Goa : la colonisation … sans la colonisation.
Goa de Rüdiger Dorn sorti en 2004, soit il y a plus de 20 ans, a connu plusieurs rééditions, dont dernièrement une version Deluxifiée en financement participatif. (la troisième réédition). Il est connu pour son système d’enchère spatiale original. J’ai eu la chance de le découvrir dans une soirée “oldies but goldies” à l’association puis d’essayer une version préproduction de la version Gamefound quelques temps plus tard. En général un “vieux” jeu qui revient et connaît plusieurs éditions, peut être vu comme un signe de qualité. Goa a t il vieilli ? Nous en parlons dans cet article.
La nouvelle édition comprend quelques modifications,principalement liées au thème. Aujourd’hui celui de la colonisation ne fait plus rêver, ainsi dans la nouvelle version nous avons des matériaux : soie, poissons séchés, etc au lieu des différentes épices, plus de cartes colons, mais des contrats, etc. Vous ne serez pas perdu pour autant.

Goa, perle d’orient
Ancienne ou nouvelle version, nous jouons en 8 manches, coupées en deux ères pendant lesquelles nous achetons des tuiles mises aux enchères par les joueurs. Dans l’ordre du tour nous avons trois actions (au moins) par joueur afin de construire un moteur dans le but d’avoir plus de bateaux, d’argent, de ressources, etc.
Une mécanique d’enchère spatiale
Tout le sel du jeu (et son interaction) repose sur la mécanique d’enchère. Le premier joueur place la pierre de Nazar adjacent à un des bords d’une tuile ainsi que son marqueur d’enchère numéro 1. Le suivant dans l’ordre du tour place son marqueur 2 sur une tuile adjacente, orthogonalement ou en diagonale, et ainsi de suite jusqu’à ce que tous les joueurs aient placé leurs marqueurs. Le premier joueur a un avantage important puisqu’il détermine l’endroit où il fait débuter l’enchère, et il placera un deuxième jeton d’enchère.

Nous avons des tuiles donnant des dépôt qui arrivent remplis, dépôt que l’on pourra remplir à nouveau avec une de nos actions dans la phase suivante. Chaque ressource est importante pour la construction du moteur. Nous avons aussi des tuiles aux pouvoirs activables à chaque tour ou uniques. Quelques tuiles donnent aussi des points de victoire en fin de partie.
Nous sommes dans une mécanique d’enchère à un tour, où celui qui initie l’enchère a le dernier mot, l’enchère débutant par le joueur à sa gauche. À la fin du tour, il pourra acheter la tuile au prix indiqué moins un (il le paye à la banque), ou bien laisser la tuile au meilleur enchérisseur qui paiera alors l’intégralité du montant au propriétaire du marqueur. Goa fonctionne avec une économie (semi) fermée où l’argent circule de joueurs en joueurs. Attention de ne pas payer trop cher une tuile car non seulement vous aurez moins d’argent, mais en plus vous avez renfloué un adversaire.

Quelques tuiles.
Il vaut mieux enchérir un minimum même si l’enchère ne vous intéresse pas, afin de faire augmenter le prix. Notez que cela peut être à double tranchant. Vous devez donc bien évaluer le prix de chaque tuile. D’autres fois vous placerez habilement votre marqueur d’enchère sur une tuile qui va intéresser les adversaires, afin de vous renflouer. Cela demande un peu d’anticipation des besoins des autres.
Cette phase d’enchère très dynamique offre son lot de micros décisions et de tiraillements. Si comme moi vous aimez les jeux à forte interaction, vous serez servi.
La phase suivante est un peu plus solitaire. Chacun notre tour on va réaliser trois actions. L’une d’entre elles étant d’améliorer l’une de nos 5 pistes d’actions. On peut gagner des bateaux (indispensable pour livrer des ressources), stocker des ressources, chercher de l’argent (nerf de la guerre), explorer, et coloniser de nouveaux territoires, etc.

En plus de donner des actions plus fortes, ces pistes nous donnent aussi la plus grande partie de nos points de victoire (de 0 à 10 points) en fin de partie.
Goa est un jeu de construction de moteur, si je réalise l’action bateau je gagne un bateau, utile pour transporter des marchandises, mais en améliorant cette action (en payant une ressource de fibre de coco) désormais je prends deux bateaux, c’est de suite beaucoup mieux. Les cinq actions du jeu vont pouvoir être améliorées, à vous de choisir ce que vous désirez bonifier, en fonction de votre stratégie mais aussi de vos ressources. Et tout est important, ce qui laisse là aussi de gros dilemmes, les bateaux sont nécessaires pour livrer des marchandises pour les améliorations. mais plus on avance sur ces pistes et plus ça nous coûte des ressources qu’il nous faut stocker, L’argent est le nerf de la guerre, monter son niveau est aussi très important pour les enchères à venir.
Explorer nous permet de gagner une (ou plusieurs) cartes donnant des petits bonus bien utiles au jeu. Bonus qui brisent tout de même un peu l’élégance générale du jeu. Dans l’ancienne édition l’iconographie n’était pas très claire, dans la nouvelle version cet élément a été fort heureusement corrigé. Les cartes peuvent aussi être gardées pour une mécanique de collection.

