Bloodborne : ça va saigner ! (ou pas)

Si ce n’est pas Dieu, c’est son adjoint

Il est vraiment difficile de se défaire de ses a priori quand on aborde un jeu. Souvent, on attend un titre avec impatience, on en suit le développement, pas à pas, traquant chaque petite évolution des mécanismes ou de son contenu (une bien mauvaise habitude à laquelle Kickstarter nous confronte en permanence). Et puis, des fois, un jeu vous tombe sur le coin de la figure alors que vous ne l’attendiez pas du tout.

C’est le cas de ce Bloodborne. Très étrangement, alors qu’il reprend une licence à succès (une exclusivité PS4 par l’équipe responsable des Dark Souls et des centaines d’heures de vie que j’y ai englouti), et qu’il est conçu par le designer le plus « bankable » du moment – Eric Lang -, ce jeu est passé relativement sous les radars, au moins pendant sa phase de développement.

Par « bankable », il faut comprendre que tout ce qu’Eric Lang touche se transforme en or, et que l’ami du grand froid canadien a les mains baladeuses : il en touche des trucs. Pour ceux qui ne le connaîtraient pas, il est responsable d’un grand nombre de succès de ces dernières années, et sans aucun doute des prochaines aussi, jugez plutôt (je ne cite que ceux qui me viennent immédiatement) :

  • Quarriors et tous les « Dice Masters Machins« 
  • Chaos dans le Vieux Monde
  • Tout un tas de jeux de cartes évolutifs ou à collectionner : Star Wars, Warhammer Invasion, Warhammer 40K Conquest, 
  • Kaosball (un ersatz de Blood Bowl très clivant et que je trouve plutôt pas terrible)
  • X-COM le jeu de plateau
  • Duelyst
  • Arcadia Quest
  • et surtout, mon chouchou, mon préféré : Blood Rage

 

Et dans les jeux qui devraient pas tarder à arriver se trouve notamment le très lourd The Others 7 Sins, et le nouvel amour de ma vie, celui qui me fera peut-être jeter Blood Rage, Kemet et Cry Havoc : j’ai nommé Rising Sun.

Bref, sur ces dernières années, l’ami Lang a produit un nombre de perles ludiques proprement hallucinant. Alors forcément, quand on entend parler d’un nouveau jeu de sa part qui sort avec une grosse licence, on ne peut s’empêcher de se frotter les yeux en se demandant ce qui nous arrive. Le plus étonnant dans tout cela, quand on voit le succès des Kickstarter du bonhomme (j’ai raté celui de Blood Rage, je m’en frotte encore les cuisses avec des orties fraîchement coupées), on a du mal à comprendre pourquoi celui-ci n’a pas fait l’objet d’une opération similaire de prélèvement par anticipation de finances durement acquises depuis nos popoches à nous pauvres joueurs. Pas de Kickstarter pour Bloodborne, comme un sale môme qu’on verrait privé de dessert.

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Bizarre. Ceci dit, quand on voit le format du jeu, on comprend mieux : Bloodborne est un jeu de cartes dont le matériel est plutôt simple. Sachant qu’il est édité par l’un des éditeurs les plus populaires du moment, on aurait probablement vu d’un mauvais oeil qu’on nous demande de mettre la main à la poche pour permettre à Cool Mini Or Not (maintenant CMON) de développer un jeu d’une ambition moyenne en termes de matériel de jeu et complexité des mécanismes.

Je vous laisse juger mais voici un aperçu de la table de jeu :

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D’accord mais c’est quoi le jeu ?

Pour commencer, je préfère expliquer tout de suite que je vais faire un peu abstraction de la licence pour vous expliquer le jeu comme si vous ne la connaissiez pas. Ça va peut-être faire hurler les puristes, mais au moins ceux qui ne la connaissent pas ne seront pas rebutés pour autant.

Il faut bien comprendre que dans ce jeu, la connaissance approfondie de tous les détails du folklore du jeu vidéo ne vous sera d’absolument aucune utilité, même pas dans la compréhension des règles et des mécanismes (à part peut-être le Rêve du Chasseur, j’y reviendrai, mais ce n’est pas bien compliqué de toute façon).

Donc, ami néophytes, ou n’ayant pas la chance de posséder une PlayStation 4, ne passez pas votre chemin, vous êtes les bienvenus ! C’est comme ça chez Ludovox, culture inclusive, toussa toussa.

