Feya’s Swamp : Ce que nous voulons, c’est du poisson bien délicieux !

Helge Ostertag et Ansem Ostertag sont les créateurs de Feya’s Swamp édité par Fractal Juego. Le premier, célèbre pour Terra Mystica et Projet Gaia, en collaboration avec Jens Drögemüller, ainsi que pour Age of Innovation. Son frère Anselm est moins connu, mais ils ont réalisé ensemble, Kaivai (2005) qui a bien des égards à des similitudes avec Feya’s Swamp. Enfin, il y a une filiation indéniable, mais les deux titres diffèrent beaucoup, nous le verrons. 

 

Dans les marais poissonneux 

Crocodiles, tortues, salamandres ou grenouilles, vous incarnez un des clans du marais qui, durant quatre manches vont chercher à devenir les plus influents (cela reste un jeu à points de victoire), en construisant de nouveaux villages, en pêchant du poisson, le vendant dans les autres villages et en célébrant de grandes fêtes. Deux cartes score connues des joueurs seront décomptées en fin de partie et donneront des points selon différentes conditions.

 

Les cartes guide (quelques unes)

 

En premier lieu et dans l’ordre du tour, on choisit une carte Guide déterminant à la fois l’initiative, mais aussi le coût de construction ainsi que le déplacement des bateaux. Certains guides offrent aussi un pouvoir pour la manche. Pour simplifier, plus vous jouez tôt et plus vous avez de capacités de navigation, indispensable pour atteindre de nouvelles îles, cependant le coût de construction sera aussi plus élevé. 

La seconde phase se déroule sur une mécanique de pose d’ouvriers, chaque action étant plus rétributive si vous êtes le premier à la faire, comme l’action de pêcher qui permet de gagner un poisson de plus, ou sur d’autres actions, majorées d’un coût supplémentaire.

 

 

 

Attardons-nous sur la construction

Pour cela nous devons déplacer nos bateaux, cela dépend de notre avancée sur la piste de navigation, ajoutée à la valeur de navigation que nous donne notre personnage. Ensuite nous allons agrandir une des îles et construire sur l’hexagone adjacent à chacun de nos bateaux. Chaque île rapportera des points en fin de partie selon un multiplicateur que je vais soigneusement éviter de vous détailler 🙂 

La géographie va s’en trouver changée, c’est un aspect de la construction que je trouve intéressant. Bien sûr, on ne peut pas bloquer un joueur ou relier deux îles, mais on peut rendre un lieu moins accessible ou obliger à faire un détour, ce qui demande plus de capacités de navigation. Au fil de la partie, les déplacements deviennent de plus en plus difficiles. Des zones de pêche se tarissent.

 

 

 

L’interaction semi positive

Des titres comme Terra Mystica, Projet Gaia ou encore Age of Innovation se sont distingués par leur interaction “positive”. Feya’s Swamp a un fonctionnement assez similaire, pendant l’action de livraison, si vous livrez vos propres villages, vous allez plus tard gagner des points, mais pas d’argent.

Si au contraire vous livrez vos poissons sur les villages des adversaires, vous allez gagner beaucoup d’argent. Mais en contrepartie vous leur offrez aussi des points de victoire pendant les célébrations. Durant une action de célébration, un joueur va choisir une des îles et gagner un point par tuile village la composant, puis chaque joueur va gagner un point par poisson présent sur ses tuiles village. Gagner plus d’argent consiste inévitablement à donner plus de points aux adversaires, et il faut trouver le juste milieu.

L’argent est indispensable pour construire de nouveaux villages coûtant de plus en plus chers. Construire des villages vous donne du revenu, de nouveaux bateaux ou même des ouvriers supplémentaires.

 

À deux cela fonctionne très bien grâce à un plateau adapté pour cette configuration.

