Tout là haut, perché dans mon arbre

8ème sortie de la gamme « mini » de Iello, Tout là-haut rejoint ses camarades Welcome to the dungeon, Aramini Circus ou encore Héros à louer. Une belle gamme de petits titres clairement familiaux, où le jeu se doit de marier simplicité, mécaniques intéressantes, et illustrations aguichantes, le tout pour un tout petit prix. Un pari difficile à remporter à tous les coups, surtout avec le rythme effréné des sorties de cette gamme (déjà 8 en 1 an).

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Tout là-haut est la version française de YardMaster Express, un petit jeu de cartes sorti il y a 2 ans hors de nos frontières, avec de bien sobres illustrations de trains (ci-dessous). Iello a donc choisi de sortir le jeu chez nous, tout en le relookant au passage de façon à plus correspondre à son public français.

YardMaster Express

Pour ma part, j’ai craqué sur le thème et les illustrations du jeu sans même m’attarder sur les mécaniques. L’achat impulsif clairement déraisonnable. Du coup, il ne me reste plus qu’à jouer pour voir si le ramage vaut le plumage !

 

Qu’est-ce que c’est donc ?

Tout là-haut, c’est une histoire d’enfants qui construisent des cabanes dans les arbres. Un thème assez peu exploité dans le jeu de société, qui parle bien sûr aux petits, mais pas que : la preuve, j’ai grandement été séduit par cette idée de cabane qui s’accroît au fur et à mesure de la partie.

Le jeu contient une 50ene de cartes, et c’est tout.

Côté mécaniques, on est sur un draft d’une main unique de cartes qu’on va se passer autour de la table. Quand elle vous arrive, vous piochez la carte du dessus de la pioche, vous l’ajoutez à votre main, puis vous sélectionnez une carte parmi votre panel afin de tenter de faire la plus belle cabane possible.

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Le contenu de la petite boite

C’est cool, c’est de qui ?PLANESground-floor-49-1331753923-5146skyline-2-1339265573-5339

Le jeu est de David Short, auteur de Yarmaster Express bien sûr, mais aussi de quelques autres gros jeu comme PlanesSkyline ou Ground Floor. Une production finalement assez peu connue dans l’hexagone.

 

C’est beau, c’est qui qui dessine ?

Alors côté illustrations, vous aurez surement reconnu le trait inimitable de Vincent Dutrait. Ce français expatrié en Corée est l’un des illustrateurs les plus prisés du moment. Je vous invite à aller voir sa ludographie si vous ne le connaissez pas, mais pour ne citer que quelques références, je dirais New York 1901, Raptor, Taxis de la Marne ou encore Lewis et Clark.

Un homme de grand talent donc, qui nous réalise ici un petit bijou d’illustrations. La couverture est très réussie et efficace, et les illustrations des cartes sont riches et agréables, le tout dans un style qui n’est pas sans nous rappeler les BD de notre enfance, à la Johan et Pirlouit. 

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Les illustrations sont au top !

 

Comment on joue alors ?

Le jeu est très (trop ?) simple. Si vous préférez une petite explication vidéo en 4 minutes, je vous renvoie vers le Ludochrono.

Chacun débute avec une souche d’arbre, et à son tour, on va récupérer une carte parmi plusieurs, représentant les étages de l’arbre, et passer les autres à son voisin de gauche. Nous allons construire nos cabanes verticalement uniquement, afin de les faire croître « tout là-haut ».

Les cartes sont toutes constituées de deux étages, chacun pouvant être de couleur identique ou différente, et chacun étant affublés d’une valeur, qui correspond à des points de victoire.

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Un étage de cabane

Une seule règle nous est dictée : on posera des étages les uns par-dessus les autres, à condition qu’ils aient en commun soit leur couleur, soit leur valeur. On retrouve ici le même gimmick de pose que dans Aramini Circus (la version Iello de Yardmaster), dont le jeu s’est à la base inspiré (Yardmaster ayant donné Yardmaster express). 

Si cela nous est impossible car aucune carte ne colle, on pose la carte sur son verso, qui nous octroie quand même plusieurs points de victoire, mais rompt la chaîne de couleurs.

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Le verso de la carte, une compensation quand on ne peut pas répondre à la contrainte.

 

On fait cela un certain nombre de tours (dépendant du nombre de joueurs), puis on comptabilise les points en faisant la somme de toutes les valeurs des étages posés, plus quelques points bonus octroyés au joueur ayant la plus longue séquence de couleur continue.

