Medical Mysteries – New-York : une nuit aux urgences
Parfois j’imagine qu’il doit être passionnant pour les médecins d’accueillir un patient et de trouver ce qui le fait souffrir, de pouvoir le soulager et le remettre en bonne santé.
Un jeu qui me propose cette excitante vie qui n’est pas mon quotidien est une sacrée bonne idée !
Iello qui a déjà une belle gamme de jeux d’enquête (Detective et ses dérivés – on chroniquait la version Batman par ici – , Guilty Houston et Monaco) localise ce printemps Medical Mysteries: New York Service d’urgences, un jeu d’enquêtes médicales coopératif qui sort mi avril.
Dans Medical Mysteries de Rebecca Bleau et Nicholas Cravotta, vous êtes urgentistes et accueillez un patient à l’hôpital. Il ou elle ne va pas vraiment bien, sa vie est entre nos mains. Le cas du patient est décrit dans son dossier d’admission, avec ses constantes vitales. Mais voilà : les quelques symptômes décrits, ça ne suffit pas toujours.
Patient impatient
Pas de pomme d’Adam à retirer sans toucher les bords, ici il va falloir prendre les bonnes décisions : analyse sanguine, imagerie, questions aux patients, connaissance d’un spécialiste, administration de médicaments… vous aurez le droit à trois actions par tranche de 2 h, quatre tranches, douze actions maximum. Cela dit, attention : le jeu ne fait pas de cadeaux : le corps, c’est une machine de chair plus ou moins fonctionnelle, et ça peut faire peur à d’aucuns.
Attention, le patient pourrait vous lâcher avant si les décisions prises n’étaient pas les bonnes. En vrac et sans vous spoiler, entre conditions physiques particulières, interactions médicamenteuses ou crises diverses à gérer le plus efficacement et promptement possible, eh ben votre patient, il est faiblou. Quand il ne claquera pas sous vos yeux, ce sont peut-être vos actions qui le menaceront : la médecine, c’est bien si on maîtrise !
Mais rassurez-vous, vous avez l’aide précieuse de petits fascicules pour comprendre certaines pathologies, médicaments, examens possibles. Ce sont ces fascicules qui vous donnent des clés de compréhension. Et normalement en lisant bien tout ça, en faisant attention aux données du patient, il suffit de procéder par ordre de priorité vitale pour que le patient survive jusqu’au lendemain. Bon, il faudra tout de même que vous sachiez quoi prioriser. Ce n’est généralement pas sorcier, mais… tout de même, il faut un peu de doigté : vous avez une vie entre les mains.
Est-ce qu’on peut parler d’enquête ? Disons qu’il faut être attentif, ne pas rater une information, se poser les bonnes questions, et prendre les bonnes décisions, mais la déduction n’entre pas dans l’équation. Et pourtant le jeu suit à peu près le schéma d’une enquête : il nous faut identifier le ou les responsables de l’état de santé du patient, et nous avons à notre disposition des moyens : imagerie, examens, afin de comprendre ce qu’il se passe dans ce corps. Il y a bien la partie “Qui a fait ça ?”, les circonstances de vie du patient vont également rentrer dans les éléments à prendre en compte, mais ici pas de mobile. Medical Mysteries n’a pas la forme classique d’une enquête dans le sens de la déduction, mais propose de comprendre et d’intervenir, il nous faudra empêcher le mal d’agir. Cependant, on peut véritablement parler de méthodologie médicale : on observe les drapeaux rouges, on pare au plus pressé, puis on traite les causes lorsqu’on a toutes les données en main. Moins trépidant que de courir derrière un criminel aux intentions brumeuses.
O tempora o mores
Les fascicules contenant les données médicales utilisées par le jeu sont courts : vous aurez à peine plus qu’une page du Times à lire (les amateurs de Sherlock Holmes Detective Conseil comprendront), et nous ne sommes pas dans le cas d’un vrai médecin avec un vrai patient, nos possibilités sont contenues dans ces livrets, et donc limitées.
Une carte nous fournit les différentes options relatives à l’état du patient, et cela évolue en fonction de nos décisions. Pas infini, pas stressant.
Le temps d’ailleurs, parlons-en, de ce fieffé coquin. Une tranche de 2 heures suffit pour avoir des résultats de coprologie, ou l’action d’un antibiotique est immédiate histoire de nous donner un feedback instantané sur notre action. Ce passage du temps allant de flou à fantaisiste ne cadre pas bien avec les notions fort réalistes et parfois complexes avec lesquelles on jongle, mais il y a des raisons de gameplay à la rupture d’immersion. De même, tous nos patients meurent à la fin de la nuit si on ne les traite pas ; certes, une vie c’est fragile, mais tout de même. Si on comprend pourquoi il y a ces libertés, il n’en reste pas moins une certaine dissonance entre les différents aspects du jeu.
Le jeu ne cherche pas à nous immerger dans une réalité, dans une urgence, et ne prend pas la peine de nous donner un nom. Nous faisons partie de l’équipe, nous sommes juste des médecins urgentistes.
Trois étoiles sur Tripadvisor
Vous avez déjà pensé à noter votre médecin pour sa prise en charge (j’imagine bien que c’est possible de lui mettre des étoiles) en tout cas pour nous, à l’issue du cas, nous allons obtenir une note. Le patient a survécu à la nuit, bim 50 points. On ne lui a pas administré un médicament pour lequel il est allergique, tant mieux sinon (on l’aurait perdu) on aurait perdu 5 points. Et la liste peut facilement s’allonger. Cela nous raconte un peu ce qui était attendu par le jeu et les pièges tendus pendant cette phase de scoring.