Bloodborne est un jeu dans lequel les joueurs jouent le rôle de « Chasseurs de Monstres » à la Van Helsing. Ils vont tous partir joyeusement explorer un donjon composé de différents monstres, et à la fin duquel on trouvera le « Boss Final » qu’il s’agira d’envoyer à trépas de la façon la plus graphique qui soit. Concernant les autres monstres, on va aussi les envoyer ad patres, hein, pas de jaloux !

Les monstres peuvent être de 3 types :

  • Les vilains de base, bêtes et méchants, puis surtout : couards ! S’ils ont la chance de survivre à un tour des assauts des joueurs, ils se carapatent et on passe au monstre suivant.
  • Les Boss, qui eux en ont un peu plus dans le slibard que leurs subalternes, et sont un peu plus curieux : ils ont tendance à rester jusqu’à la fin du combat pour voir qui gagne (spoiler alert : ce sont systématiquement les Chasseurs qui finissent, invariablement, par les fumer. Ce ne sont pas forcément des intellectuels, les Boss. À se demander si ce ne sont pas les vilains de base les plus futés).
  • Le Final Boss, qui lui dirige tous ses sbires d’une main de fer et dispose d’une influence certaine sur tout le petit monde suscité. Tellement que sa simple présence modifie toute la partie et chaque Final Boss est porteur de modifications aux règles pour toute la partie. 

 

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Quelques monstres « usual suspects »

 

Les joueurs vont donc affronter tous les monstres du donjon (7 « normaux », 3 « Boss », et 1 « Final Boss ») et lorsque tous les monstres auront été battus, ou se seront échappés, on comptera les points.

Comment marque-t-on des points me demanderez vous ? C’est très simple : à chaque fois qu’on colle une mandale à un monstre, on lui fait perdre un certain nombre de points de vie (qui sont fonction de l’arme qu’on a utilisé pour lui montrer le plus court chemin vers l’au-delà).

Ce nombre de points de vie sera ajouté à une réserve de points de victoire « temporaire » qu’il s’agira de banquer avec une action spéciale, avant de passer l’arme à gauche, car un décès prématuré vous fait perdre toute votre réserve de points de victoire temporaire.

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Et des « Final Boss » pas commodes

 

Ensuite, à chaque fois qu’on a aidé à accélérer le décès d’un monstre qui trépasse effectivement (en clair, on lui a fait des dégâts au moment où il meure), on gagne des « trophées » qui peuvent être de trois types (un monstre peut éventuellement donner plusieurs trophées, s’il était un peu velu).

Le gain de ces trophées permet de déplacer des curseurs qui font gagner plus de points à la toute fin de la partie (ceux qui connaissent les améliorations de clans de Blood Rage sont ici en terrain super connu).

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À gauche : Les 3 types de trophées (oui, c’est un peu dégueu) 

À droite : Le plateau perso, en haut, les tokens de sang qu’on n’a pas encore banqué, en bas, ceux que plus personne ne peut toucher.

Donc, une fois qu’on a achevé le dernier boss (le Final Boss, donc), on additionne les points de victoire dans la zone permanente, ceux qui se trouvent encore dans la zone temporaire, et les points rapportés par chaque ligne de trophées.

Celui qui en a le plus a gagné, simple, élégant, efficace.

Comment on les fracasse

Bloodborne est un jeu tout à fait simple. À chaque tour, l’un des joueurs est désigné comme le premier joueur (cette responsabilité tourne automatiquement à chaque tour). Si aucun monstre n’est visible, on retourne le 1er de la pioche, on vérifie quels sont les effets à appliquer, puis chacun secrètement choisit une carte à jouer pour le tour. 

Quand tout le monde a choisi, chaque joueur révèle son choix, et on va procéder ainsi : 

