Among Us – le mouton, la bergerie…

Véritable phénomène du confinement, Among Us est une étrange histoire. C’est l’histoire d’un jeu vidéo qui s’apparente au jeu de société… et qui a flopé avant d’exploser complétement.

Conçu et publié en 2018, ce jeu est resté dans les limbes de Steam jusqu’à ce qu’un streamer découvre le jeu et… lui ouvre les portes du succès. Une histoire d’influenceurs assez incroyable, certes. Disséquons donc la bête.

Note : le jeu est largement dépourvu de texte, bien qu’en anglais. Il est possible de jouer sur iOS, Android et PC (avec Steam). Les versions mobiles sont gratuites avec achats de cosmétiques/publicités que vous pouvez retirer, moyennant votre écot, et dispo à 4€ sur PC.

 

Loups-Garous + Kitchen Rush

Il s’agit d’un jeu en temps réel et à rôles cachés pour quatre à dix joueurs (il est préférable de jouer à 9 ou 10) dans lequel vous évoluez dans un vaisseau spatial (ou autre station de recherche).

Au début de la partie, un rôle vous est attribué : membre de l’équipage, ou imposteur. Dans le cas où vous êtes un gentil civil, vous devez accomplir tout un arsenal de tâches pour le bien de votre lieu de vie : nettoyer le filtre à oxygène, réaligner les moteurs, faire du bricolage électrique… Vous gagnez si tous les membres de l’équipage ont accompli toutes leurs tâches, ou s’il n’y a plus d’imposteurs.
Lorsque vous êtes imposteur, vous ne pouvez pas accomplir de tâches : il faudra faire semblant. Ça vous rappelle un fameux j2s à rôles cachés ? The Resistance ? Il y a un peu de ça, oui. Vous gagnez en tuant la majorité des membres de l’équipage ou en sabotant le vaisseau. Certains sabotages critiques, en effet, viendront donner une tâche urgente à réaliser sous peine de mort imminente. Dommage, hein !

Les imposteurs ont également d’autres possibilités : se déplacer par un réseau de grilles d’aérations connectées les unes aux autres, fermer des portes, éteindre les lumières ou brouiller les communications des joueurs, les empêchant de voir leurs tâches. En somme, nous sommes dans un mélange vidéoludique de Kitchen Rush et des Loups-Garous de Thiercelieux.

 

Parfois, le vilain, c’est moi (ou pas moi)

 

Et si d’aventure vous voyiez un cadavre laissé là par un imposteur indélicat, vous pouvez (et ce, même si vous êtes imposteur) convoquer tout le monde à la cafétéria pour une petite séance de blabla. S’ouvre une fenêtre de discussion, avec un chat (écrit pour ceux qui veulent) ou oral (c’est mieux) pour ceux qui préfèrent en découdre à la main. Des stratégies se mettent vite en place : où était le cadavre ? Qui faisait quoi ? Qui a réparé ce réacteur quand c’était utile ? Qui aurait pu tuer ? Les Sherlocks en herbe échafaudent leurs stratégies, votent et le joueur ayant recueilli le plus de soupçons est éjecté. Éliminé, paf. Un peu comme les villageois qu’on envoie au bûcher lors de parties endiablée de Thiercelieux ou des débats houleux d’Avalon/The Resistance.

 

Tentation : faire semblant de dégommer les astéroïdes, ou zigouiller son prochain ?

 

Cependant, les joueurs morts jouent encore, quoi que de façon diminuée, sous forme de fantôme. En j2s, ça nous rappelle Cerbère qui vous proposait aussi cela (en vous faisant changer de rôle néanmoins). Ici, vous gardez votre rôle et votre ectoplasme flottera (vous avez même accès à un chat entre fantômes pour vous gausser). Si vous êtes membre de l’équipage, il vous restent vos tâches à faire, et si vous êtes imposteur, vous pouvez toujours saboter, mais plus tuer (les sabotages sont mutualisés entre les imposteurs).

Les parties durant un quart d’heure au grand maximum, on ne se formalisera pas d’être viré, même si être le premier à partir reste rageant. Par contre, on pourra pouffer en entendant les mensonges éhontés des uns et des autres, voir les imposteurs mettre la pression. Parfois, c’est drôle d’être spectateur car on se prend à analyser tout le petit jeu social qui se livre là. On apprend à lire le mensonge chez l’autre, discerne les démarches louches, faire la part entre surveillance et comportement attentiste.

