Troyes, des chevaux sous le bois!

Troyes, la fameuse ville qui rassemble le plus grand nombre de magasins d’usine en France, est au cœur du jeu homonyme de Pearl Games : à vous les marques les plus prestigieuses à de vils prix ! Il vous faudra vous défaire des familles adverses qui tentent de profiter des soldes en vous coupant l’herbe sous le pied. Vous ne pouvez décemment pas vous laisser faire, et devrez établir vos forces au sein des différents quartiers de la Cité afin d’empêcher ces pleutres de vous dérober les bonnes affaires ! Pour cela, vous devrez user de votre influence pour recruter et diriger des habitants dans différents domaines d’activité.

A l’abri des murailles et sous l’œil bienveillant de la cathédrale, tentez d’obtenir le plus de renommée afin de remporter la partie !

 

Back in time !

Le jeu ne nous plongera en fait pas dans l’enfer des soldes, mais aura comme cadre le Moyen-Age. Moquez-vous, mais pourquoi pas un jour un jeu plongeant dans les profondeurs des déstockages ? Après tout, nous avons bien déjà eu droit à un original objet ludique proposant de faire nos courses pendant Essen !

Revenons à nos affaires et recentrons notre débat sur cet opus de Pearl Games. Troyes est un jeu orienté gamers qui a vu le jour en 2010 : autant dire qu’il a été relégué au rang de dinosaure ludique ! Pourtant, je n’avais jusqu’alors jamais eu l’occasion de me lancer dans une partie. J’avais bien tenté de comprendre les méandres mécaniques de la bête via une vidéorègle du célèbre Yahndrev, cependant je dois confesser que les 40 minutes de vidéo ont eu raison de ma patience… J’ai toujours trouvé les règles trop alambiquées pour mon esprit restreint et probablement trop volatil. Le fait est que quand l’occasion s’est présenté de m’essayer à ce désormais classique, je me suis empressé de la saisir (d’ailleurs, j’ai peut-être forcé le destin en précipitant cette rencontre ludique en demande à un ami de l’apporter à l’association… oui, peut-être que ça a aidé).

 

 Difficile d’être confronté à la boite du jeu sans avoir des choses à y dire sur le choix des illustrations ! Ce premier contact peut décontenancer, cela est incontestable. L’éditeur Pearl Games s’est d’ailleurs fait un nom en choisissant de mettre en avant de petites perles ludiques au look qui ferait bondir Cristina Cordula de son siège ! Ne faites pas les innocents, tout le monde sait que vous regardez en secret cette émission du petit écran : Les Reines du Shopping ! Vous avez raison, après tout, les jeux de société sont sujets à leur propre mode (non, je ne parle pas de marketing, ne soyez pas médisants!)… Voilà que je m’éloigne encore du sujet principal et du travail qu’a réalisé Alexandre Roche. Pour ma part, je dois dire que je suis admiratif devant un tel choix éditorial, car à n’en point douter, le style graphique ne plaira pas à tout le monde. J’ai moi-même eu un peu de mal en découvrant les artworks, mais je dois dire qu’ils conviennent admirablement bien au thème et apporte une touche qui plonge dans le Moyen-Âge. Bref, on aime ou on n’aime pas, mais cela ne laisse pas indifférent : à l’heure où les gamers se plaignent d’une uniformisation du paysage graphique dans les jeux, l’effort important se doit d’être reconnu (oui, nous sommes en 2017 au moment où cet article est écrit, et le jeu date de 2010, j’en suis conscient).

Le matériel quant à lui est beaucoup plus classique et moins sujet à controverse. Avec ses nombreuses cartes, ses dés en quantité importantes, ses jetons, ses meeples et même ses cubes de couleur, il n’y a pas tromperie sur la marchandise, nous sommes bien dans un jeu de stratégie réservé aux connaisseurs.

 

 

 

La vie de quartier !

Mise en place et rassemblement des forces pour 4 joueurs.