  1. Les joueurs qui ont joué la carte « Transformation » ont le droit de décider maintenant de mettre une arme de contact ou à distance en jeu depuis leur main. Jouer Transformation permet de voir ce que les autres joueurs ont joué avant de prendre sa décision. 
  2. On va activer tous les effets « instantanés » indiqués comme tels sur les cartes jouées par les Chasseurs. 
  3. Le Monstre colle une méga mandale à tout le monde sous la forme d’un lancé de dé vert, jaune ou rouge selon la dangerosité du monstre. Là c’est en mode « King Of Tokyo« , et le monstre, il est à Tokyo. Il avoine tout le monde d’un coup d’un seul.
  4. Les Chasseurs survivants ont alors la possibilité d’effectuer les effets de leurs cartes qui, en général, vont faire des dégâts au monstre (mais aussi, parfois et de manière bien bien perfide, aux petits copains !). Ensuite, les cartes jouées sont mise à la défausse (chaque Chasseur a sa propre défausse) et ne pourront plus être utilisées avant que le joueur ne repasse par le Rêve du Chasseur ;
  5. Les Chasseurs qui ont choisi de se réfugier dans le Rêve du Chasseur (j’y viens plus bas) ou qui sont décédés de manière inopinée peuvent alors effectuer leurs actions de Rêve du Chasseur (j’y viens, j’ai dit !) ;
  6. Si c’est un monstre normal qu’on combattait, il se barre en pleurant sa mère, et le prochain monstre du deck le remplace sur l’échafaud. Si c’est un boss, il reste jusqu’à ce qu’il y passe, pareil pour le Boss Final. Puis on change de premier joueur, et on recommence !

Le « Rêve du Chasseur » est un élément clé de Bloodborne pour plusieurs raisons :

  • C’est un endroit merveilleux où les Chasseurs peuvent partager leur expérience de vie, leur sagesse, confronter leur compréhension des mécanismes du cosmos et y retrouver la paix de l’âme et la sérénité propres aux chanceux qui ont pu, une fois dans leur vie, accomplir leur destinée
  • On se soigne ;
  • On récupère sa défausse ;
  • On choppe du loot !

 

Plus sérieusement, il y a deux raisons pour lesquelles on peut s’y retrouver. Parce qu’on est mort (indice : ça, c’est la mauvaise), et alors on perd tous ses points de sang temporaires, mais on regagne tous ses points de vie, et on a le droit de choisir une carte supplémentaire parmi toutes celles de l’offre (l’offre contient autant de cartes que de joueurs).

On peut aussi choisir d’y aller directement, sans passer par la case « décès par étripage », en jouant la carte « Rêve du Chasseur » plutôt qu’une carte d’attaque. Dans ce cas, on ne subit que la moitié des dommages quand le monstre tape (et on augmente donc significativement ses chances de survie), on ne lui fait aucun dégât (et donc aucun point de victoire pour le tour en cours) mais on « banque » tous les points de sa zone temporaire vers sa zone « définitive », ce qui est très important.

Ensuite, comme pour le reste, on récupère ses points de vie, ses cartes défaussées, on récupère une carte de l’offre, et on repart à la filoche.

Les bons chasseurs, les bons outils, toussa

Les Chasseurs commencent la partie avec tous la même pile de cartes qui sentent bon la misère. Le Chasseur débutant est un vrai newb, il a du matos tout daubé, il va vite falloir enchaîner pour ne pas se faire saigner comme un goret par les monstres. 

On les a toutes en main en début de partie, elles font toutes 1 à 2 points de dégât, et ont des effets limités.

Les cartes de l’offre, en revanche, sentent bon le déséquilibre féroce, les pouvoirs qui tuent qui font qu’on va se jeter dessus dès qu’on peut.

Du coup, juste parce qu’on est en bonne position et donc le premier à se servir le cas échéant, on peut avoir envie de foncer dans le Rêve du Chasseur, laissant telle la lopette moyenne ses petits camarades s’occuper du monstre afin de pouvoir prendre dans l’offre la carte qui nous fait de l’oeil. Vous aurez bien compris que l’offre est mise à jour une fois par tour seulement, il ne s’agit pas d’une rivière ! Le premier joueur à se servir prend la meilleure, le dernier prend ce qui reste…

Ces cartes sont donc la substantifique moelle du jeu qui vont vous propulser vers la victoire ou vous envoyer vers la défaite la plus crasse. Par contre, elles ne sont vraiment, mais alors vraiment pas toutes équivalentes et le fait de se servir le premier lors d’un tour va être un gros avantage. Du coup autant bien choisir les moments où on va visiter le Rêve du Chasseur (par opposition à « Oups, je suis mort, je vais y aller, ah, zut, il n’y a que de la daube dans l’offre, zut alors, c’est bien ma veine).

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Il faut tout de même noter que quoi qu’il arrive, vous ne pouvez pas avoir plus de 7 cartes dans votre main et donc les cartes que vous allez prendre, au bout d’un moment, vont venir en remplacer d’autres que vous allez devoir sortir du jeu.

