Ça déchire, et pas qu’un peu !
Imaginé par Ralf zur Linde, illustré par Svetlana Kalyuzhnaya et édité par Red Cat Games, Ça déchire propose une expérience accessible, rapide et résolument conviviale. Son principe attire immédiatement l’attention : les joueurs doivent déchirer du papier pour donner forme à des créations capables de faire deviner des mots secrets aux autres participants.

Débrouillez vous pour faire les correspondances !!
Déchirer pour mieux jouer !
Dans Ça déchire, chaque joueur prend ses cartes de Votes, son tableau et surtout sa petite feuille blanche. Au centre de la table une carte (parmi 68 au total) avec une liste de six mots, chaque joueur reçoit sa carte Numéro qui lui indique quel mot il devra représenter à l’aide de sa feuille de papier. Il s’agit alors de déchirer, tordre, plier, froisser cette dernière pour faire exister le mot. Dès qu’un joueur termine son œuvre, il récupère un jeton Rapidité. Lorsque le dernier jeton est pris, le joueur encore en pleine création ne dispose plus que de 5 secondes pour finir !
Une fois les créations terminées, les participants deviennent enquêteurs. Chacun doit retrouver les mots représentés par ses adversaires en votant secrètement pour un numéro de 1 à 6. Les réponses sont ensuite révélées et les points distribués. Chaque bonne réponse rapporte 1 point. Les artistes gagnent également 1 point par personne ayant deviné leur mot. Un bonus de rapidité peut s’ajouter, mais uniquement si tous les adversaires ont reconnu leur création ! Après chaque manche, les joueurs récupèrent leurs cartes, de nouveaux mots sont proposés et les morceaux de papier peuvent être réutilisés. Au bout de 4 manches, le joueur ayant accumulé le plus de points remporte la partie. En cas d’égalité, les résultats de la dernière manche départagent les concurrents.
C’est tout, mais vous pouvez aussi visionner la règle en Ludochrono.

L’heure, c’est l’heure ; avant l’heure, c’est pas l’heure ; après l’heure, c’est plus l’heure !
Une mécanique qui déchire !
À ma connaissance, c’est la première fois qu’un jeu utilise la déchirure du papier pour faire deviner des mots. Shape It plus récemment, ou encore Imagine, Cranium et Creativity, utilisent des formes géométriques, des figures ou différents matériaux pour faire deviner, mais ce rapport direct à la feuille de papier me semble inédit. L’originalité ne réside évidemment pas dans l’objectif du jeu, mais dans la manière d’y parvenir, à travers un matériau contraignant. Déchirer du papier est un geste simple mais terriblement difficile à maîtriser avec précision. Puis la déchirure est toujours définitive et imprévisible. Cette résistance du papier produit toujours des créations maladroites, bancales, qu’il faut corriger par l’ajout de nouvelles formes, de superposition ou d’agencements d’autres morceaux de papiers déchirés. L’image se construit ainsi progressivement, par tâtonnements et ajustements successifs, comme une sorte de collage, plutôt que par l’exécution d’une idée parfaitement définie que l’on réaliserait d’un seul bloc.
Plus que l’expérimentation du matériau, c’est sa réutilisation qui est passionnante à observer. Jusqu’à quel point une feuille de papier peut-elle encore servir ? Lors des premières parties, l’adulte comme l’enfant aura spontanément tendance à vouloir une feuille neuve pour chaque création. Pourtant, au fil des manches, il découvre que les petits et les grands morceaux issus des réalisations précédentes peuvent se révéler bien plus utiles. Une chute devient une forme déjà disponible, parfois plus adaptée à ce qu’il cherche à représenter. Le joueur apprend à regarder les fragments qui l’entourent, à reconnaître dans un morceau de papier une possibilité de représentation. Ce qui était initialement un déchet devient une ressource, voire un point de départ pour la création. La transformation, la destruction et la réutilisation du papier ne sont donc pas de simples conséquences matérielles du jeu : elles participent pleinement à son fonctionnement et à son intérêt. Par contre, autant vous prévenir : si vous êtes allergique au désordre ou maniaque de la propreté, ce jeu risque de mettre vos nerfs à rude épreuve ! Il provoque une véritable pollution visuelle autour de la table, avec des petits bouts de papier partout.

Il y a plus qu’à souffler !
L’art de déchirer sans se tromper
Pour ce qui est de la déduction, Ça déchire ! a la très bonne idée de regrouper sur une même carte des mots qui présentent des similitudes de forme. Par exemple, on peut retrouver sur une carte « trou de souris », « bouton d’acné », « calvitie » ou « grotte », et sur une autre « feuille d’érable », « fontaine », « palmier », « étoile » ou « algue ». Contrairement à Trait Cool, qui tirait les créations vers le bas en proposant des sujets tellement disparates qu’aucune confusion n’était réellement possible, Ça déchire ! oblige les joueurs à soigner davantage leurs réalisations. Ici, les mots se ressemblent suffisamment pour qu’il faille véritablement s’appliquer, expérimenter et trouver le petit détail qui fera toute la différence. Il devient alors nécessaire de jouer sur les textures, les volumes, les proportions, les superpositions ou les différentes strates de papier pour rendre son sujet identifiable. On en vient même à dépasser le simple geste de déchirer pour explorer d’autres possibilités du matériau : le froisser, le plier, le courber, voire le modeler. Le jeu pousse ainsi progressivement et naturellement les joueurs à enrichir leur savoir-faire plastique et artistique.
Le système de score de Ça déchire ! est plutôt bien pensé, puisqu’il récompense à la fois la capacité à faire deviner et celle de reconnaître les créations des autres. Chaque bonne réponse rapporte un point, tandis que chaque joueur parvenant à identifier notre œuvre nous en rapporte également un. À cela s’ajoute le bonus du jeton de Rapidité, à condition que tout le monde ait compris ce que l’on a voulu représenter. Le jeu oblige donc à avoir un minimum d’exigence vis-à-vis de ce que l’on montre aux autres. Mais ce système possède aussi une petite faille, puisqu’il repose entièrement sur la bonne foi des participants. Rien n’empêche en effet un joueur de faire semblant de ne pas reconnaître une œuvre pourtant évidente, simplement pour priver son adversaire d’un point et de son bonus de rapidité. On pourrait presque y voir une dimension stratégique, si elle n’était pas autant contraire à l’esprit du jeu.

Un très grand jeu qui déchire !!
N’empêche que Ça déchire ! porte bien son nom et la créativité qu’il promet est fantastique et provoque de beaux moments qu’on s’empêchera de gâcher. Au pire on forcera tous le monde à jouer à son mode coopératif qui est tout aussi bien !!
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Depuis sa création en juin 2014, Ludovox a à cœur la pertinence et l’intégrité des contenus proposés par une rédaction indépendante et l’établissement d’une charte que vous pouvez retrouver ici. Cet article a été écrit avec une copie presse du jeu. Si vous aimez notre travail, n’oubliez pas de nous soutenir sur Tipeee.
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