Ce n’est donc pas pour remplir nos placards de vêtements que nous allons tenter d’augmenter notre renommée dans la Cité. Pour nous aider dans notre tâche, nous pourrons compter sur les habitants exerçant dans trois domaines d’activité : le militaire (en rouge dans le Palais des Comtes), le religieux (en blanc à l’Evêché), et le civil (en jaune à l’Hôtel de Ville). En début de partie, nous devons tout d’abord effectuer un placement initial en envoyant nos Partisans sur les différents bâtiments. En fonction du nombre de joueurs, on disposera de plus ou moins d’Habitants, nous apportant des dés.

 

 Après avoir retourné les cartes activités de niveau 1 (il y a trois niveaux qui seront dévoilés lors des trois premiers tours) qui serviront à placer des Hommes de métier afin de disposer de possibilités supplémentaires, chacun se voit obtenir un revenu de 10 deniers. Cependant, celui-ci sera amputé par les salaires de nos Meeples, à raison de 2 deniers pour un Militaire et de 1 dernier pour un Religieux (les habitants de l’Hôtel de Ville ne seront pas payés, une vague histoire de Petit Peuple me dit-on en aparté). On lance ensuite les dés qui correspondent en nombre et en couleurs à notre mise en place (chaque joueur dispose de son propre quartier, une des zones étant attribuée au joueur neutre). Ces dés pourront être utilisés pour diverses actions, sachant qu’on pourra acheter les dés des adversaires (à vil prix, cela va sans dire!).

Ah ce qu’on est bien à l’abri des murailles ! Malheureusement, des événements viendront pourrir la vie de la population. On tire une carte Événement de couleur rouge et on ajoute une carte de couleur jaune ou blanche comme demandé par la première carte. L’ensemble de ces cartes prendront place sur la partie inférieure du plateau et se cumuleront de manche en manche, au plus grand dam des joueurs ! Le maraudage est imprimé sur le carton et sera donc en permanence à considérer par les protagonistes. Ces événements viendront mettre des bâtons dans les roues des joueurs, notamment avec les dés noirs qui ne manqueront pas de vous donner des sueurs froides ! Représentant des attaques extérieures, ils devront être contrés en utilisant nos propres dés, sachant qu’on doit toujours éliminer le dé le plus fort au minimum et que les dés rouges (militaires) voient leurs valeurs doublées. On gagne un point d’influence (qui servira à gagner potentiellement des points de victoire, mais surtout à rallier de nouveaux partisans ou à modifier des lancers de dés malheureux) pour chaque dé neutralisé, puis on refile le bébé au joueur suivant dans l’ordre du tour, jusqu’à ce que la menace soit entièrement éradiquée.

 

 

Une fois ces différentes phases réalisées (en dehors de la mise en place initiale, elles seront à effectuer à chaque début de tour), on pourra passer aux différentes actions réalisables par les bélligérants.

 

Action, réaction !

Ces actions sont relativement simples à expliquer mais leur utilité est difficile à appréhender : il est délicat de percevoir l’enchevêtrement de possibilités données par le jeu lors de la première partie, ce qui donne une forte impression de navigation à vue alors qu’on est plongé dans un épais brouillard ! Pour les effectuer, il faudra utiliser des dés personnels ou en acheter à ses adversaires. Au maximum, on pourra utiliser des combinaisons de trois dés afin d’effectuer une action plus puissante. Dans le cas où on décide d’investir auprès d’autres joueurs, le coût dépendra du pool de dés qu’on souhaite rassembler (bien entendu, celui-ci sera beaucoup plus important si on souhaite utiliser trois dés).

 

Avec notre force ainsi constituée, nous pourrons activer une carte activité de la ville en plaçant un homme de métier sur la carte (plus tard, cette carte pourra être à nouveau déclenchée sans ajouter de partisan). La seule condition requise est de pouvoir effectuer l’action au moins une fois : il sera ainsi interdit de se placer sur la carte sans utiliser son effet (afin de prendre une place à ses petits camarades). Ce placement apportera par ailleurs des points de victoire en fin de partie. Certaines cartes apportent des pouvoirs immédiatement utilisables quand d’autres permettent de placer des cubes à sa couleur qui renforceront de futures actions.

 

Le joueur jaune utilise deux dés d’une valeur totale de 9. Il paye 5 deniers, place un homme de métier, puis a le droit de réaliser jusqu’à deux fois l’action d’échange d’un point d’influence contre 6 deniers.

