Jouer avec le feu : Les flammes d’Adlerstein 

Adlerstein est un joli coin d’Allemagne. Mais depuis le premier cas des « Detectives Stories » (ou « Murder Mystery Party Case File » outre Atlantique, Scène de crime chez nous), c’est surtout l’endroit où un certain Joseph a malencontreusement perdu la vie. C’est dans l’incendie de sa maison qu’on a retrouvé le corps. On pourrait croire à l’accident, sauf que beaucoup de gens semblaient avoir une dent contre le bonhomme… 


Un journaliste au passé un brin houleux traîne avec insistance sur les lieux et s’intéresse au cas, d’un peu trop près aux yeux de la police, qui lui demande de lâcher l’affaire. Résultat, il vous refile tout son dossier et vous demande de jeter un œil sur toutes les pièces à conviction et autres preuves qu’il a rassemblées. Saurez-vous recouper toutes les informations jusqu’à saisir toute l’histoire ? 

 

Pas. de. règles.

Voici donc le principe fort de ce titre signé Alexander Krys, bientôt localisé par Origames, petit fils des Crime dossiers de Dennis Wheatley. Pas de règles. Vous ouvrez la boîte, découvrez l’incipit, et vous êtes lâché avec tous les documents relatifs à l’affaire. Pas de scénario scripté, pas de livre dont vous êtes le héros déguisé, pas de timeline imposée aux joueurs, même pas de matériel de jeu type plateau, pion, jetons, cartes, etc. On efface les frontières de la sphère du jeu. Vous êtes complètement libre de prendre les pièces de l’enquête comme bon vous semble, dans l’ordre qui vous inspire. Tout est là. Plus de 20 documents (et un accès internet). On peut être seul ou jusqu’à cinq autour de la table, à se les approprier simultanément, chacun la tête dans une pièce à conviction, une lettre personnelle, un dessin d’enfant, une réservation, une carte, une photo, un rapport médical… Chacun va découvrir et percer un pan de l’affaire, puis la partager aux autres. On commence à voir des profils psychologiques se former, des situations prendre vie, une chronologie des événements se constituer. Peu à peu, le puzzle est recomposé. Et joie ! Tout se tient, sans conclusions capillotractées (la boîte indique d’ailleurs 10 ans et plus, et tient ses promesses, après à chacun de voir en famille si les sujets abordés sont adaptés, mais il n’y a rien de trash).       

Le fou aux poudres

Après Detective qui avait eu cette idée de génie de la base de données dynamique et l’accès web, on abat tous les murs en ayant plus aucun matériel autre que celui de l’enquête. L’immersion est totale. À tel point qu’après avoir trouvé un numéro de téléphone d’un personnage, on était à deux doigts de l’appeler. Le travail d’écriture est invisible mais parfaitement maîtrisé. Cerise sur le donut de l’enquêteur : si vous êtes bloqué, un système d’indices (sur le site de l’éditeur) progressif vous mettra sur la piste sans tout révéler d’un coup. Pour nous, ce ne fut pas nécessaire (j’ai le sentiment que le niveau global est très accessible). En une à deux heures, selon votre groupe, vous devriez avoir percé l’affaire. De la lecture, de la déduction, un brin de décodage (plutôt bien intégré), de l’observation, du recoupement (beaucoup). Vous pouvez pousser une intuition, corroborer vos soupçons, noter les alibis. Un vrai job d’enquêteur. 

Bon, tout n’est pas encore absolument parfait. Quelques fautes à la traduction nous ont fait tiquer. Certains éléments auraient pu être plus poussés narrativement. Mais dans l’ensemble, l’expérience fut extrêmement satisfaisante. On a vraiment l’impression d’avoir une avalanche d’informations décousues et de parvenir finalement avec aisance à les arranger en une histoire qui fait sens. La sensation de résolution est là. On fouille, on intuite, on spécule, on déduit, on vérifie. Un brin d’utilisation web donne une touche moderne sympathique (attention tout de même à ce sujet : il faudra que quelqu’un ait accès à Facebook à la table !). Le matériel est assez sobre tout en étant évocateur. 

À l’instar d’Unlock, aucune dégradation du matériel n’est sollicitée de sorte à ce que vous puissiez très bien (en contrôlant votre folle envie de mettre des gros coups de stabilo sur les documents), passer la boîte à un ami une fois l’enquête percée.    