Les sensations de jeu

Bloodborne est un jeu de position, comme le poker. Ceci signifie que la place que vous occupez dans le tour est plus importante que les cartes que vous avez en main. La connaissance de la main de vos adversaire est un élément indispensable à la bonne prise de décision. Vous devez prendre en compte les paramètres suivants (au moins !) pour décider de ce que vous allez faire : 

  • Vais-je décéder dans ce tour ? Selon la force du monstre, vous pouvez avoir une vague idée des dégâts qu’il risque de vous faire, et il faut aussi factoriser les dégâts que pourraient vous faire vos petits camarades « par mégarde ». Si vous avez peur d’y passer, et que votre zone temporaire est pleine de points de victoire, c’est peut-être le moment de banquer (sachant que les dégâts sont divisés par deux, et donc vous pourriez y passer quand même. Dans ce cas, une autre stratégie s’impose) ;
  • Le monstre va-t-il y passer ? Si oui, est-ce que j’ai une chance de lui faire des dégâts avant qu’il ne meure, me permettant ainsi de gagner de précieux trophées ?
  • Si le monstre n’y passe pas, vaut-il mieux marquer quelques points temporaires en le frappant tout de même, quitte à essuyer ses coups (il frappe avant vous, a priori) ? Et même s’il y passe, est-ce que je peux le finir moi même, empêchant donc les joueurs arrivant après moi de marquer des points ?
  • Est-ce qu’il y a des cartes dans l’offre que je veux ? Si oui, est-ce que j’ai une chance de les prendre si je ne suis pas le premier à visiter le Rêve du Chasseur ?
  • Etc, etc.

 

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Evidemment, dans l’estimation que vous faites de tous ses paramètres, il faut bien intégrer ce que vos adversaires vont faire… Un joueur qui joue avant vous mais qui n’a plus qu’un seul point de vie va probablement tenter de rejoindre le Rêve du Chasseur, sauf s’il a une carte qui lui permet d’achever le monstre avant que celui-ci ne lui fasse de dégâts (oui, ça existe) ou bien d’éviter tous les dégâts qui pourraient lui parvenir à ce tour (ça existe aussi) ?

D’un autre coté, un joueur en pleine forme face à des adversaires tous blessés pourrait tenter un petit cocktail molotov qui pourrait amener tout le monde sauf lui à mourir de manière prématurée…

On peut noter que les défausses des joueurs sont publiques, et qu’on peut donc, si on sait les cartes qui composent le deck d’un joueur, savoir ce qui lui reste dans la main à un instant donné, et donc connaître ses options.

Bref Bloodborne est un jeu où il faut savoir prendre des risques, dans la mesure où une stratégie trop timorée vous fera visiter le rêve du Chasseur tous les deux tours, vous empêchant donc de faire des points. D’un autre côté, abusez de votre confiance et vous risquez de bien vite perdre tous les points durement accumulés en prenant des risques maîtrisés lors des tours précédents.

Mais quoi qu’il arrive, il y a un certain nombre d’éléments que personne ne maîtrise dans le jeu. Les dégâts que font les monstres sont assez difficiles à prévoir, à cause d’une mécanique de dé « explosif » qui peut parfois être relancé et ajouté à lui-même lorsque le bon symbole s’affiche.

Histoire de compliquer les calculs, les faces qui explosent ne sont pas les mêmes sur chaque dé… Mais vous verrez parfois des monstres rouges faire zéro dégât, et vous regretterez amèrement de vous être caché. D’un autre côté, un petit monstre vert peut potentiellement pulvériser tous les chasseurs présents en se transcendant sur le jet de dé.

Tout cela fait que la tension autour de la table est relativement élevée, à la fois (et surtout) lors de la révélation des cartes jouées (où tous les coups fourrés de vos petits camarades seront connus), mais aussi lors de la phase de dégâts du monstre, où vous pourriez bien y passer.

Le matos de jeu

De par son format et son prix, Bloodborne se classe dans la catégorie des « petits » jeux. Pour autant, l’éditeur étant CMON, la qualité des composants est tout à fait acceptable. Les jetons de sang (points de victoire) ont une texture évocatrice, même si je regrette que les jetons de 5 soient à peine plus grands que les jetons de 1, ce qui rend le comptage des points des adversaires de loin un peu pénible. De jolies petites roues permettent de compter les points de vie, tout va bien.