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Une cabane qui monte…

Alors, ça donne quoi ?

Le jeu est facile à expliquer. On rentre très vite dans la partie, on place ses petits morceaux de cabane les uns sur les autres, et on arrive aussitôt… à la fin de partie.

En effet, à deux joueurs on va mettre 7 cartes de cabanes, ce qui ne prendra finalement pas plus de 2 minutes de temps de jeu. À 5 joueurs c’est même extrême, on va mettre uniquement 4 cartes devant nous pour l’ensemble de la partie. Autant vous dire que le développement du jeu est très limité.

Les choix sont simples, évidents, mais justement, peut-être trop. On se contente la plus part du temps de poser la seule carte qui correspond aux critères requis pour la pose. Parfois on a un peu plus de latitude, avec un choix parmi deux cartes, et on va donc essayer d’en prendre une que l’autre joueur aurait aimé avoir (contre-draft).

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La main de cartes, avec des choix très limités, selon mon étage précédent

 

On est donc énormément soumis à la pioche et au tas de cartes qui nous est proposé, et jamais à un vrai choix tactique.

Alors bien sûr, il s’agit là en théorie d’un jeu familial, qui se veut accessible. Mais accessible ne veut pas dire simpliste. Or Tout là-haut ne possède malheureusement que très peu d’intérêt tactique, et les joueurs se contenteront de poser leur cartes sans vraiment faire de choix, et donc sans vrai plaisir.

Le mode « expert » rajoute bien une petite couche de scoring supplémentaire, avec quelques nouvelles manières de marquer des points, mais sans réellement faire mouche, car il ne rajoute pas vraiment de profondeur de jeu, toujours trop limité par le choix du draft.

Finalement, je me pose la question du public cible du jeu.

Il est pour moi beaucoup trop simple pour être un jeu familial, comme indiqué sur la boîte, car il manque cruellement d’intérêt et de fun.

On peut donc penser qu’il cible plutôt un public enfant et le considérer comme un « premier jeu de draft ». Ils vont adorer construire des cabanes, ça pour sûr. Cela serait donc peut-être plus pertinent, même si le système de scoring est légèrement trop compliqué à mon sens pour les enfants. (La plus longue séquence unie permet un gain égal au nombre de cartes de la séquence : un poil complexe pour les petits).

Pour moi, le jeu respire la bonne idée, mais ne prend pas. Les cabanes notamment, qui sont magnifiques, mais sur lesquelles on ne passe pas tellement de temps, tant on se focalise sur les valeurs chiffrées et leur couleur. De plus, je chipote mais le système de pose vertical ne rend pas forcement hommage au thème. Les cabanes montent, mais à aucun moment on ne voit se dessiner un arbre avec une forme crédible. Je m’attendais à visualiser un bel arbre rempli de morceaux de cabanes. Au final, on a plutôt une longue tige avec un début et une fin, toute rectiligne. Le thème à beau être alléchant, il ne colle pas parfaitement à cette mécanique de jeu…(finalement le train initial n’était pas idiot !). 

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Et au final ?

Tout là-haut est un titre bien marketé, avec des illustrations magnifiques et un thème emballant, mais tout ce bel enrobage le dessert. En effet, il s’agit d’un jeu abstrait, minimaliste, à la limite de la pauvreté mécanique. Visuellement, la crédibilité de l’arbre infiniment haut mais jamais large ne fonctionne pas. Pratiquement dénuées d’intérêt, les parties sont trop rapides et manquent de choix, de tension, d’excitation et de fun à mon goût. 

Plutôt qu’un jeu familial, Tout là-haut se destine plutôt aux enfants qui pourront découvrir les mécanismes du draft et s’amuser à créer des cabanes avec des étages bien illustrés par Vincent Dutrait.

En somme, il s’agit là pour moi d’un des moins bons de la gamme Mini, qui nous avait habitués à de bien meilleurs produits. On s’habitue à avoir du bon, et lorsqu’une boîte dénote, la déception est grande…

 

 

Tout là haut,

Un jeu de David Short
Illustré par Vincent Dutrait
Edité par iello
Langue et traductions : Anglais, Français
Date de sortie : 01-2016
De 2 à 5 joueurs
A partir de 8 ans
Durée d’une partie entre 5 et 10 minutes

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