Qui veut se faire éjecter ?

 

Options

Among Us joue avec les paramètres pour laisser les joueurs gérer leur partie comme ils l’entendent. Votes privés ou publics ? Quel nombre de tâches pour l’ensemble de l’équipage ? Quel champ de vision, vitesse, temps de récupération de l’action « Tuer » des saboteurs : les variables sont nombreuses, et permettent aux joueurs de créer l’expérience sans tellement de surcouche de règles. En général, je n’apprécie pas tellement ce genre de variantes par milliers dans les jeux de société (avec les 10 Chroniques de Glen More 2, les 5 modes des Tavernes de la Vallée Profonde…), car j’ai l’impression que ces jeux ont du mal à choisir l’expérience qu’ils veulent donner aux joueurs. Fort est de reconnaître qu’ici, cela fonctionne très bien, surtout que l’expérience de jeu varie vraiment en fonction de l’expérience des joueurs : des novices auront moins de tâches, quand les joueurs aguerris préféreront souvent des paramètres plus agressifs.

Il faudra cependant jouer avec un serveur vocal externe (google meets, zoom, discord, skype…), et parvenir à rassembler le peuple nécessaire à une partie à 10. Mais franchement, rien d’insurmontable, et des groupes de jeu locaux voient le jour !

 

La carte de base, Skeld, est un réseau bien ordonné.

 

 

Confinaute

Comment expliquer le succès d’Among Us ? Je pense qu’il s’agit d’une expérience sociale forte, polarisante, peut-être un peu à la manière d’un Secret Hitler. On ment, on se trucide, mais tout est intégré au cercle magique du jeu : il y a quelque chose de transgressif à Among Us. Et, en cette période de confinement, on retrouve, sous la peau d’un jeu vidéo, des mécanismes de jeux de société. De l’interaction fortement humaine. De quoi faire fonctionner l’intelligence sociale. On se pose la question de la bonne distance, de l’approche, du discours, de la relation avec l’autre.

 

Les tâches, mini-jeux ultra-simples mais qui détournent votre attention.

 

 

Ces passages muets où tout le monde exécute ses tâches ou trucide, et ceux, plus animés, où l’on débat, suscitent une variation de rythme très forte dans les parties. On passe d’une phase de frénésie productiviste pleine de paranoïa à la concrétisation de ces peurs, à leur analyse et à des jugements péremptoires. Ainsi, le jeu suscite une intensité qu’on a du mal à soupçonner au début sous ses aspects visuels simplistes… Finalement, Among Us serait-il un Battlestar Galactica en plus simple ? Je gage.
En revanche, une adaptation directe en j2s semble difficile. Among Us repose pour beaucoup sur l’inconnue et comment les gens trient les infos : il est bien plus difficile de faire cela en jeu de société (quoique Mafia de Cuba ait tenté de relever ce défi). Et pour le coup, le pari pris par Among Us est réussi. Très. On vous encourage à essayer !

 

   

3 Commentaires

  1. Tasmat 03/12/2020
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    Testé justement hier (comme quoi) et effectivement, j’y ai retrouvé tout le sel des discussions d’un Résistance que j’affectionne.

    Après comme tout bon jeu de guessing, le support reste limité et c’est le groupe qui fait tout (ou rien :D)

  2. Laurent Denis 04/12/2020
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    J’aime beaucoup ce petit jeu qui me rappelle le cultissime Mush pour ceux qui ont connu en beaucoup plus court et dynamique. Il manque ce que mush apportait, la possibilité de convertir un membre d’équipage sain en méchant avec donc des changements de camps épiques.

    Un très bon jeu en tous cas qui rappelle effectivement également certains JDS

  3. Zuton 05/12/2020
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    Effectivement le phénomène du moment s’est invité sur mon Steam avec une belle soirée de traitrise et tranches de suspicions + rigolades ! On a enchainé les parties à 10 joueurs. Bien que je sois très mauvais en tant qu’imposteur, j’ai bien apprécié ce petit jeu simple mais efficace qui lorgne effectivement du coté des jeux de société à role secret ! Une comparaison osée :  un Battle Star Galagtica rapide et simplifié !

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