En ce qui concerne les cartes, j’avoue trouver que l’éditeur a été un peu fainéant, en se contentant de ressortir des visuels du jeu vidéo, qui s’ils arborent sans aucun doute une identité graphique forte et soignée, n’en demeure pas moins moche et dégueu, mais ce n’est que mon avis.

Quoiqu’il en soit, j’aurais apprécié qu’on permette à un illustrateur de donner libre cours à son talent et de nous proposer quelque chose d’alternatif à des images de synthèse de jeu vidéo collées à la va-vite sur des cartes, mais il ne faut pas trop rêver, je comprends le raisonnement de l’éditeur de vouloir maîtriser ses coûts en reprenant des visuels déjà existant. Sans rancune.

Dans un JdP, l’important, c’est le planté de bâton l’équilibre

Et dans un JP aussi. J’avoue, je ne suis pas totalement convaincu par Bloodborne. Clairement, Eric Lang s’est inspiré de Cutthroat Caverns (Sang Rancune en français), et je pense que d’un point de vue mécanique, Bloodborne lui est supérieur en tous points.

Ensuite on trouvera des gens pour préférer un parti pris graphique ou un autre, mais les coups et les douleurs, cela ne se discute pas. Bloodborne est aussi beaucoup, mais alors beaucoup plus court que Sang Rancune (moins d’une heure pour l’un contre plus de deux heures pour l’autre) et cela est sans contexte un élément très important pour un jeu de cette catégorie.

Bloodborne est incontestablement une réussite d’un point de vue de sa conception, la mécanique ludique qu’il propose fonctionne très bien.

  • L’offre variable de cartes d’équipement permet de varier les situations tactiques et vous oblige à vraiment vous poser la question de marquer des points ou de passer votre tour pour vous doter d’une carte très forte (qui intègre votre main immédiatement, pas comme dans les mauvais jeux de deckbuilding :-p)
  • L’exploitation à outrance de l’importance de la position, qui varie en permanence et qui oblige les joueurs à min-maxer en permanence (maximiser les profits, minimiser les pertes) ;
  • Le mécanisme des différentes armes et pouvoirs qui peuvent éventuellement se combiner entre elles (certaines cartes ont des effets différents selon ce qui se trouve dans votre défausse) ;

 

Pour autant, un certain nombre de choses me dérangent profondément. Je vous l’écris comme je le pense, Bloodborne est un jeu un peu bâclé, que l’éditeur a du vouloir sortir rapidement. Et c’est vraiment, vraiment dommage, car en son coeur, le jeu est vraiment bon.

  • Il y a énormément de choses aléatoires qui rendent vos choix parfois un peu dérisoires. Notamment, les dégâts que font les monstres peut vraiment varier beaucoup, et provoquer de gros accidents de parcours.
  • Certaines combinaisons « Boss Final / Boss / nombre de joueurs » font que le jeu peut durer beaucoup plus longtemps que la moyenne, au point qu’on a vraiment envie que la partie se finisse.
  • Le jeu est vraiment plus intéressant à 3 qu’à 4 ou 5 où il devient vraiment aléatoire pour les deux derniers joueurs du tour (et la probabilité très élevée que les monstres soient morts au moment où ils pourraient frapper rend assez rentable la stratégie « je suis 5eme ? Allez, rêve du chasseur ») ;
  • Les tours se suivent et se ressemblent beaucoup. On a de nouvelles cartes régulièrement, mais fondamentalement, après deux ou trois parties, je trouve que les mêmes situations tactiques se retrouvent un peu toujours ;
  • Les monstres manquent horriblement de pêche. On se fiche complètement de savoir ce que c’est, on regarde le dé qu’il lance et les points de vie qu’il va falloir lui enlever pour le fumer. Avec le nombre de joueurs, ce nombre augmente, mais pas assez, et les monstres sont globalement, sauf accident, pas super dangereux. Ce n’est pas une exploration de donjon, c’est un abattoir. Et cela augmente le caractère un peu répétitif du jeu, un exploit pour un jeu finalement pas si long (<1h) ;
  • Ça rejoint le point précédent : globalement le thème est super absent. On se fiche des armes, on se fiche des monstres, on a tendance à ne s’arrêter que sur les effets de jeu pour pouvoir les appliquer de manière optimale. À force de vouloir faire des mécanismes intelligents (et c’est le cas ici), on finit par rendre le jeu trop lisse, au détriment du thème.
  • Il n’y a pas DU TOUT assez de cartes équipement. L’idée de limiter à 7 cartes les jeux des joueurs est excellente, elle rend le jeu « calculable » dans le sens où chaque joueur peut raisonnablement se faire une carte mentale des mains des autres joueurs. Mais AVANT LA FIN DE LA PREMIERE PARTIE, vous aurez probablement vu toutes les cartes équipement disponibles. Déjà, il n’y en a en tout que 32, et il y a pas mal de doublons…
  • De la même façon, mais c’est moins grave parce qu’on se fiche complètement des monstres, il n’y a que 7 cartes de Boss, et vous allez en mettre 3 dans le deck à chaque partie. Pareil pour les Boss Finaux, il n’y en a que 5 différents, ce qui n’est pas énorme. Mais encore une fois, je trouve cela moins problématique que les cartes équipement qui forment vraiment le coeur du jeu.