On me dit dans l’oreillette qu’une deuxième Scène de crime devrait arriver courant de l’année, baptisé Meurtre de sang froid. Pour sûr, on sera présents au rendez-vous !

 

   

7 Commentaires

  1. fouilloux 20/05/2021
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    Je suis un poil moins enthousiaste. J’ai bien aimé, mais il y a aussi un côté un peu mécanique au fond qui, quand on l’a compris gâche un peu l’enquête. I y a des « minis jeux » qui deviennent moins fun parce qu’on a compris quel serait le résultat avant de l’avoir lancé, et c’est un peu dommage. L’absence de fausse piste rend tout cela un peu téléguidé et à un moment on a deviné où le jeu voulait nous amener.

    Mais il est vrai que le pendant est qu’il est accessible.

    • Shanouillette 20/05/2021
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      Merci du retour !

      Je te demanderais bien de préciser car je ne vois pas trop le côté mécanique, mais ça serait sans doute mettre du spoil partout ! Pour le côté fausses pistes, il y a que ça dans le jeu, plein de suspects qui sont autant de fausses pistes à désembrouiller donc je ne vois pas trop non plus. Pour le côté accessible, clairement, l’enquête est réglée en une heure ou deux max (nous l’avons jouée avec MiniSha et elle a vraiment adoré l’expérience).

      • fouilloux 20/05/2021
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        Alors, je vais essayer de répondre sans spoiler, mais bon, faites gaffe amis lecteurs

         

        En fait y’a pas de fausses pistes dans le sens où tu sais que chaque élément va avoir une utilité, et une seule. Dans Sherlock, par exemple, tu cherches le bon article de journal. Rien de ça ici, si un élément t’as pas servi c’est que tu as pas trouvé comment l’utiliser. De plus, dès que tu as un début de piste, tu sais d’avance que tu vas trouver le reste et que ça va dédouaner ton suspect. Genre pour chaque suspect c’est « oulala il a un motif pour le tuer », puis on te donne une info genre « tiens il s’est cassé une jambe sur cette photo », tu comprend assez vite que quelque part il y a son dossier d’admission à l’hôpital avec la date où il y est allé, qui est la date du crime. Si tu commences à calculer des trucs qui pourrait innocenter un suspect, tu sais que ça va l’innocenter.

        Si tu commences à te dire « ceci pourrait être l’alibi de ce personnage », tu sais que ce sera son alibi. Et en général il y a trop peu d’éléments pour que tu ait vraiment un doute sur ce que sera l’alibi. Au bout d’un moment tu te rend compte qu’une pièce du puzzle te donne en fait tout le puzzle.

      • fouilloux 20/05/2021
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        C’est pas vraiment des fausses pistes en fait, c’est un jeu d’élimination: toutes les pistes justement t’amène à éliminer quelqu’un. Toutes te font avancer dans ton enquête.

        • Shanouillette 20/05/2021
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          Oui, clairement, tous les éléments servent : ce qui est assez logique car c’est le parti pris du jeu, qu’un journaliste te file ses pièces à conviction, il y a donc rien qui soit juste là pour te faire perdre du temps artificiellement ce que j’ai plutôt apprécié (on n’a pas ça dans Suspect par exemple, que j’ai beaucoup aimé par ailleurs, mais où il y a clairement des fausses pistes artificielles juste là pour te faire perdre du temps). Ici tout le jeu est de comprendre comment chacune des pièces apporte son info et comment ça vient confirmer ou infirmer une intuition, mais il n’y a rien de capillotracté ou de piégeux.

  2. barnaby ross 20/05/2021
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    Si je comprends bien, le jeu est injouable sans compte Facebook ? Cette contrainte n’est mentionnée ni sur la boîte de jeu (au vu des photos), ni sur les sites de vente, ni sur celui de l’éditeur. Je trouve cela inadmissible. Il aurait fallu insister sur ce point plus longuement car tout le monde ne dispose pas ou ne veut tout simplement pas d’un tel compte. C’est sans regret que je ferai l’impasse sur ce jeu.

    • cidrixx 27/05/2021
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      Si si, c’est précisé à l’arrière de la boîte : « Une connexion internet et un compte Facebook sont nécessaires pour rechercher certains indices »… 😉

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