 

 

 

 

Nous pouvons également utiliser des dés blancs afin de participer à la construction de la cathédrale. On place alors des cubes à sa couleur sur l’édifice (un cube par dé utilisé), sachant que fort logiquement, on commence par la construction du premier étage. Cependant, si la valeur du dé du premier étage est occupé, on passe au deuxième étage. Il faudra investir un minimum dans cette construction, et prendre garde à ne pas se faire prendre de vitesse, car pour chaque niveau où nous ne sommes pas présents, nous perdrons deux points de victoire en fin de partie : ça peut faire mal ! C’est de plus un excellent moyen d’augmenter son influence en plus d’apporter de précieux points pour le décompte final (les dés de valeurs 1 à 3 font gagner 1 point de victoire et d’influence, et les dés de valeurs 4 à 6, 1 point de victoire et 2 points d’influence… par dé utilisé, ce qui n’est pas négligeable).

 

Un autre moyen d’utiliser ses précieux dés (ou pour mémoire, ceux de vos adversaires) est de lutter contre les événements. On a vu qu’à chaque tour, il nous faudra subir les conséquences destructrices de ces cartes qui se cumulent au cours du temps, accentuant ainsi la spirale négative. Heureusement, les joueurs peuvent tenter d’éliminer ces cartes en affrontant directement ces événements ou en passant par certains pouvoirs des cartes d’activité. Nous pouvons combiner des valeurs de dés (de la couleur demandée) pour placer des cubes à sa couleur sur les emplacements disponibles (gagnant au passage un point d’influence). Quand une carte ne dispose plus d’emplacement libre, on regarde quel joueur est majoritaire : il obtient la carte qui rejoint sa main (elle pourra apporter des points lors du décompte final). On distribue également des points de victoire en fonction du rang de la majorité (en cas d’égalité, la priorité est donnée à celui qui s’est placé avant le ou les autres).

 

 

Un bon moyen d’augmenter son pool de dés pour le tour suivant est de virer un opposant d’une de ses positions sur un bâtiment. Pour cela, vous l’aurez compris, il vous faudra utiliser… un dé ! En fonction de sa couleur et de sa valeur, il vous sera possible de prendre la place d’un adversaire (attention de disposer de suffisamment de partisans!) en le remplaçant directement (cas du bâtiment militaire) ou en jouant au tapis roulant (pour les religieux et les civils) ! Attention cependant, car posséder plus de dés signifie possiblement payer davantage en salaires…

 

Le joueur bleu utilise un dé jaune de valeur 4 et place son partisan sur la ligne concernée.
Malheureusement, cela expulse un partisan orange qui devient disponible pour son propriétaire.

 

La dernière action possible est d’exploiter l’agriculture en récupérant de précieux deniers contre des dés jaunes. Il semblerait que cette possibilité soit moins puissante que les autres, mais elle peut être utilisée en cas d’urgence (avec un appoint en liquidités parfois indispensable) ou afin de supprimer des possibilités d’utilisation des dés jaunes à ses adversaires.

 

 Bien évidemment, à tout moment, il est possible de choisir de passer. On amasse alors 2 deniers sur son quartier que nous obtiendrons quand tous les joueurs auront décidé de passer à leur tour. A chaque fois qu’on effectue un nouveau tour, et que ce serait à nous de choisir une action, on gagne alors 1 denier supplémentaire (il sera cependant interdit de faire une action alors qu’on a décidé de passer).

 

 

Influencer le résultat !

Précédemment, j’ai parlé de la collecte d’influence, sans vraiment expliciter à quoi elle allait nous servir, en dehors d’apporter d’hypothétiques points de victoire en fin de partie. Il y a différents moyens de se servir de son influence :

  • Pour 1 point, on peut relancer un dé (seulement un des siens, jamais un de ses adversaires)

  • Pour 2 points, on peut recruter un nouveau partisan

  • Pour 4 points, on peut retourner jusqu’à trois de ses dés (un 1 devient ainsi un 6… si vous ne le savez pas, mais j’en doute, la somme des valeurs des deux côtés opposés d’un dé fait 7). Cela paraît cher, et malgré quelques parties au compteur, je n’ai jamais eu l’occasion de flamber de la sorte, mais nul doute que si cette possibilité existe, c’est qu’elle doit avoir son utilité

 

Ainsi, l’influence peut être considérée comme une ressource à part entière, tout comme les dés, l’argent, et les partisans (qui sont disponibles en quantité limitée en réserve).

