ISTANBUL: C’EST LA COURSE DANS LE BAZAR !

Parmi mes dernières acquisitions figure le jeu intitulé Istanbul, un achat quelque peu compulsif car basé seulement sur l’attrait du thème, des graphismes et après la lecture des règles. En effet, je n’avais pas spécialement repéré cette nouveauté au dernier salon de Cannes et peu d’infos ont filtré sur la toile ludique avant sa sortie.

Je vous propose donc dans cet article l’ouverture de la boîte avec la présentation du matériel, une mise en place des éléments, la description sommaire de la mécanique et des différents quartiers du jeu conduisant à l’ébauche d’une partie afin d’obtenir un premier ressenti.

Faisons les présentations

P1110108La boite aux graphismes très réussis et donc très « accrocheuse »

Istanbul est un jeu poids moyen de gestion, course & commerce de Rüdiger Dorn pour 2 à 5 joueurs (à partir de 10 ans) et d’une durée de partie annoncée de 40-60 minutes.

Le jeu fut d’abord diffusé en anglais/allemand chez Pegasus Spiele en Mars 2014. Désormais Matagot édite cette version française (et italienne).

P1110102Les bords extérieurs de la boite de rangement sont eux-aussi pourvus de belles illustrations!

 

Auteur, illustrateur

Rüdiger Dorn n’en est pas à son premier coup d’essai puisque cet auteur allemand a déjà sorti de nombreux bons jeux tels que Louis XIV (excellent jeu de majorité), Goa (le plus connu et très bien), des jeux à 2 (Jambo, Coeur de Dragon, Asante) ou plus récemment des jeux plus familiaux comme Waka Waka ou Las Vegas (jeu de dés). Il est également l’auteur de Genoa ou encore Il Vechio, deux jeux à la bonne réputation que je ne connais pas. Plus d’infos sur Rüdiger Dorn sont disponibles sur le site de Tric Trac ici.

Mais revenons à son dernier opus : Istanbul !

L’illustrateur se nomme Andreas Resch qui m’est inconnu jusqu’à ce que je lise sa présentation sur le site de Tric Trac. Et là, je comprends que j’aime bien son coup de pinceau puisque j’avais déjà été attiré par ses graphismes sur des précédentes productions comme Rialto (à part la pochette que je trouve fade) ou bien Mauna Kea (le contraire de Rialto: une belle pochette mais doté d’un matériel moins graphiquement parlant à mon goût).

Pour Istanbul, l’illustrateur réussit non seulement une très belle pochette mais aussi des superbes graphismes aux couleurs chaudes sur le matériel qui aident vraiment à rentrer dans le thème très oriental de la capitale économique turque.

 

Ouvrons voir !

P1100447La matériel composé principalement de 9 planches cartonnées épaisses

 

Après l’opération de « dépunchage »:

P1100459Regroupement des éléments du jeu après « dépunchage »

 

L’ouverture de la boite révèle un matériel assez abondant et de bonne qualité (tuiles épaisses, jetons en bois agréables au toucher, rubis) donnant clairement envie de jouer !

La règle est bien traduite et claire : elle comporte 8 pages aérées et bien illustrées par des exemples. Les aides de jeu sont excellentes et chaque joueur pourra bénéficier de sa tuile explicative : le gage d’une très bonne édition !

P1110110Étalage de la totalité du matériel

Je réalise la mise en place de base (pour 2 joueurs) afin de bien mesurer tous les éléments du matériel et effectue une mini partie solo pour commencer à appréhender la mécanique du jeu (et ainsi mieux pouvoir expliquer les règles lors d’une prochaine partie).

P1100468Configuration de départ à 2 joueurs

Principe général du jeu

Le plateau de jeu est modulaire car composé de 12 quartiers différents disposés selon des configurations pré-définies ou aléatoires (en respectant quelques contraintes).

Chaque joueur incarne un marchand et le but du jeu est d’être le premier à rassembler 5 rubis dans sa charrette en visitant les différents quartiers de la ville, chacun donnant une action spécifique.

