vin et fromage: le mariage idéal ?

En 2023, Huguette et Jean Paul nous proposaient les produits du terroir à travers la fabrication de bière et de pain (D’orge et de blé en VF). Malgré une franche camaraderie, chacun œuvrait pourtant dans son coin afin d’être le meilleur artisan. Pour se rafraîchir, la mémoire, ou découvrir ce jeu, c’est par ici:

 

 

Quelques années plus tard, retrouvons ce couple aimant qui semble avoir rajeuni (comme quoi la bonne nourriture) et s’est diversifié. La couverture est champêtre, il fait beau, on est bien, on mange du fromage et on boit du vin. Tout comme l’épisode précédent, ce jeu 2 joueurs de Scott Almes est bien compétitif et il n’y a aura qu’un vainqueur.

 

 

 

Ce nouveau titre est plus dense, plus poussé. Il faut, au fil des saisons, récolter des ingrédients qui vont servir à élaborer les deux produits, et, après vieillissement, les vendre au marché. Un élément important est l’équilibrage : le fromage et le vin rapportent des points, mais, à la fin de la partie, c’est celui qui en a le moins rapporté qui déterminera votre score. 

Comme dit, le jeu est dense et touffu. Même si l’explication des règles est claire, il faut mémoriser pas mal de choses, l’auteur, Scott Almes, ayant ajouté des effets supplémentaires au sein d’une même action. C’est ainsi qu’on peut assembler, ou pas, des mets, réaliser des actions spéciales ou d’étiquetage via les cartes ou le plateau, gratuites ou payantes, faire avancer ses curseurs en utilisant certains ingrédients…

 

On petit village tranquille.

 

 

Alors, vieille croûte !

Plutôt que de suivre le manuel, visitons plutôt l’exploitation zone par zone. Et des zones, il y en a pas mal : la piste des jetons vin/fromage (piste de richesse), des cases pour stocker les ingrédients et les cartes fromage/vin que l’on va récolter (les cuves, le cellier), l’endroit où récupérer les ressources en interagissant avec les ouvriers (parcelle et logement), et enfin la piste des saisons sur laquelle on chemine, manche par manche (le calendrier).

Commençons par les plus accessibles. La piste de richesse accueille deux marqueurs, l’un symbolisant le vin, l’autre le fromage. Grâce à des actions disséminées sur les cartes ou les cuves du plateau, on va faire progresser ces marqueurs, en tentant de ne pas créer un trop grand espace entre eux.

 

 

Le calendrier sert à la fois de décompte (une fois arrivé au bout, la partie est terminée) et donne le ton de chaque manche : envoyer les ouvriers sur les parcelles, produire, activer les actions, vendre, stocker, rapatrier les ouvriers, faire vieillir etc. Les cuves de la ferme sont des espaces dédiés à chaque ingrédient. Vous récoltez des ferments (case de droite), vous les placez sur sa case. Attention néanmoins à ne pas en avoir trop, les cuves ne sont pas grandes et le stockage réduit, le trop plein doit alors être évacué.

 

Bientôt l’hiver, qu’avons nous en stock ?

 

 

Les endroits les plus originaux du jeu, sont les zones ouvrier/parcelle et le fonctionnement qui en découle afin de récupérer les bons ingrédients. Les parcelles sont un rectangle de 5×4 produisant lait, levure, raisin blanc ou noir, sel etc. Poser son ouvrier sur la bonne parcelle demande un bon timing, une bonne spatialisation et anticipation. Les ouvriers viennent des logements, des espaces affichant des contraintes (travail d’équipe/labeur solitaire) qui vont demander, si on veut récupérer le maximum d’ingrédients, de se placer judicieusement (et si en plus on peut ralentir l’adversaire, c’est mieux). Un terrain qui se réduit peu à peu.

 

 

Parcelle et logement (en travail d’équipe).

 

 

Seconde obligation, si je me sers d’un ouvrier jaune, mon adversaire DOIT prendre le second ouvrier jaune. On va également jouer en rupture pour alterner le choix des couleurs des meeple et changer le premier joueur.

 

vin et fromage

L’ordre du tour ouvrier.

 

La phase de rapatriement des ouvriers des parcelles aux logements permet de collecter à nouveau des ingrédients de la même façon. On prend les ressources selon le schéma de la carte et on fait le trajet inverse. L’obligation de couleur demeure.

