Petits Secrets entre Amis – Se déduire les uns les autres

Loin des feux des projecteurs, Petits Secrets entre Amis est un jeu discret de deux auteurs tout nouveaux dans le milieu ludique : Markus Slawitscheck et Arno Steinwender. Il est la refonte du tout aussi discret #No Secrets qui était sorti à Essen 2018. Quels secrets nous réserve donc ce petit party game sans prétention ?

 

 

 

La vraie déduction « sociale » ?

Digne héritier de Privacy et Good Friends, Petits Secrets entre Amis est un jeu de déduction basé sur la connaissance que vous avez de vos partenaires de jeu. Une alchimie toute particulière puisque rares sont les jeux qui se basent sur une connivence entre les personnes elles-mêmes, sur un lien qui les unit en dehors du jeu. On réfléchira donc à base de « ah, oui, c’est bien son genre, ça ! » ou de « jamais de la vie elle ne pourrait faire ça ».

Autant vous dire que pour ressentir cette cohésion de groupe, on ne peut pas jouer avec n’importe qui, à la fois pour l’équilibrage puisque le jeu serait clairement injuste envers les personnes qui ne connaissent pas bien les autres, mais aussi et surtout pour éviter certains malaises. Car c’est là que le jeu diffère de ses deux ancêtres : à la fin de la partie, on saura qui a répondu quoi. On abandonne donc l’anonymat qui était censé nous rassurer pour répondre honnêtement aux questions de Privacy et Good Friends. Heureusement les questions sont beaucoup moins « trash » dans Petits Secrets entre Amis et les plus osées annoncent littéralement la couleur en étant rouges pour vous permettre de les retirer du jeu. Il n’empêche que le jeu serait un bon candidat pour un équivalent de la X-Card des jeux de rôle afin d’être sûr que tout le monde soit à l’aise avec chaque question.

 

 

Déduction à rebond

Là où le jeu brille et apporte le plus d’innovation, c’est dans sa manière de proposer des raisonnements un poil plus complexe que ce qu’on a l’habitude de voir dans des party games. Tout le principe tient dans ce concept simple : chaque carte du jeu pose deux questions mais chaque équipe (cachée) ne va répondre qu’à une des deux. À vous de trouver une personne faisant partie de votre équipe ! On peut donc faire beaucoup de déductions inverses en se demandant qui ne répond pas aux mêmes questions que nous, ou bien qui aurait répondu autre chose, s’il ou elle avait été dans l’autre équipe. En ajoutant à cela le fait que certaines questions du jeu sont très subjectives, cela permet en général des débriefings endiablés en fin de manche pour essayer de détricoter les analyses des uns et des autres.

Cet effet, qui fait probablement tout le sel du jeu, n’est néanmoins pas garanti à chaque manche. Le but du jeu n’étant que de trouver une seule personne et non pas toute l’équipe, il arrive parfois qu’une des réponses sonne comme une évidence. On passe donc, d’une manche à l’autre, d’un grand moment de réflexion à un pétard mouillé. Il aurait été ici plus intéressant d’essayer de deviner un maximum de personnes de son équipe et de gagner des points en fonction pour éviter ce problème.

Parlons-en, d’ailleurs, du système de score ! Outre les points que l’on gagne lorsque l’on retrouve un ou une partenaire d’équipe, le jeu nous octroie également des points pour avoir été trouvé. Non seulement cela complexifie pour pas grand chose la manière de compter mais aussi et surtout c’est particulièrement injuste : quel est le mérite d’avoir simplement eu l’heureux hasard qu’une des personnes nous trouve ? Je comprends bien que l’intérêt de cette règle est juste d’inciter les gens à répondre honnêtement aux questions, mais n’était-il pas plus simple de partir du principe que les participant·e·s jouent au jeu en toute franchise ? Là encore, je fais le parallèle avec Privacy et Good Friends qui, eux, n’utilisaient pas ce genre d’artifices et admettaient, comme à peu près tous les jeux de société modernes, que les gens ne trichent pas. C’est néanmoins loin d’être grave puisque c’est le genre de jeux où l’on se fiche bien de compter les points ou non.

 

 

Le support de la déduction

Puisque le jeu dépend beaucoup du lien entre les personnes autour de la table, il y a un équilibre à trouver entre le nombre de joueurs / joueuses, et à quel point ils / elles se connaissent bien. Plus on est à jouer, plus le jeu est simple. Il faut en revanche éviter les configurations où l’on est un nombre impair où, là encore, le jeu est complètement injuste envers une équipe qui aura, uniquement par hasard, un avantage sur l’autre. Cela manque d’une variante pour gérer plus équitablement ce problème.
À noter cependant qu’une variante pour jouer à trois est proposée, et qu’elle fonctionne plutôt bien !

D’un point de vue matériel, les cartes et les jetons sont de qualité vraiment moyenne et s’abiment vite. La charte graphique, plutôt minimaliste et moderne, est assez plaisante. Après tout, on ne demande pas à un party game de nous immerger dans un univers incroyable. Mention spéciale aux règles qui sont bien écrites (et bien traduites), ce qui est assez rare de nos jours pour être noté.

 

Bilan 

Petits Secrets entre Amis est le party game typique dont on enchaîne les parties en soirée. Il boxe dans une catégorie rare, celle des jeux basés sur vos connaissances des autres autour de la table. Il a le mérite d’apporter un système de déduction plus robuste, qui ne fonctionne pas tout le temps, mais qui procure ce sentiment très fort de résolution d’énigme les fois où ça marche. D’autres aspects vont rendre le jeu un peu rugueux par endroits, et il est vrai que les conditions pour que le tout fonctionne bien sont parfois difficiles à réunir. Cela dit, son côté curieux et innovant font qu’il mérite le coup d’œil, ou au moins de surveiller les futures œuvres des deux jeunes auteurs.

   

1 Commentaire

  1. Astien 09/04/2021
    Répondre

    Merci pour cet article synthétique et efficace :).

    J’avais joué au jeu à sa sortie lors d’un moment entre amis autour d’un verre. On s’était bien amusé, mais le fait que le jeu demande aux ludistes autour de la table nous avait clairement sauté aux yeux.

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