Pour ceci, il va falloir envoyer ses assistants prendre des ressources dans les étals, commercer aux marchés, aller prier à la mosquée et récupérer des rubis notamment en satisfaisant la demande du sultan (des ressources) ou du joaillier (des sous = des livres) tout en faisant de bonnes rencontres (gouverneur, contrebandier, membre de familles adverses) ou d’autres moins bonnes (autres marchands joueurs à payer).

P1100473Partie en cours

Tour de jeu

Comme sur la plupart des jeux, un petit temps d’adaptation est nécessaire pour bien assimiler l’iconographie claire des tuiles et des cartes mais une fois ce cap passé, le jeu gagne en fluidité.

Le tour de jeu est simple et rapide rendant l’ensemble dynamique. En effet à chaque tour, on doit déplacer sa pile d’assistant de un ou deux quartiers orthogonalement et réaliser l’action correspondante au lieu visité mais seulement s’il on peut :

  • Laisser un assistant dans le quartier final visité (en le désolidarisant de la pile) ou si on a pu récupérer l’un de ses assistants déjà présent (en l’empilant dans notre pile)
  • Payer le ou les marchands éventuellement présents sur le quartier final visité (2 livres par marchand)

 

Une exception concerne la fontaine, lieu de repos et d’échange ou l’on rassemble tous ses assistants éparpillés dans le souk (sans payer les potentiels marchands).

P1100476Les aides de jeu, une par joueur, bien utiles même si le jeu n’est pas très complexe

 

Puis on résout les rencontres potentielles présentes dans le quartier visité :

  • renvoi d’un membre de famille adverse au poste de police: permet de piocher une carte bonus ou empocher 3 livres
  • le gouverneur permet de récupérer une carte bonus (puis redéploiement dans un nouveau quartier du gouverneur avec un lancer des 2 dés)
  • le contrebandier permet de récupérer une marchandise contre une autre ou 2 livres (puis redéploiement du contrebandier dans un nouveau quartier avec un lancer des 2 dés)

 

Ce système de déplacement des marchands et de ses assistants est astucieux. Cela donne au final un jeu de course aux rubis. Plusieurs stratégies semblent se dessiner pour parvenir à la victoire. Ceci dit, le commerce apparaît inévitable afin d’avoir des livres et mieux contrôler ses actions à l’aide des cartes bonus.

P1100467Zoom sur des quartiers de la ville!

 

Les actions des quartiers

Détaillons les différents quartiers et leurs actions associées :

  • Le fabricant de charrettes permet d’étendre la capacité de sa charrette en payant 7 livres. La 3ème et dernière extension rapportant un rubis.
  • Les entrepôts d’épices, de fruits ou de tissu où l’on remplit au maximum de la capacité actuelle de sa charrette la ressource proposée.
  • Le bureau de poste permet de récolter des ressources et des livres qui varient après chaque visite.
  • Le caravansérail permet de prendre en main 2 cartes bonus puis d’en défausser une.
  • La fontaine, lieu de départ puis de rassemblement de nos assistants.
  • Troquer au marché noir permet de gagner une marchandise tissu/épice/fruit puis une ou plusieurs marchandise bleue selon le résultat du jet des 2 dés (7/8: 1 marchandise bleue, 9/10: 2 marchandises bleues, 11/12: 3 marchandises bleues).
  • Fainéantez au salon de thé en pariant un chiffre entre 3 et 12 puis lancez les 2 dés et obtenez la somme du pari en livres si le résultat des dés est supérieur ou égal au chiffre parié, sinon recevez seulement 2 livres.
  • Petit et grand marché où l’on vend de 1 à 5 marchandises demandées pour obtenir des livres (plus on en vend, plus le gain est important).
  • Visiter le le poste de police permet d’envoyer le membre de sa famille sur n’importe quel quartier pour y effectuer l’action associée (sans activer les éventuelles rencontres).
  • Satisfaire la demande du sultan en se rendant dans son palais permet de récupérer un précieux rubis.
  • Prier à la petite ou à la grande mosquée permet de récolter une tuile bonus permanent (la condition est d’avoir dans sa charrette toute la quantité de marchandises représentées sur la tuile et d’en défausser une seule). Un seul exemplaire de chaque tuile est autorisé. 2 tuiles -donc différentes- d’une même mosquée rapportent un rubis.
  • Enfin, le marchand de gemmes vous vend un seul rubis contre vos livres sachant que son coût augmente d’une livre après chaque visite.