 

Dommage

Bref, à tous ceux qui se demandent si la testing team de Ludovox ne présente que des jeux qu’ils aiment, je vais dire : vous voyez, pas forcément. Je partais d’un excellent a priori sur ce jeu, puis j’avoue avoir été un peu circonspect à la lecture des règles en mode « C’est tout ? J’espère que les combinaisons sont un peu riches… », pour découvrir quelques parties plus tard que non, pas vraiment.

 

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Alors oui, il y a de la place pour les jeux un peu légers, mais une partie de Bloodborne prend tout de même une petite heure, on est loin d’un Love Letter ou d’un Brave Rats, et dans les mécanismes qu’il met en oeuvre, Bloodborne demande tout de même pas mal de discipline et de concentration pour être joué correctement. Le fondement entre deux chaises ? Peut-être. Pas assez court et léger pour être un bon filler, pas assez riche pour qu’on enchaîne les parties et découvre des stratégies nouvelles au fur et à mesure qu’on maîtrise de plus en plus le jeu. C’est mon impression, après quelques parties. Je dois avouer qu’entre ce jeu et d’autres du même format de ma ludothèque, il risque d’avoir du mal à sortir. Quitte à avoir beaucoup d’aléatoire, je préfère un bon vieux King Of New York où les instabilités du jeu participent de son côté festif, plutôt que ce Bloodborne qui se prend trop au sérieux pour être pris avec autant de légèreté.

Personnellement, je pense surtout que ce jeu aurait du bénéficier de plus de contenu. Les cartes ne sont pas équilibrées, mais ce n’est pas forcément un problème, dans la mesure où les joueurs ont un soupçon de maîtrise sur ce qu’ils sont prêts à sacrifier pour arriver les premiers sur les bonnes cartes, mais seulement 32 cartes d’équipement, (dont seulement une sous partie est unique), c’est vraiment trop peu. Tiens, je me suis levé de ma chaise pour compter le nombre de cartes d’équipement uniques : 14. 14 petites cartes d’équipement pour créer des situations de jeu uniques et intéressantes, c’est juste trop peu, surtout avec le peu d’impact qu’on les effets de jeu des boss. Concernant les Final Boss, ils ont un impact supérieur mais sur toute la partie, et pas toujours dans le bon sens…

Bref, j’aurais voulu aimer Bloodborne, mais ce n’est pas le cas, même si ce n’est pas un mauvais jeu. Il me fait penser à Lost Legends : un excellent concept, un designer talentueux, au sommet de son art, et une occasion ratée de faire un jeu qui compte.

Dommage.

 

Bloodborne

Un jeu de Eric Lang
Edité par Cool Mini Or Not
Pays d’origine : Etats-Unis
Langue et traductions : Anglais
Date de sortie : 09-2016
De 3 à 5 joueurs
A partir de 14 ans
Durée moyenne d’une partie : 30 minutes
Durée d’une partie entre 20 et 40 minutes

14 Commentaires

  1. Photo du profil de Umberling
    Umberling 05/10/2016
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    Personnellement, j’ai beaucoup aimé Bloodborne. Justement, je trouve que c’est un splendide produit d’appel pour les joueurs venant d’autres milieux (ici le jeu vidéo). De bonnes sensations de jeu, des règles assez simples pour ne perdre personne mais assez complexes pour développer la chose ludique, une durée correcte pour ne pas faire fuir son monde. Parce que proposer un jeu de 45-60 minutes à des novices, c’est ok, mais 2h, niet. Mise en place simple aussi (ça compte).