 

 

Mais aussi plus concurrentielle

Trois cartes objectifs sont présentes en début de partie et rapportent des points selon une condition qu’il faudra planifier. Les premiers seront mieux rétribués (de 15 à 5 points). L’air de rien on surveille les avancées des autres, pour aller plus vite qu’eux.

Dans les marais, se trouve des temples. Premier arrivé, premier servi avec des points et des bonus immédiats. Cet ajout de gameplay peut sembler casser l’élégance et l’économie du jeu, mais il est également nécessaire, car il offre des voies de jeu alternatives.

Quand la fin de partie survient des points seront attribués selon deux cartes scoring, certaines dépendent d’une condition de majorité (ou égalité), la compétition est donc féroce. Même l’action de passer est importante, car elle offre une tuile bonus parmi plusieurs, et le choix de la prochaine carte guide (comme Terra Mystica etc.).

 

Le plateau avec les objectifs

 

 

Et Kaivai ?

Feya Swamp fait partie de ces réitérations de jeux existants, mais on ne peut pas dire que c’est une simple V2. Le jeu a été beaucoup simplifié, transformé, rationalisé. Kaivai avait pour thème les villages insulaires de la Polynésie et n’avait pas de pose d’ouvriers, et fonctionnait avec un système d’enchères pour gérer l’ordre du tour, remplacé ici par un  système de carte guide que je trouve plutôt élégant. Il intégrait du hasard dans certaines actions, comme la vente des poissons qui se faisait avec un dé. Impensable aujourd’hui dans un Eurogame expert. Vous pouviez même couler un bateau adverse.

 

crédit photo Richard Johnson (BGG)

 

Vos poissons perdaient de la valeur pendant la partie, mécanique peut-être logique quand la partie durait dix tours, car cela obligeait à timer vos livraisons et non stocker toute la partie. Mais en quatre manches seulement, cela perdait tout son sens. Les auteurs ont compacté l’expérience pour la rendre plus compatible à notre époque.

 

La pêche est bonne ?

Je n’avais pas remarqué que The Mico illustrait le jeu. Depuis quelque temps je n’apprécie guère son travail, la faute à une surreprésentation avec un style qui (à mon goût) ne varie qu’assez peu. Dans Feya’s Swamp, il arrive à faire illusion, peut-être à cause de l’anthropomorphisme de ses personnages, mais le thème reste abstrait cependant.

Feya’s Swamp est un jeu très calculatoire, c’est peut-être son principal défaut, car on fait en permanence du calcul mental. Pas de place pour l’improvisation, si vous faites une erreur, il vous manque un point de navigation ou quelques pièces de monnaie pour payer la construction pour réaliser votre action comme vous l’entendiez. Cela peut être frustrant. 

 

 

J’aime beaucoup quand un jeu offre des moments satisfaisants, quand en une action vous pouvez faire plein de choses. Feya’s Swamp peut avoir des moments comme ça, en une action, vous construisez trois villages, ce qui vous donne du revenu, des points, et, en plus, vous accomplissez l’un des objectifs. Ou bien vous planifiez une action de vente. Vous déplacez vos embarcations de manière judicieuse et vous livrez tout d’un coup plein de poissons, ce qui vous permet de gagner beaucoup d’argent. C’est ce genre de coup flamboyant qui reste dans votre mémoire, même si vous avez perdu.

On ressent bien la filiation avec les autres jeux de Helge Olderstag, mais Feya Swamp est plus simple, plus direct, mais aussi moins profond qu’un Terra Mystica ou Age of innovation. Beaucoup plus facile à sortir aussi. 

Ce n’est peut-être pas un chef-d’œuvre, mais il est agréable à jouer, avec une bonne tension, une belle interaction, à la fois positive et concurrentielle, avec du contrôle de territoire, du timing et une course aux objectifs. Un bon jeu dans une petite boite qui va ressortir régulièrement à l’inverse des autres jeux de l’auteur qui demande beaucoup plus d’apprentissage.

 

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