 

Triompher du mal !

C’est bien beau tout ça, mais comment est-ce qu’on gagne ?! Merci de m’avoir posé la question, sans ça je ne suis pas certain que j’y aurais pensé ! Le décompte final est réalisé à la fin du tour où la dernière carte d’événement rouge est mise en jeu (ce qui dépend du nombre de joueurs). Ce n’est pas très compliqué : on fait le cumul des points de victoire obtenus en cours de partie, on ajoute les points donnés par le placement de ses hommes de métier, on retranche les éventuelles pertes à la Cathédrale, et on gagne un point de dédommagement (offert par la maison) pour chacune des cartes événement sur lesquelles on a un cube à sa couleur. Le gagnant est le joueur ayant le plus de points !

 

 

Bon d’accord, il y a une petite subtilité supplémentaire ! Au début de la partie, chaque belligérant aura une carte de scoring qu’il gardera secrète. Ainsi, chaque joueur possédera une partie de l’information sur les conditions de victoire : à chacun de parvenir à évaluer quelles cartes sont en jeu, car ces différentes conditions seront applicables à l’ensemble des joueurs. Surveillez bien ce que font vos adversaires !

 

Exemple de carte de scoring qui concerne l’argent en fin de partie.

 

 

Verdict après une journée de shopping !

Le premier contact avec Troyes est délicat tellement le jeu est particulier : lors des premiers tours, on a vraiment du mal à voir ce qu’on doit faire, notamment à cause du fait qu’on ne connaît pas les cartes Activités. Il y a réellement une courbe d’apprentissage énorme sur ce jeu, même si le hasard peut parfois jouer quelques mauvais tours (demandez à mon fils ce qu’il a pensé de ses échecs répétés sur la carte des Archers !).

Un cube peut être placé sur un résultat de 3 à 6 sur un dé… je vous laisse imaginer qui a enchaîné les 1 et les 2 !

 

Une fois les règles assimilées et la première partie jouée, on commence à mieux comprendre les enjeux des différentes actions disponibles, et à réaliser de jolis combos fonction de la sortie des cartes (il y a donc un peu d’opportunisme, car les places sont chères). Au final, les tours de jeu s’enchaînent avec fluidité (ce qui n’empêche pas l’analysis paralysis chez certains) et le temps s’écoule rapidement dans l’Aube ! On se prend au jeu, et on oublie les déboires des premières joutes qui auront probablement laissé un goût amer. (Pffffff ! Ce n’est que du hasard ton jeu ! Aucun intérêt !)

 

Le jeu en lumière !

 

Cependant, Troyes est indéniablement à réserver à des joueurs passionnés qui auront la patience de lui donner sa chance sur plusieurs parties et qui n’hésiteront pas à se lancer dans des parties un peu longues (comptez environ deux heures pour une découverte avec explication des règles). Adapté à toutes les configurations, de 2 à 4 joueurs, et bénéficiant même d’une variante solo, Troyes mérite sa réputation de perle ludique dans l’esprit des joueurs confirmés : une bonne surprise confirmée par de nombreuses parties successives.

 

Merci à GraphLSD pour les photos et les illustrations de l’article.

 

Les autres articles d’Alendar => c’est ici

Un autre Pearl Games au graphisme ouf => L’auberge sanglante, par Cormyr

Jeu de ville, jeu de manuels ? => Quadropolis par Zuton

 

   

1 Commentaire

  1. morlockbob 22/06/2017
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    Troyes mérite vraiment le détour. Voilà un jeu qui m’a déplu la première fois que j’y ai joué (je n’étais pas prêt, je n’aimais pas le principe de se servir des dés des autres (donc des miens)..). J ‘ai retrouvé Troyes bien plus tard, et oui, c’est un super jeu avec une super esthétique…

    L’extension par contre est dispensable

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