 

Les tuiles mosquée sont au nombre de 4, leurs effets sont :

  • changement d’un dé en 4 ou relancer des 2 dés (une fois par tour)
  • réception d’une marchandise supplémentaire différente aux entrepôts pour 2 livres
  • engagement d’un 5ème assistant
  • paiement de 2 livres (une fois par tour) pour ramener un assistant sous votre pile marchand

 

P1100464Les différents quartiers (configuration de base)

 

Aléas et liberté

Le lancement des dés (sur le marché noir et au salon de thé) apporte son petit lot d’aléatoire et de piment, tout comme sur le replacement des joueurs neutres ou des pions gouverneur et contrebandier.

Les cartes bonus à effet unique sont bien utiles et parfois puissantes. Il en existe 10 différentes qui peuvent octroyer un bonus immédiat (5 livres, une ressource de son choix, bonus de déplacement des assistants) ou doubler certaines actions des quartiers. Ces cartes sont jouables en défaussant la carte au caravansérail, sans limitation de nombre en main, à n’importe quel moment et même plusieurs d’affilée si désiré : bref, la liberté stratégique totale !

P1110106Les différentes cartes bonus (les 2 du haut + celle permettant un déplacement de 3-4 en 4 exemplaires et les autres en 2 exemplaires)

 

Rejouabilité

Les règles proposent quelques variantes : l’une augmente la difficulté stratégique et d’autres concernent la disposition des tuiles quartiers (chemins courts, chemins longs, dans l’ordre ou encore au hasard) qui rendent le jeu plus ou moins difficile au niveau de la planification de ses déplacements et actions.

La rejouabilité semble donc assurée et le jeu peut ainsi viser un large public: du familial au joueur passionné, avec un bon rapport plaisir ludique/temps de jeu.

Par contre, il pourrait rebuter soit certains gros joueurs « velus » qui jugeraient la mécanique trop simpliste et répétitive ou bien des joueurs allergiques aux jeux de course (je le dis car je sais qu’il en existe !) .

A noter aussi que la fin de partie est souvent brutale en laissant un arrière goût de frustration aux perdants, sentiment à oublier très vite en enchaînant immédiatement une autre partie ce qui est tout à fait possible vu la durée très raisonnable du jeu.

P1100925Partie en cours à 5 joueurs (configuration max)

 

Pour en savoir + !

2 petits points de règle clarifiés par Matagot :

  • Est-il possible de jouer des cartes bonus avec l’action du membre de sa famille libéré du poste de police ? A la lecture des règles, rien ne l’interdit mais ce ne serait pas très logique et très, voir trop puissant… Et bien oui, c’est possible ! Dans le cas d’une carte bonus de double action, vous faites l’action deux fois, que ce soit avec un marchand ou un membre de votre famille.
  • Pour la prise du rubis bonus à chaque mosquée: rien ne dit si les 2 tuiles doivent être de différente couleur ou pas (je dirais à priori oui mais à confirmer). La réponse est bien oui: les règles stipulent que vous ne pouvez avoir qu’une tuile mosquée de chaque couleur, donc oui pour avoir le rubis il faut 2 tuiles de couleur différente.

Les règles du jeu (en francais) sont consultables ici : Règles Istanbul VF

A noter qu’une tuile bonus nommée « le marchand de Kebab » est proposée en tant que mini-extension dans le magazine SpielBox #3/2014: voir ici.