    Je pense simplement qu’un joueur expert n’est pas le public du jeu.

    • Photo du profil de Umberling
      Umberling 05/10/2016
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      Par contre Micolash est un boss de merde qui rallonge la partie et la rend très répétitive.

      • Photo du profil de TSR
        TSR 05/10/2016
        Répondre

        Je n’ai pas été top convaincu par les final bosses non plus, leur effet sur la partie fait un peu hausser les épaules. Si on prend la comparaison avec Elder Signs, le Grand Ancien qu’on prend a un impact mécanique et thématique sur la partie supérieur, je trouve. Encore une fois, je trouve, le jeu aurait pu être plus travaillé, sur ces aspects notamment.

        • Photo du profil de Shanouillette
          Shanouillette 05/10/2016
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          J’ai vraiment bien kiffé ce jeu avec cette ambiance de guessing très forte, même si j’ai joué une première partie catastrophique (à deux joueurs : gloups le jeu n’est pas prévu pour être joué à deux et l’éditeur s’est trompé sur la boîte !). Par contre j’avoue n’avoir rien à objecter sur les arguments négatifs développés ici. Le jeu aurait pu être meilleur, avec des Boss mieux pensés (pas mal d’entre eux sont juste très bof), plus de cartes (prévoient-ils une extension ?) pour éviter ce côté répétitif. La boite indique 3 – 5 mais le sweet spot c’est 3, ce qui est la config dans laquelle on joue le plus souvent, donc ça me va, mais c’est limitant.

          • Photo du profil de TSR
            TSR 05/10/2016

            Complètement : la bonne configuration pour ce jeu, c’est 3 joueurs.

    • Photo du profil de TSR
      TSR 05/10/2016
      Répondre

      Oui, c’est probable que le jeu s’adresse à des joueurs « découvrant » le merveilleux monde du JdP. Mais vu le parti pris graphique du jeu, je pense qu’il faut quand même connaitre le JV Bloodborne pour être intéressé a priori. Et globalement, thématiquement, je trouve que le jeu de délivre pas la bonne expérience et je crains que des fans du JV soient un peu déçus.

  2. Photo du profil de atom
    atom 05/10/2016
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    Dommage, j’en attendais rien du tout et au fur et a mesure de la lecture je commence a être intéressé et au final  non ^^

    • Photo du profil de Shanouillette
      Shanouillette 05/10/2016
      Répondre

      Haha oui moi aussi en lisant je me suis dit tiens il a bien aimé et paf !

      • Photo du profil de TSR
        TSR 05/10/2016
        Répondre

        C’est ça, la théâtralisation des JP :-p.

        Mais en vrai c’est fait exprès : je suis déçu, mais le jeu est globalement plutôt bon.

  3. Photo du profil de TheGoodTheBadAndTheMeeple
    TheGoodTheBadAndTheMeeple 07/10/2016
    Répondre

    supérieur mécaniquement a Cuthroat caverns ? oui mais ça ne t’a pas plu, tu aimais cutthroat caverns ? Je dis ça car je l’ai et je le pratique avec amour meme si ça reste un jeu d’ambiance vu le hasard généré.

    Par curiosité ^^

    • Photo du profil de Shanouillette
      Shanouillette 07/10/2016
      Répondre

      Moi j’ai plutôt bien aimé les deux (pour ce que ça vaut) 🙂 Bloodborne est plus rapide donc plus facile à sortir chez nous.

    • Photo du profil de TSR
      TSR 07/10/2016
      Répondre

      Oui, j’ai joué à Cutthroat Caverns, non, je n’ai pas aimé, trop random, trop long.

    • Photo du profil de TSR
      TSR 07/10/2016
      Répondre

      Par contre, ce que Bloodborne gagne sur les mécaniques de jeu, il le reperd sur le contenu (nombre de cartes et variété des situations de jeu).

  4. Photo du profil de Umberling
    Umberling 08/02/2017
    Répondre

    Bloodborne connaîtra une extension au dernier trimestre 2017, co-designée par Eric Lang et Chris Chung -à qui l’on doit l’excellent Lanterns). Plus de détails bientôt !

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