Les Schtroumpfs : Le Village Schtroumpfissimement secret
Les Schtroumpfs : Le Village secret arrive estampillé de tant de promesses sur sa boîte. D’abord, le plaisir de retrouver un jeu familial Les Schtroumpfs, dès 8 ans, conçu par les immenses auteurs que composent la Team Kaedama ; la collaboration, signalée par un « × », entre les ayants droit de Peyo et la multinationale américaine Maestro Media, spécialisée dans les produits dérivés de la pop culture. Et ce magistral dos de boîte, qui montre un jeu débordant et magnifique, résumant la partie en trois étapes : jouez une carte – effectuez les actions et reconstruisez le village – déjouez les plans de Gargamel… C’est parti ! Pas de schtroumpf à perdre !
Les Schtroumpfs : Le Village secret est un jeu coopératif dans lequel tous les joueurs œuvrent ensemble pour protéger le village. La victoire est remportée uniquement si les trois objectifs sont atteints : sauver toutes les cartes Schtroumpfs perdues, construire l’ensemble des maisons champignons et préparer tous les gâteaux nécessaires. À l’inverse, la partie s’achève immédiatement par une défaite si Gargamel révèle la carte « Trop tard ».
- Magnifiques les standees
- Le genre de cartes que vous n’aimez pas retourner
La nuit, tous les schtroumpfs sont bleus
La partie se déroule en une succession de rounds. À chaque round, étape 1, les joueurs posent une carte Schtroumpf, en appliquent l’effet et déplacent un meeple Schtroumpf vers les différents lieux du village. Le plateau comporte huit lieux, chacun proposant deux actions : une action supérieure nécessitant deux meeple, et une action inférieure qui n’en nécessite qu’un, permettant de réaliser l’action de suite, mais obligeant à lancer un dé danger. Ce lancer peut déclencher des effets négatifs… ou parfois bénéfiques.
Les cartes Schtroumpfs ont des effets obligatoires. Les cartes de départ possèdent des capacités neutres ou légèrement négatives ; au fil de la partie, et puisque votre objectif l’exige, vous allez récupérer les cartes Schtroumpfs perdues, qui offrent des capacités réjouissantes. Vous l’aurez compris, dans un bon deckbuilding, les cartes de départ sont destinées à disparaître, remplacées par les nouvelles, bien plus efficaces. L’originalité, très marquée, vient du fait que les cartes Schtroumpfs délivrées rejoignent le deck commun que tous les joueurs se partagent.

Bien jouer ces cartes exige un doigté exceptionnelle.
Je pense, donc je schtroumpfe
Étape 2 : le joueur place un meeple sur un lieu de son choix, puis résout l’action du lieu si celle-ci peut être complétée. Quatre lieux de ressources permettent de ramasser du bois, de la pierre et des baies, ou deux différentes au choix. Ces ressources communes seront nécessaires au Chantier pour construire une maison, ou dans la Forêt noire pour délivrer une carte Schtroumpf perdue. L’Atelier permet de récupérer des cartes Inventions, et le Refuge, de retirer une carte du jeu afin d’épurer le deck.
Étape 3 : lorsqu’il ne reste plus aucun meeple Schtroumpf à jouer, il est temps de dévoiler une carte Gargamel, chacune dotée d’un effet négatif (perte de ressources, défausse de cartes, actions empêchées…) et du déplacement d’Azrael, qui surveille un lieu et vous oblige à lancer son dé, sur le modèle du dé Danger.

Admettez-le, ça donne vraiment envie !
Rien de schtroumpf sous le soleil
Revenons aux objectifs de fin de partie. Pour ce qui est de sauver toutes les cartes Schtroumpfs perdues : ce sont de nouvelles cartes à débloquer qui vont nourrir votre jeu avec des améliorations d’actions puissantes. Construire les maisons (six au niveau débutant) : chacune nécessite une quantité de ressources différente qu’il faudra dépenser depuis votre réserve commune.
En ce qui concerne la préparation des gâteaux (deux en mode débutant), c’est une action pompeusement gourmande pour dire simplement que chaque carte possède un prérequis qu’il faudra remplir pour valider la carte. Des faits de jeu qui vous contraignent toujours un peu, allant de l’injonction sur le nombre de ressources, de cartes à défausser ou de maisons à construire sur un round, jusqu’à la sommation de lancer plusieurs fois le dé Danger ou de sauver un certain nombre de Schtroumpfs toujours dans le même round…

