Participatif, la sélection naturelle N° 156 du lundi 30 novembre 2020

 

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N° 156

 

 Salutations ludico-participatives ! 

► Bon… On est d’accord qu’en ce moment, c’est mort de chez mort sur Kickstarter en ce qui concerne les nouveaux projets hein ? J’ai l’impression que les éditeurs retiennent les chevaux pour lâcher la sauce après les fêtes. Oui, au vu de ce qui est annoncé pour 2021, ça va envoyer du gros et les étrennes de mamie Josette vont morfler sévèrement. En attendant, je n’ai pas grand chose à vous proposer pour satisfaire votre inextinguible soif de pledge. Deux projets français, c’est déjà ça, même si c’est peu.

 

Bonne lecture, à la semaine prochaine (ou celle d’après 😉 )

et surtout continuez à faire attention à vous !

 

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Évolution des campagnes en cours la semaine passée

 

► Celles qui se terminent cette semaine…

fr Et bien ça y est ! Au moment où vous lirez ces lignes, la campagne de Set a Watch : Swords of the Coin VF par Boom Boom Games aura égalé en nombre de soutiens celle de la VF de Set a Watch premier du nom, après l’avoir explosé en terme de brouzoufs. Elle est indubitablement une franche réussite et ne peut que conforter Boom Boom de continuer dans la voie de the-pursuit-of-happiness-box-artla localisation de bons jeux originellement édités en étranger. Et ça, c’est bien ! (actuellement 28 730/6 000 € et 560 soutiens. Fin le 02  décembre).

Les 3 000 soutiens viennent d’être dépassés pour The Pursuit of Happiness : Big Box & Nostalgia Expansion par Artipia. Un joli résultat donc, qui devrait certainement s’améliorer notablement avec le rappel des 48 heures, et qui est symptomatique de l’attrait de ce jeu auprès des joueurs (actuellement 267 600/20 000 $ et 3 040 soutiens. Fin le 04 décembre).

fr Virus Wars par Unfriendly Game vient enfin de trouver son financement et la chasse aux stretch goals est désormais ouverte. Malheureusement, le fait d’être financé n’a pas l’air de motiver les foules plus que ça puisque le rythme reste similaire. Espérons tout de même qu’un mouvement de hausse naisse de l’arrivée du rappel des 48 heures (actuellement 10 500/10 000 € et 140 soutiens. Fin le 05 décembre).

 

Et les autres…

 

fr Curieuse semaine pour The Specialists par Explor8, qui a passé une semaine à alterner les jours en positif et ceux en négatif, pour arriver au final à un résultat quasi neutre. Au global ce n’est pas foncièrement mauvais avec un financement à plus de quatre fois, mais si ce rythme ne s’améliore pas, les deux semaines restantes vont être longues (actuellement 44 000/10 000 € et 665 soutiens. Fin le 12 décembre).

fr Le cas de Rulebenders par Game Brewer est un peu hors normes. La totalité des backers a été attirée les trois premiers jours, et depuis le quatrième ce sont des pertes continues que l’on constate !   (actuellement 69 250/60 000 $ et 730 soutiens. Fin le 11 décembre).

 

 

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Les projets qui ont le plus attiré mon attention (en bien comme en mal)

La période semble propice au lancement de projets français modestes, mais pas inintéressants. En voici donc un nouveau, Which Side Are You On ? par Yeast Games. Cet éditeur n’est pas vraiment un inconnu puisqu’il a déjà à son actif deux campagnes sur Kickstarter pour deux jeux en PnP : Moonlight Brewers et Brutal Dinos Tender Unicorns. Which Side est donc son premier « vrai » jeu si vous me passez l’expression, dans le sens « avec du matériel et une boîte ».

Il s’agit d’un jeu coopératif à base de pose d’ouvriers et de gestion de ressources au thème pour le moins peu banal, pour ne pas dire complètement inédit : la lutte des travailleurs migrants à New-York au début des années 1900 contre un patronat qui les tuent au travail, au sens strict du terme. Le but est de contrôler les moyens de production de la ville avant la fin du tour 10, sinon c’est le patronat qui aura réussi à écraser la révolte. Le Patronat peut également gagner si les joueurs n’arrivent pas à payer les frais de la vie courante et se retrouvent à la rue.

