Retour sur BEST TREEHOUSE EVER

Proposé via Kickstarter, ce petit jeu de cartes de Scott Almes m’avait tapé dans l’oeil : le décor, les illustrations, la bonne idée : construire une cabane dans les arbres. Qui n’en a jamais rêvé ?

Le 19 avril dernier, la souscription se terminait. Le jeu avait généré 52 000 dollars sur les 15 000 demandés. La possibilité de l’essayer via mon imprimante, en print’n play, fit que, quelques coups de ciseaux plus tard, je m’installai avec quelques amis bricoleurs pour, moi aussi, construire ma super cabane dans les arbres.

  

DES PLANCHES, DE LA CORDE ET … 

Le matériel est illustré par l’américain Adam P. McIver dans un style cartoon enfantin collant très bien au thème.                                            

Pour construire votre maison, vous aurez le choix entre 72 pièces plutôt rigolotes : des pièces d’eau pour faire du surf, des bibliothèques, des salles de musique, un aquarium, etc… (12 pièces dans 6 couleurs). Ces pièces, vous les poserez sur un tronc de départ (il y en a 4 au total) qui sera votre base. 

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Pour le reste du matériel, vous aurez 8 jetons en bois en 4 couleurs, 3 cartes formant la piste de score, 6 cartes prix bonus (pour récompenser celui qui aura le plus de pièces de telle ou telle couleur), et 4 Cartes Modificateurs de Décompte (x2 sur un score, ou interdit de score à ce tour).

 

AU BOULOT !

Chaque bâtisseur de l’extrême prend une tuile tronc et un pion qu’il place au centre de ce tronc, vous verrez, il sert de balance. On ne construit pas comme on veut, l’édifice doit toujours être en parfait équilibre et ne pas pencher ! 

Les Cartes Modificateurs de Décompte sont placées au centre de la table ainsi que la piste de décompte et les prix bonus. Jetons un coup d’oeil à la mise en place : 

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Votre but : construire la plus grande maison, équilibrée et être majoritaire dans un maximum de couleur.

 

SI J’AVAIS UN MARTEAU…

Les règles de constructions se déroulent en 3 étapes : Deal – Build – Score. Le jeu se situe surtout autour de la deuxième phase.

– Deal : Chaque joueur reçoit 6 cartes pièces (plutôt rigolotes)

– Build : Best Treehouse Ever est avant tout un draft en 3 manches. Vous prenez donc une carte secrètement et passez le reste du paquet à votre voisin, et vous construisez si vous le pouvez (vous êtes coincé, vous ne pouvez ou ne voulez pas poser une pièce : défaussez la tout simplement). 

Dans une manche vous pouvez au mieux placer 5 pièces. Votre arbre restera ainsi, vous ne touchez à rien jusqu’à l’autre manche où vous rajoutez de nouvelles pièces. Mais revenons à la construction. Il y a, pour bâtir, des règles très précises : une pièce doit être soutenue par 2 autres pièces, sauf si elle est placée sur un côté. Une pièce doit toucher au moins une pièce de la même couleur (attention à ne pas isoler des couleurs, vous auriez moins de choix pour la suite) et, pour finir, une pièce ne peut pas être placée si elle fait pencher l’arbre. Un arbre qui ne pourra pas aller au delà de 6 niveaux (formant ainsi une pyramide inversée).

La notion d’équilibre est celle qu’on a tendance à oublier. Pour s’en souvenir, il faut bouger le pion balance dans la direction du rajout de pièce.

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L’exemple montre un jeton partant hors tronc, cette pose est donc impossible

                     

« ALORS, IL AVANCE CE CHANTIER  ? »

Fin de manche : Le premier joueur prend une des Cartes Modificateurs de Décompte. Il y en a 2 types : « le x2 » qui double les points d’une couleur et « le sens interdit » qui empêche une couleur de marquer des points. Puis le dernier joueur place sa carte sur un des « prix bonus », augmentant ses capacités ou les réduisant à néant (en général pour embêter celui qui va marquer dans cette manche). Chaque couleur marque 1 par pièce de cette couleur (2x si une Carte Modificateurs de Décompte est présente, 0 si interdit).

Il est alors temps de bâtir une fois et une fois encore avant qu’un repos bien mérité vous soit alloué.

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« VOUS AVEZ BIEN TRAVAILLE LES GARS  »

– Score : Après la troisième manche, le chantier (et le jeu) est terminé. On compte le nombre de pièce dans chaque couleur, le joueur majoritaire prend la carte score de cette couleur (la carte avec la coupe).