 

Nous avons des ingrédients, nous les déposons dans les cuves et c’est la phase de production. C’est le moment de poser une carte vin ou fromage (carte gourmet) dans son cellier et de la remplir totalement avec ce qu’elle demande. Tous les ingrédients ne se valent pas. Si le lait est en quantité, les ferments ou la levure sont plus discrets. Cette production vous donne droit à une action d’étiquetage gratuite (symbole !) pour récupérer de nouvelles cartes, accélérer/ralentir le vieillissement ou avancer ses marqueurs sur la piste de richesse. Si vous n’avez pas produit, étiqueter est possible en payant le coût indiqué. On peut aussi glaner des bonus en déclenchant l’action spéciale située sur certaines cartes avec le (!) comme la culture de ferments, le lavage ou la distillation qui font avancer les marqueurs sur la piste de richesse par exemple. On distingue donc les cartes action (!) et les cartes gourmet (sans action spéciale). Ces dernières n’ont pas de pouvoir mais sont extrêmement rentables si assemblées (miam, la bonne quiche).

 

 

vin et fromage

Coûts, bonus et points de victoire.

 

 

Pour vendre une carte et toucher le meilleur prix, le mieux est qu’elle soit terminée, c’est-à-dire qu’elle soit vide de ses ingrédients. Pour vendre dans de bonnes conditions, il faut faire vieillir (retirer exactement 2 pions ingrédients). Si on ne peut pas retirer 2 pions, il y a détérioration et la carte est immédiatement mise en vente. Cela peut être un choix (libérer un espace cellier par exemple) mais vendre avant terme rapporte moins. Des effets d’étiquetage permettent de ralentir ou accélérer le vieillissement pour enlever le bon nombre d’ingrédients sur les cartes qui en possèdent 3 ou 5 par exemple.

 

 

prêtes à vieillir ?

 

 

Une fois vendue, cette carte rejoindra le quartier or (terminée) en déclenchant un effet ou le quartier argent (non terminée) sans effet.

La partie va durer deux ans (mais euuuh) et s’achève quand on arrive au bout du second hiver. Sont comptabilisées les valeurs or et argent des vins et fromages, celles de la piste richesse via la position des marqueurs et les paires de cartes gourmet. Il ne reste plus qu’à comparer les deux totaux: le score le plus faible est le score final.

 

Piquette ou grand cru ?

Si ce Vin et fromage fait écho à D’orge et de blé, il n’en est pas la suite, plutôt un nouvel épisode de cette saga fermière et culinaire. Ici pas de draft, de troc ou d’année de sécheresse alternant avec l’abondance… Les mécaniques, même si certaines se croisent, sont renouvelées. Une autre différence, de taille, est le niveau qui monte d’un cran. Le jeu multiplie les règles dans les règles et propose des variations (au sein des productions par exemple) qui questionnent un peu plus le joueur. Si le calendrier suit un chemin répétitif (la phase du second hiver est légèrement différente), son avancée est relativement rapide, frustrante parfois, mais la partie se termine au moment où on pourrait se lasser.

 

 

À table avec les paires gourmet !

 

L’utilisation des ingrédients est classique pour constituer la bonne recette, c’est la prise des éléments qui est la mécanique la plus intéressante du jeu. Le jonglage entre les contraintes des cartes logement (travail d’équipe/labeur solitaire) pousse à optimiser ses choix au maximum, à s’adapter quand l’adversaire vous force à jouer telle couleur et avoir une vue globale de la zone et ses articulations via les obligations des cartes. Cartes qui sont mises au hasard et offrent ainsi une bonne rejouabilité.

 

 

 

Les ingrédients sont à la fois un challenge et une sécurité. Si certains d’entre eux sont plus difficiles à obtenir, le fait de pouvoir en échanger 3 contre 1 aide beaucoup, surtout quand le lait coule à flots. Une surprise (voulue pour empêcher le blocage ?) car nous avons rarement galéré à ce niveau. D’autres choses méritent plus d’attention comme la gestion du vieillissement (retirer exactement 2 pions, 3 vers la fin ) qui demande un vrai timing pour terminer de façon impeccable sa vente. Durant la première partie, on se sera perdu avec les bonus des cartes action, l’étiquetage gratuit/payant, les paires gourmet et on ne s’est pas assez concentré sur l’équilibre des deux marqueurs. Une erreur qu’on a réparé par la suite mais qui ajoute à la concentration de la partie.

 

 

Alors, l’Orge et le blé ou le Vin et le fromage ? Il n’y a pas photo, ce chapitre est beaucoup plus intéressant que le précédent et, sans offrir de multiples stratégies, il offre de quoi se triturer le cerveau pour agencer les différentes strates de la fabrication artisanale, avec un matériel et un thème agréables. Vin et fromage est un jeu de ressources, de collection, de gestion mais c’est surtout un jeu d’équilibre. Il faut avoir les yeux partout, et ne pas perdre de tête cette contrainte majeure au risque d’en payer le prix. Un jeu sur lequel on a envie de revenir, c’est déjà bien. Tiens, je m’en ressers un !

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