À chaque tour, le Patronat effectue une offensive qui se concrétise par le tirage d’une carte établissant une mini-règle, permanente ou temporaire, qui va affecter les joueurs. Les joueurs, quant à eux, vont placer leurs Travailleurs sur l’une des tuiles représentant New-York soit pour y travailler et gagner de l’argent pour les dépenses courantes ou celles de la lutte, soit pour y faire de l’agitation politique, des grèves, voire des sabotages. Ces trois dernières actions correspondent à des ressources (au lieu d’avoir du bois, de l’acier ou de l’or, on aura de la Grève, des Sabotages et de l’Agitation) qui vont être dépensées pour contrer les actions du Patronat.

Également, à chaque tour sont tirées des cartes Malheur et / ou Incidents qui vont potentiellement rendre les choses plus difficiles pour les joueurs puisque leurs effets peuvent envoyer des travailleurs en prison, les blesser ou les rendre malades, ce qui mécaniquement obère les possibilités d’actions des joueurs.

Le côté historique du jeu a été très travaillé et les efforts ont surtout été axés sur l’ambiance d’oppression des travailleurs par le patronat. Ainsi les cartes présentent des textes d’ambiance qui nous plongent dans ce contexte où la vie des migrants tenait plutôt de la survie. Le titre du jeu lui-même est une réminiscence de ce combat aujourd’hui souvent oublié puisqu’il s’agit du titre d’une chanson écrite en 1931 à l’occasion d’une très dure grève de mineurs.

Cet aspect oppression est renforcé par la direction artistique plutôt sombre et les illustrations très particulières, à base de peinture à l’eau. De ces illustrations se dégagent une ambiance presque glauque, certainement due au flou artistique généré par la technique de dessin utilisée. Celle de la boîte en est un parfait exemple.

Yeast Games est un éditeur qui se veut engagé et à ce titre, l’aspect écologique de la fabrication du jeu est poussé au maximum. Tous les éléments ou presque sont fabriqués localement dans un rayon de 50 kilomètres. Malheureusement, à l’heure où j’écris ces lignes cet aspect est quasi complètement passé sous silence sur la page de campagne, ce qui est particulièrement dommage quand on sait que de plus en plus de joueurs y sont sensibles. C’est même dommageable car le prix des pledges est directement dépendant de cette décision de fabriquer en local et, sans cette justification, bien des backers potentiels trouveront le jeu juste trop cher.

Car oui, pledger un jeu à tendance écolo et engagé a un coût, il ne faut pas se le cacher. 50 € très précisément dans le cas qui nous occupe. Auxquels il faudra ajouter 10 à 12 € de frais de port. Rien de rédhibitoire pour qui voudra bien prendre en compte les éléments que j’ai cités, mais ce pourrait être bien différent pour qui n’est pas informé. À noter qu’un pledge à 85 € (hors frais de port) est proposé : il ajoute au pledge de base une figurine en résine de Sabo-Tabby, un chat vénère qui est (je l’ai appris en même temps que vous) la mascotte du syndicat IWW (Industrial Workers of the World), fondé aux Etats-Unis en 1905 et qui milite pour une forme de démocratie en entreprise. Un pledge dispensable donc, avec un prix qui le réserve aux plus engagés des backers (actuellement 6 000/10 000 € et 120 soutiens. Fin le 20 décembre).

 