Medical Mysteries n’est pas une vraie enquête qui demande de la sagacité et de la déduction, on s’en sort plutôt bien en étant attentif à tout ce qu’on peut lire. On est récompensés pour notre méthode plus que pour nos suppositions. On se prend à procéder à des hypothèses et engager des actions afin de les valider ou les invalider. Le temps de sauver quatre patients, Medical mysteries nous aura diverti et éveillés à l’existence de quelques maladies exotiques, mais surtout rappelé que les antibiotiques, c’est pas automatique. Ce jeu est plus clinique qu’un autre, mais au moins, il pousse le concept loin en nous proposant du vraisemblable, du tangible (et c’est là que le bât blesse quand le gameplay a besoin de s’en affranchir pour faire de la réalité un jeu).
Note intéressante mais frustrante, les patients n’en font parfois qu’à leur tête. C’est aussi là que le jeu fonctionne bien : les patients qui cachent des informations, refusent de se laisser soigner, ou font un peu n’importe quoi par ignorance… ben c’est ça, aussi, la médecine. C’est de l’humain. Le jeu fait souvent un crochet par ces problèmes qui ne relèvent pas (que) de la biochimie ou de la biologie, et c’est là que Medical Mysteries se montre à son plus cool et à son plus frustrant à la fois. Oui, un être humain, c’est parfois bien con.
Les auteurs Rebecca Bleau et Nicholas Cravotta ont collaboré sur de nombreux jeux dont Escape the room, et le futur Medical Mysteries Miami Flatline. Pas impossible que l’envie de remettre la blouse d’urgentiste pour accueillir quatre nouveaux patients nous prenne. L’expérience est assez stimulante : savoir prendre les bonnes décisions, rendre la santé à ces individus, en espérant que l’exercice nous demande un peu plus d’investissement toutefois.
Article coécrit par Natosaurus et Umberling
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L’article que vous avez lu ici a été écrit avec l’aide d’une boîte issue d’un Service Presse.
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Liorel il y a 29 jours
Testé sur un kit promo distribué à Cannes. Le contexte est un peu particulier : je suis médecin (mais pas urgentiste).
Eh bien j’ai eu l’impression de replonger dans les cas cliniques de mes études, mais en mieux présenté. Ce que nous offre ce jeu, c’est tout simplement de faire de la vraie médecine. J’ai relu un électrocardiogramme, j’ai interprété les constantes vitales, j’ai refait de la médecine d’urgence comme je n’en avais pas fait depuis 10 ans.
Et je me suis aperçu d’une chose : ce que moi je vois comme un métier, d’autres le voient comme un jeu, comme une enquête. Et c’est une super nouvelle ! Ça m’a refait penser au manifeste métaludique : si ce jeu avait été pensé dans le but premier de divertir, il serait différent. Les maladies seraient inventées, les indices seraient mieux mis en évidence, les pièges seraient plus grossiers, et les patients nous écouteraient religieusement. Non, le but de ce jeu, c’est de faire découvrir au joueur un milieu et un mode de réflexion qu’il ne connaît pas, et si c’est divertissant, tant mieux, mais ça ne sera… qu’un effet secondaire 😉
atom il y a 26 jours
Ton commentaire est intéressant, je m’attendais à un retour moins positif sur le côté réaliste de la part d’un professionnel. Cela montre le sérieux de la proposition. Personnellement, en lisant cet article, je me dis que je ne pourrais pas jouer au jeu, parce que je ne suis pas à l’aise avec l’univers hospitalier, la maladie, etc. Cela me rappelle juste de mauvais souvenirs proches et je vais juste ressentir du malaise et la peur de “jouer” avec la vie d’un patient. Je trouve ça plutôt bien que le jeu n’ait pas essayé d’édulcorer cet univers pour toucher un large public, mais qu’il assume un parti pris, même si ça laisse certains joueurs sur le carreau. Certaines propositions ne sont pas faites pour tout le monde.
Umberling il y a 23 jours
Ah, je voulais y répondre, à ce commentaire, mais j’ai zappé. Je pense qu’en effet ce jeu a une certaine volonté documentaire, et c’est ce que je me suis dit en retraçant les aspects un peu « laborieux » du jeu (fonctionner de façon méthodique en épluchant les symptômes et en les comparant à la vie du patient, puis en appliquant les traitements d’urgence avant les traitements de fond en évitant les mauvaises interactions). Quelque part ça m’a rappelé que j’aurais très bien pu faire dans la médecine (et ça aurait été mon second choix, après la formation que j’ai choisie).
Si l’on analyse Medical Mysteries sous cet angle, c’est super chouette, oui. En termes de game design, on note quand même que cela grippe les mécanismes de récompense, et il y a certains artifices (le temps de réponse à un traitement, le retour d’une analyse, la ténacité d’un patient borné alors qu’il va perdre la vie s’il ne parle pas, le corpus d’analyses et de traitements restreint) qui sont là purement pour servir le jeu et ne pas le rendre trop complexe, mais lui ôtent un certain réalisme. Le jeu frotte un peu d’un côté et de l’autre, et il est plus cool à analyser à posteriori, à penser, qu’à jouer. (Alors attention, on est très loin d’avoir passé un mauvais moment en jouant, hein.)