lieux stratégiques. Et ensuite votre score de Découvertes, qui débloque des bonus de plus en plus conséquents pour qui y a suffisamment progressé.

Les points de victoire offert par une carte varient du simple au double, la course vers les cartes les plus précieuses arrive vite dans la partie, et sert de boussole : même si les améliorations peuvent rendre des poteries aussi rentables que des momies, le jeu est trop rapide pour miser uniquement sur ces bonus néanmoins bienvenus. Vous devez jouer tous vos Meeples en main, par conséquent s’il y a de la place pour tous, des bousculades et des rapts de bons plans sont monnaie courante et font le sel du jeu. La lutte est directe et âpre, car tout se passe sur le plateau de jeu commun.

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Plein les fouilles, mais heureux

Accessible aux enfants (indiqué 10+ mais les bibonnerés aux jeux de plateau pourront s’en emparer deux ans avant sans soucis), Quetzal se prête à être sorti souvent. De 2 à 5 pilleurs de tombes pour 15 minutes par joueur, avec des règles claires faciles à expliquer et à assimiler (pour quiconque a déjà titillé un Eurogame du moins), les temps morts sont inexistants, et les mécanismes de jeu évitent les blocages d’une pénurie de monnaie ou de ressources. À défaut d’être très originaux, ces derniers s’organisent comme les rouages d’un grand tout sans grippage et la fluidité est au rendez-vous.

En 5 tours, la partie file vite, si bien que chaque choix compte, et les vieux routards des jeux à points (de victoire) pourront s’amuser à essayer de battre leur score précédent en essayant d’anticiper le hasard de répartition des objets et des améliorations. Les plus novices s’amuseront avec le système d’enchères, qui laisse un joueur prendre la position d’un autre et lui damer le pion. Aucun écueil à la bonne humeur n’est apparu à l’horizon pour cette investigation dans la cité des oiseaux sacrés, et c’est donc presque avec tristesse que je comptabilise les points à la fin, car pour moi le voyage reste plus important que la destination.

Alexandre Garcia (auteur, Dilluvia project, La chasse aux lutins…) et Nastya Lehn (illustratrice, Last Bastion…) ont à mon sens bien travaillé. La maison Gigamic a assuré une production colorée et sans fausse note. Si je pourrais chipoter sur le rangement dans la boite ou les matériaux utilisés ou encore la lisibilité de certains éléments, pacotilles que tout ceci face au petit trésor de jeu qu’ils m’ont mis entre mes mains. Certes, les grands fans de pose d’ouvriers y trouveront peut-être qu’un simple produit de plus. Pour ma part, accessible, efficace et avec un timing parfait pour un jeu convivial, il trônera dans ma ludothèque et sortira sans doute plus souvent que d’autres titres sur la même thématique, comme l’imposant Tzolkin beaucoup plus costaud et chronophage, l’ovni Archipelago qui nécessite une relecture de règles à chaque partie, ou le plus léger Sol qui se prête davantage aux grandes tablées. Bref : Carton plein en ce qui me concerne, bon vent à vous !

   

2 Commentaires

  1. yoda37 il y a 10 jours
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    Le thème du pillage de cité ancestrale me laisse perplexe…

    • FX il y a 10 jours
      Répondre

      J’ai forcé le trait, un archéologue évidemment ne pille pas, il ramène à la culture occidentale des éléments de l’histoire de l’humanité. Tout dépend du côté duquel on se place.

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