fr Chat Pardeurs est un micro jeu sans prétention réalisé par Maxime Diet, AKA Catartyk, un enseignant lyonnais auteur de jeux à ses heures perdues. On attend d’ailleurs le reboot de la campagne de son jeu Bla Bla Cat, visuellement entièrement revu et corrigé.
Chat Pardeurs est d’ailleurs dans le même univers un peu décalé, à base de chats dont les noms sont des jeux de mots. Il s’agit d’un jeu pour deux joueurs à partir de 5 ans, pour des parties courtes d’environ 5 minutes. Idéal donc pour occuper une tête blonde sur de courtes sessions. Ou à l’apéro avec un pote, c’est selon. Bref, vous vous doutez bien qu’on est loin d’un jeu pour joueurs hardcores. En voici le pitch : « La peur s’est emparée de San Franciscat. Les usines de nourritures sont la cible de vols récurrents. Mais n’ayez crainte, Supercat est bien décidé à livrer les chapardeurs à la justice ».
Un des joueurs est le Chat Pardeur, qui doit voler 5 nourritures pour gagner, et l’autre Supercat, qui doit stopper le Chat Pardeur et le mettre KO.
Le gameplay est un mélange de bluff, de déduction et de moulasse au dé. Le Chat Pardeur sélectionne un aliment, le Supercat doit deviner lequel. S’il a faux, le Chat Pardeur gagne la nourriture en question, sinon le Supercat lance un dé dont le résultat peut potentiellement faire progresser le marqueur de coup jusqu’à mettre le cas échéant le Chat Pardeur KO. Bon, la règle est un tout petit peu plus « compliquée » que cela et le jeu n’est pas aussi bébête que ma description peut le laisser penser, il y a même une variante qui a fait jour grâce aux stretch goals. Mais vous savez l’essentiel.
Le matériel n’est composé que de 4 cartes double face, 6 cubes de couleur et un dé. Ce qui permet un prix tout riquiqui de 3 €, plus 1 € de frais de port. Mais grâce au succès de la campagne et aux stretch goals débloqués, pour ce prix vous aurez un matériel de qualité : cartes plastifiées, dé plus gros et peut-être plus classe, marqueurs de coups et de choix customs. Micro jeu à micro prix peut-être, mais on ne se fiche pas de la clientèle pour autant (actuellement 430/70 € et 56 soutiens. Fin le 05 décembre).
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Ils débarquent cette semaine

 

Baaahhh… Y’a rien ! La zone, quoi…!

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Légende des symboles utilisés

coeur rouge: Désigne les campagnes conseillées par Shanouillette.

coeur bleu: Désigne les campagnes conseillées par Gougou69.

fr: Désigne les campagnes dont tout ou partie des éléments sont en français.

€ : Désigne les campagnes particulièrement intéressantes sur le plan financier.

Attention 2: Désigne les campagnes que nous déconseillons fortement.