les cartes exploration
Le hasard ami ou ennemi ?
Je suis toujours un peu circonspect quant à l’introduction d’un peu de hasard dans un eurogame, même s’il permet d’insuffler un peu de vie, et de casser la routine .Ce hasard est présent dans la dernière action nommée “établir un avant poste” ce qui nous donne une tuile qui arrive remplie et qui sera un espace de stockage. Seulement pour cela, il faut réussir l’exploration. (Dans l’ancienne version on établissait des colonies et les cartes étaient des colons.) Pour y parvenir, on va devoir atteindre une valeur (de 6 à 12) en fonction de l’avant-poste ciblé.
Pour cela on regarde notre niveau selon notre avancée sur la piste correspondant à l’action, ce qui nous donne entre 0 et 6. À cela on ajoute une valeur en piochant deux cartes, indiquant le nombre de contrats que l’on additionne pour cette action (de 1 à 3 par cartes piochées).

Pas de panique on pourra toujours jouer des cartes contrat venant de notre main, c’est une action qui se prépare un minimum… Ou prendre le risque. Cela peut créer un sentiment d’injustice, quand pour l’un ça passe, sans même dépenser de cartes, tandis qu’un autre reste à quai à cause d’un mauvais tirage, une action perdue dans un jeu d’optimisation, ça peut grincer.(en lot de consolation on gagne une carte Contrat pour la prochaine fois, mais ça reste maigre).
Alors évidemment si on n’aime pas le hasard, on a des moyens de réduire ce risque au maximum, voire l’annihiler totalement, mais ça laisse un goût un peu amer et ça peut couiner, mais pas dans un sens positif.
De manche en manche nous construisons un moteur de plus en plus efficace, d’autant qu’il nous faut plus de ressources mais aussi plus de bateaux pour les convoyer. ( une carte bateau par ressource dépensée, sachant que le premier niveau de chaque piste réclame une seule ressource à dépenser, le dernier quant à lui demande 5 ressources). Le jeu est découpé en deux ères, et les tuiles sur lesquelles on va enchérir sont différentes et plus adaptées à ce moment du jeu.

L’argent est sous forme de cartes, ainsi on ne sait jamais combien ont nos adversaires.
Une fois la partie terminée, nous avons un décompte sous forme de salade de points, en fonction de l’évolution de nos marqueurs (de 0 à 10 points), du nombre de colonies, nos tuiles points de victoire et la collection de cartes en fonction du nombre de cartes identiques. Petit bonus aussi pour celui qui a le plus d’argent.
Goa a t il vieilli ?
La nouvelle édition corrige les errements des autres versions, les cartes sont plus claires, le le tour des joueurs est facilité, grâce à des astuces ergonomiques. Dans l’ancienne, on pouvait facilement perdre le fil. 2026 oblige, tout ce qui était en carton est désormais en bois, les illustrations sont signées Naiade dans un style plus coloré que n’aurait pas renié Disney.

L’ancienne version
Cette nouvelle édition vient avec l’ajout de nouveaux modules, ainsi les capitaines (que l’on a essayé) donnent une asymétrie de départ, ça donne une direction à notre jeu. Le module histoire ajoute une règle supplémentaire commune à tout le monde. Le module Gambit ajoute de petits twists à coup de cartes que l’on joue pendant la phase d’enchères.

les cartes Gambit
Un joueur avec une bonne mémoire, capable de se souvenir des différents échanges part avec une petite longueur d’avance. Remporter rapidement des tuiles dépôt est crucial, sans cela difficile de se construire un moteur. Un mauvais départ risque d’enrayer votre développement et le retard est difficile à rattraper (mais pas impossible). C’est ici que l’on voit que Goa est un jeu ancien, pas vraiment de mécanique de rattrapage (le fameux Catchup).
Goa reste très calculatoire, il faut bien estimer le type de ressources dont on a besoin. Attention de ne pas trop dépenser d’argent si vous en avez besoin pour la suite. Souvent en fin de partie on entend un joueur qui râle parce qu’il lui manque une action ou une ressource. Ce qui est plutôt une bonne chose, ça montre que le jeu est tendu.

Les capitaines, une nouveauté bienvenue
Je perçois tout de même une forme de répétitivité dans les stratégies, même si le plateau et les tuiles sont aléatoires et demandent à s’adapter. Cette nouvelle version peut corriger cela avec différents modules. Malgré mes réserves, j’aime beaucoup ce jeu plutôt élégant grâce à cette mécanique d’enchère qui fait tout le sel du jeu, toutefois je n’enchaînerais pas forcément les sessions, Goa est un jeu à ressortir de temps en temps, pas vraiment à poncer. À préférer à 3 ou 4 joueurs.
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Depuis sa création en juin 2014, Ludovox a à cœur la pertinence et l’intégrité des contenus proposés par une rédaction indépendante et l’établissement d’une charte que vous pouvez retrouver ici. L’article que vous avez lu ici a été écrit avec l’aide d’une boîte de pré-prod envoyée par l’éditeur.
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