On aurait aimé des illustrations plus diversifiées pour les gâteaux !
C’est en schtroumpfant qu’on devient schtroumpf rond
Jeu coopératif dans lequel la tension repose sur un placement d’ouvriers et une gestion des ressources classique et sans surprise, mais au rythme sophistiqué, travaillé par les cartes et les dés. Puisque vouloir réaliser une action puissante nécessite d’y poser un deuxième meeple et donc de reporter l’action. Au risque de ne plus avoir de meeple en réserve, emportés par le Cracoucass, ou que le jet d’un dé Danger vous prive de certaines ressources pour effectuer les actions. Les dés Danger ou Azrael possèdent des bonus sur certaines ressources, mais surtout des malus très punitifs : l’attaque du Cracoucass, qui vous enlève un meeple ; la Pénurie, qui vous retire une ressource ; ou la défausse de vos inventions fabriquées ou de vos cartes Schtroumpfs.
Au niveau débutant, le jeu se déroule sans encombre puisque vos meeple enlevés par le Cracoucass vous sont rendus. Dans les niveaux de complexité élevés, le nombre de gâteaux ou de maisons à construire, ainsi que de Schtroumpfs perdus à délivrer, est tellement important qu’un meeple ou une ressource manquante peut vous faire suer à grosses gouttes. D’autant plus que dans ces niveaux de difficulté, les Schtroumpfs enlevés doivent être délivrés, et le dé Danger simple est remplacé par un dé rouge qui ne pardonne pas, excluant toute action bénéfique.

Lui il va se faire schtroumpfer !!!
Passe‑moi le… schtroumpf, là, près de toi !
En mode Débutant, il se joue aisément dans des familles habituées avec le jeu de société dès 8 ans. Ce sera alors avec l’intervention omniprésente des adultes et avec des enfants accoutumés à des jeux de gestion de ressources et de placement d’ouvriers légers, comme Mon petit Everdell. À ce moment-là, ils pourront comprendre les enjeux et seront peut-être même sensibles aux prérequis des cartes Gâteaux, avant qu’une durée de partie trop longue ne les fasse progressivement décrocher. Ce n’est qu’à partir de 12 ans qu’ils seront véritablement conscients de ce qu’il se passe. La gestion des cartes actions, les déductions liées aux placements entre avantages et désavantages, et le tempo nécessaire à la réalisation des cartes Gâteaux ou l’utilisation des Inventions… Si au niveau Débutant, vous pourrez vous en passer, dans les niveaux de difficulté plus élevés, elles deviennent essentielles face à un dé Danger chaotique, un Cracoucass dévastateur, des cartes Gargamel qui arrivent toujours trop tôt. Ces cartes Inventions, une fois construites, donnent des avantages et se jouent quand on le souhaite, après avoir payé leur coût : annulation d’actions de cartes Gargamel, de dés Danger, facilitateurs pour délivrer des Schtroumpfs, épuration d’un deck, accélérateur de fin de partie… Comprendre ces cartes et les jouer au bon moment n’est pas une mince affaire, surtout dans les familles peu habituées à jouer qui auront besoin d’un temps d’apprentissage.

Les inventions sont une très belle proposition de ce jeu !
Vous vous êtes conduits comme des humains !
De ce côté, Maestro Media a fait un travail remarquable. Le matériel est splendide : maisons en 3D, meeples et pions de ressources sculptés et gravés, silhouettes de Gargamel, d’Azrael ou du Cracoucass, qui apportent une verticalité et une perspective incroyables au plateau. Les cartes sont drôles, saturées de couleurs magnifiques, et mettent dans les meilleures dispositions ceux qui viennent pour l’univers, pour jouer en famille, ou même pour persévérer…
Oui, parce que la Team Kaedama a réussi à proposer un jeu à lectures multiples : une version familiale exigeante, pouvant évoluer vers un défi plus mature entre adultes, et même un casse‑tête cauchemardesque à s’en arracher les cheveux. Dans sa version Schtroumpfemardesque, tout est amplifié : 8 maisons à construire, 4 Gâteaux à retourner et 18 Schtroumpfs à sauver ! Je ne sais pas si un tel niveau de difficulté a sa place dans un jeu franchisé Les Schtroumpfs, mais pour qui aime les puzzles hardcores, c’est du petit lait… À ces hauteurs de difficulté, l’univers de Peyo disparaît, laissant la place à une froideur mécanique et tranchante qui ne s’adressera qu’à quelques-uns, mais qui y joueront comme une obsession tant qu’ils ne seront pas allés au bout du défi. Jubilatoire !

Énervant lui !
Les Schtroumpfs : Le Village secret propose une expérience mécanique familière et profonde tout en exigence, en apprentissage et au challenge toujours renouvelé. Les auteurs sont brillants mais le matériel proposé est éclatant et permet de pousser les curseurs là où les jeux estampillés ne vont jamais. C’est un jeu à la marge, rebelle, subversif … comme les Schtroumpfs finalement.
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