Le lexique du participatif
  • Add-on : (Nom m.) Ajouts optionnels et néanmoins payants proposés au cours de la campagne. Cela peut-être des packs de figurines, des extensions, des dés plus jolis, mais aussi des objets beaucoup plus dispensables tels que des t-Shirts ou des mugs, voire des pin’s (si si !). Dans tous les cas, les sommes collectées par ce biais participent à l’augmentation de la cagnotte et à atteindre les paliers des stretch goals.
  • Backer [bakeur] : (nom m.) Aussi utilisé, « pledger ». Personne qui avance de l’argent pour la réalisation d’un projet dont la campagne est en cours.
  • Box Upgrade : Modifications apportées tout au long de la campagne (souvent dans le cadre des stretch goals) qui permettent d’améliorer la qualité du matériel du jeu (cartes plus épaisses, carton de la boîte plus fort, dés spéciaux, etc…).
  • CAD$ : Dollars Canadiens (cours bien inférieur au Dollar US)
  • Campagne : Période au cours de laquelle le projet est proposé au souscripteurs. Généralement de 2 à 4 semaines, mais cela peut être moins ou beaucoup plus. Cette durée n’est pas anodine et ne doit pas être choisie au hasard par le porteur du projet. En effet, de celle-ci dépend la forme et la dynamique de la campagne.
  • CMoN : Initiales de l’éditeur “Cool Mini or Not”. Afin de briller en société et avoir l’air du mec (ou de la meuf) qui s’y connait, on le prononcera “Simone” (oui, comme la tata du même nom) et on proscrira les “kmone” ou, pire, les “komone”.
  • DPG : Initiales de l’éditeur “Devil Pig Games”.
  • Early Birds [eurli beurdz] : (Nom m.) Rien à voir avec des oiseaux qui arriveraient en avance. Il s’agit d’un nom poétique donné au pledge à prix réduit (généralement quelques dollars) ou avec un bonus proposé parfois aux tous premiers souscripteurs d’une campagne.
  • FdPI : Initiales de « Frais de Port Inclus »
  • KS : Contraction de KickStarter, la plus grosse plate-forme de financement du monde connu.
  • KS Exclu : Acronyme regroupant tout ce qui est proposé lors d’une campagne et qui lui est exclusif. Par exemple, un add-on ou un stretch goal « KS Exclu » ne se retrouvera jamais dans le commerce et ne pourra plus être acquis en dehors de la campagne. Mais certains porteurs de projets ont des notions bien personnelles de la signification du terme « exclusif ».
  • Mougeon : (Nom m.) Race animale grégaire endémique sur Kickstarter, mi-mouton mi-pigeon. Les spécimens qui la compose ont pour particularité d’avoir, au cours de certaines périodes de l’année qui correspondent peu ou prou à la durée des campagnes de financement les plus en vue, une capacité de discernement inversement proportionnelle à la taille de leur compte en banque.
  • Pledge [plèdj] : (Nom m.) Niveau de soutien proposé lors d’une campagne. Par extension, somme d’argent versée pour y accéder.
  • Pledge groupé (ou PG) : (Nom m.) Regroupement des participations de plusieurs soutiens géré par une personne, généralement pour diminuer (parfois drastiquement) les frais de port et après négociation avec le porteur du projet.
  • Pledger : [plédjé] (Verbe) Action de sélectionner un niveau de soutien et d’autoriser le débit de son compte de la somme correspondant en cas de réussite de la campagne.
  • Pledger : [plédjeur] (Nom m.) Voir « Backer ».
  • PnP : Initiales de « Print and Play ». Il s’agit d’un fichier (généralement PDF) gratuit ou payant, permettant d’imprimer les composants du jeu qui s’y prêtent et ainsi de le tester avant la fin de la campagne.
  • Reboot [rebout] : Deuxième (voire plus) lancement d’une campagne qui a précédemment échoué à être financée. En général, le porteur du projet essaie à ce moment là de corriger les erreurs qui ont mené à l’échec, mais pas toujours…
  • Reminder [wemeyndeur] : Option qui vous averti par mail de l’entrée d’une campagne dans ses dernières 48 heures et vous permet ainsi de juger de la pertinence d’y participer. Utile lorsque l’on est pas certain d’être intéressé en l’état en début de campagne.
  • Reprint : Nouveau tirage d’un jeu qui fait parfois l’objet d’une campagne participative.
  • ROW : Acronyme de “Rest Of the World”. Indique l’ensemble des zones géographiques concernées par des frais de port qui n’ont pas été déjà détaillées.
  • SG : Contraction de « Stretch Goals » (voir explication de ce terme).
  • Stretch Goals [strètch golz] : Paliers de financement qui, lorsqu’ils sont atteints, débloquent un ou plusieurs éléments supplémentaires venant généralement enrichir le jeu. Lorsque ces stretch goals sont spécifiques à la campagne et lui resteront exclusifs, on emploie l’expression acronyme de « SG KS Exclus ».
  • UE Friendly : Définit un projet dont le porteur s’est assuré que les colis de son jeu arriveront dans notre boîte aux lettres sans surcoût lié au passage en douane.

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10 Commentaires

  1. Crunsk 30/11/2020
    Répondre

    Il n’y a pas un jeu qui doit arriver très prochainement par l’éditeur qui a fait Dark village?

    • Gougou69 30/11/2020
      Répondre

      Si, effectivement. Des informations plus précises devraient arriver sous peu.

  2. Catartyk 30/11/2020
    Répondre

    Merci pour l’article. A noter que chat pardeurs, sauf grosse cata, sera dispo pour Noël.

    • Gougou69 30/11/2020
      Répondre

      Y’a intérêt ! Sinon je retire mon pledge !

    • Yeast Games 30/11/2020
      Répondre

      Ah c’est super ça, j’avais pas fait attention quand j’ai contribué, mais c’est encore mieux pour jouer avec mon fils.

      Le monde est bien fait quand même

  3. Yeast Games 30/11/2020
    Répondre

    merci beaucoup pour l’article ! Ca nous fait très plaisir

  4. Kyojin 03/12/2020
    Répondre

    un actualité plus tranquille permet d’ouvrir l’oeil sur des projets moins attendus mais tout aussi intéressants. Merci pour la sélection Gougou

  5. Originar 03/12/2020
    Répondre

    Merci Gougou !
    Sans ton filtre, face à KS, je me sens parfois bien seul

  6. Gougou69 04/12/2020
    Répondre

    Merci de ton retour, qui me fait d’autant plus plaisir que c’est un peu pour cela que je tiens cette chronique.

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