Ré-examinons notre exemple de tout à l’heure : 

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Une maison bien équilibrée, mais sur 4 niveaux seulement, et pas de majorité affirmée…. Bob le bricoleur a raté son coup ! 

 

BILAN : L’INSPECTION DES TRAVAUX 

C’est le 3 ème jeu de Scott Almes qui me passe entre les mains après Big foot et Harbour. J’aime bien Scott Almes, il a l’air d’un type sympa. D’ailleurs sa devise est plutôt cool : « Je crée des jeux et parfois quelqu’un les édite ». Tout comme Ryan Laukat (8 minutes pour un empire), il a de bonnes idées, mais, tout comme Laukat, ses jeux manquent toujours de finition. Il  y a toujours un déséquilibre quelque part, (les cartes « contre » déséquilibrées dans Big foot, la bourse ultra chaotique dans Harbour) une phase de test abrégée, une FAQ à laquelle il n’a pas répondu… Tout comme Laukat, il sait utiliser la formule magique « Kickstarter » qui lave plus blanc votre porte-monnaie. Ce qui commence à être usant. 

Cette « maison dans les arbres » suit le même processus. Chouette idée d’empiler des pièces pour construire le décor du jeu, très jolies illustrations… Ça donne envie.

Mais…

Ce draft en 3 manches est bien gentil. Il est un peu plus recherché que celui de « Sushi go » qui a au moins le mérite d’annoncer la couleur d’entrée. Treehouse donne l’impression de stratégie, alors qu’il n’y en pas. Il est difficile d’interagir pour bloquer l’adversaire (bloquer revient souvent à sacrifier une bonne carte que l’on pourrait placer dans sa maison). Généralement, c’est le joueur lui-même qui se met en difficulté en plaçant mal sa pièce. On se passe donc des cartes, on essaie de les placer. Ça marche, ou pas, c’est tout, il n’y a pas d’alternative, pas de plan B.

Le décompte des points assez pauvre, le système des Cartes Modificateurs de Décompte est une bonne idée mais cela ne suffit pas. Il y a des symboles sur les cartes, pourquoi ne pas s’en être servi pour un calcul final qui les prendraient en compte ? On aurait pu les partager sur les différentes pièces. Non, chaque symbole est lié à une couleur et ça ne va pas plus loin.

Une fois de plus, on a l’impression que le projet n’a pas été poussé jusqu’au bout, comme si l’idée se suffisait à elle-même. On se retrouve face un jeu très familial, bien joli, bien gentil, et bien mou. Un jeu subi alors qu’on s’imaginait architecte de sa propre construction, un jeu qui, avec un peu plus de soin, aurait pu être excellent. 

Après tout, Scott s’en bat peut-être les couettes, son jeu est à chaque fois « funded » et c’est peut-être ça le principal  ?

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Un peu comme certaines saucisses, la règle (et les crédits) écrites sur des pages de cahier, a le goût d’autrefois

                     

 >> Fiche de jeu

Un jeu de Scott Almes
Illustré par Adam P. McIver
Edité par Green Couch Games
Langue et traductions : Anglais
De 2 à 4 joueurs
A partir de 7 ans
Durée moyenne d’une partie : 20 minutes

5 Commentaires

  1. Photo du profil de Shanouillette
    Shanouillette 07/08/2015
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  2. Photo du profil de Grovast
    Grovast 07/08/2015
    Répondre

    C’est vrai que c’est dommage, un thème du tonnerre, une méca originale qui s’y intègre super bien (l’équilibre de la cabane), des illustrations réussies…

    Ca donne l’impression d’un beau gâchis.

    • Photo du profil de Shanouillette
      Shanouillette 07/08/2015
      Répondre

      Oui je connais pas Green couch mais peut-être devrait-il trouver un vrai éditeur…

  3. Photo du profil de morlockbob
    morlockbob 07/08/2015
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    C’est vraiment le genre de truc qui me pose questions. Suis je trop difficile,est ce culturel (car en européen je suis un pousseur de cubes), les américains sont ils de grands enfants, les souscripteurs ont ils tellement d’argent que c’est de l’achat impulsif ???  Il y a quand même bon nombre de jeu qui sortent en laissant une impression de pas fini, (Almes /Laukat entre autres), mais qui se vendent …

  4. Photo du profil de Umberling
    Umberling 07/08/2015
    Répondre

    Scott Almes a de très bons jeux à son actif… Dommage.

    Après, ce que je trouve piégeux sur KS, c’est que l’on y trouve de tout, mais c’est souvent brandé comme LE jeu de l’année. Du coup il y a des grosses attentes, alors que c’est seulement un jeu familial. Et le public de KS est à mon avis peu familial ^^

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