 

Bilan

En conclusion, le jeu se classe dans la catégorie « familial plus » et tient toutes ses promesses car toutes ces bonnes premières impressions se sont confirmées sur les parties suivantes effectuées cette fois avec de vrais joueurs qui eux aussi ont apprécié les qualités du matériel et ludiques du jeu !

   

6 Commentaires

  1. Krissou 14/07/2014
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    J'y ai joué il y a quelques semaines. J'ai beaucoup de mal à me faire un avis sur le jeu. Je me suis pas ennuiées, j'ai testé plusieurs trucs (et ça a porté ces fruits vu que j'ai gagné :p), mais il ne m'a pas laissé un avis "waouuh". J'ai l'impression qu'il est très linéaire et un peu trop "mono-stratégique dépendant de l'aléatoire".

    Mais, ce n'est pas un mauvais jeu et j'y rejouerai avec plaisir pour me faire un meilleur avis dessus 🙂

    • Zuton 14/07/2014
      Répondre

      Bonjour et merci pour ton commentaire !

      Oui, le jeu est au final assez classique (mise à part la mécanique de déplacement) et effectivement linéaire au vu du besoin constant de faire des sous et rubis par du "pick-up delivery", ce qui donne un aspect répétitif aux tours de jeu et laisser entrevoir une pointe de déception !

      Mais plusieurs stratégies semblent mener à la victoire  : on a par exemple joué une partie à 5 où tout le monde s'est acharné à améliorer la capacité de sa charette au maximum sauf une joueuse qui a gagné en nous devançant tous avec une charette de capacité seulement 3 ! 🙂

      J'ai omis de préciser dans l'article que le jeu est plus intéressant dans les configurations 4 et 5 joueurs où l'interaction et la concurrence sont bien plus importantes. La configuration à 2 joueurs a le mérite d'exister mais plutôt "molle" : l'apport des marchands neutres ne permet pas de gommer le manque d'interaction. A combien de joueurs y a tu joué ?

      Cela donne un bon jeu à partir de 4 joueurs, accessible, avec surtout un bon rapport plaisir ludique/temps de jeu. Mais ce n'est pas non plus pour moi le jeu de l'année… encore que je dois me tromper puisqu'il vient de remporter le Spiel !

      • Krissou 14/07/2014
        Répondre

        J'y ai joué à cinq justement, et j'ai utilisé la même stratégie que la joueuse dont tu parles : aucune amélioration de ma charette 🙂 Et avec un seul passage à la fontaine sur toute la partie.

        Bon à savoir pour le nombre de joueur, je ne me le procurerez probablement pas alors (vu qu'en général on joue à deux :p).

        Et personnellement, j'ai du mal à comprendre le Spiel cette année :p Déjà de base dans sa nomination dans la catégorie connaisseur au vu du type de jeu.

  2. Grovast 15/07/2014
    Répondre

    Testé ce WE à deux joueurs. Je suis assez d'accord avec Zuton : cette config manque un peu de tension, malgré les marchands neutres on fait presque ce qu'on veut.

    C'est un jeu sommes toutes agréable, avec le principe intéressant des assistants pour la partie déplacement, deux ou trois enchainements sympa à faire via les cartes bonus, mais qui ne m'a pas laissé un souvenir impérissable.

    J'y rejouerai avec plaisir si on me le propose, mais je n'irai pas jusqu'à déclencher une partie spontanément. Dans le même calibre, je lui préfère largement Glen More, par exemple.

  3. Himuraken 15/07/2014
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    jeu qui vient d'obtenir le kennerspiel et qui pour le coup me donne envie de l'essayer, aimant beaucoup la production de rudiger dorn.

    Revenu d'un week-end au Flip de parthenay, je l'ai en tout cas beaucoup vu tourner sur les tables.

  4. Shanouillette 16/07/2014
    Répondre

    Ha nous aurions pu nous croiser à Parthenay! En effet le jeu a tourné pas mal mais sa nomination (puis sa récompense) n’ y sont pas pour rien je pense. L’ oeuf ou la poule? 😉

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