Fourmis : le jeu de pose d’ouvriéres
Ah, les fourmis, ces petits insectes sociaux ou chacune d’elles à son rôle dans la colonie, ce thème a déjà été utilisé par Yoann Levet dans Myrmes (on attend d’ailleurs la réédition). Mais rien à voir avec celui dont nous allons parler. Fourmis est la création d’Andrea Robbiani et Renato Ciervo. Deux auteurs encore inconnus au bataillon qui devraient faire parler d’eux avec ce titre, d’autant qu’ils sont accompagnés par Simone Luciani, auteur, éditeur, développeur qui a largement fait ses preuves.
Visuellement Fourmis nous évoque les Rats of Wistar, et pour cause, on retrouve les illustrations de Candida Corsi et Sara Valentino. Deux univers consacrés au minuscule, avec d’un côté le monde des chapardeurs et de l’autre la colonie de fourmis. Mécaniquement on retrouve quelques similitudes, mais la comparaison s’arrête là.
Gérer sa colonie
Fourmis nous demande de gérer et développer une colonie de fourmis qui vont explorer le jardin, collecter des ressources, creuser la terre, et construire les chambres de la colonie. On va aussi jouer des cartes nous permettant de développer un moteur de jeu.
La fin de partie est déclenchée quand les joueuses ont placé un certain nombre de jetons étoiles, dépendant de plusieurs critères, comme l’évolution de la fourmilière, du nombre de phéromones placées, ou le nombre d’icône drapeau.

les trois rivières de cartes.
Camponotus fedtschenkoi
À son tour, la joueuse active réalise une et une seule action avec l’une de ses trois types de fourmis, et choisit une carte dans la rivière de cartes correspondante. Dans Rats of Wistar pour avoir de nouvelles cartes, il fallait soit jouer des cartes, qui, par effet bonus, nous en donnait de nouvelles, ou bien réaliser l’action de chercher des cartes. Ici c’est différent, chaque fois que l’on réalise une action avec nos fourmis (collecter, explorer, excaver), en sus, on choisit une des cartes dans la rivière correspondante.
J’apprécie ce système, on peut facilement gagner des cartes, et dans un jeu de tableau de cartes, c’est la vie. D’autant plus qu’on peut en sacrifier une à chaque incubation pour monter sur une piste qui donne un bonus, des points de victoire ou un ordre de tour, selon les situations.
La joueuse peut aussi jouer des cartes ou combattre une créature, ou encore réaliser une incubation, mais j’y reviendrai.

Concrètement les joueuses démarrent avec leur plateau personnel et leurs fourmis. Ces fourmis se divisent en trois types et sont représentées par des jetons en bois ronds ou plats. Comme pour Rats of Wistar, la force de l’action dépend du nombre de jetons. Si on débute avec un pauvre jeton sur chacune des trois actions, on va développer notre colonie pour réaliser des actions de plus en plus puissantes. Pour cela on aura besoin de collecter de la nourriture.
Chaque axe est important, explorer permet de découvrir de nouvelles ressources, d’étendre la colonisation du territoire et de combattre des créatures. Collecter des ressources ne peut se faire qu’à partir d’une exploratrice et nous permet de récupérer des ressources sur des zones découvertes adjacentes.
Creuser sa fourmilière consiste à placer un jeton de la taille de la force de l’action, si je recouvre un bonus, je le remporte immédiatement, mais ces tuiles vont aussi servir pour l’autre partie du jeu.

Myrmica Rubra (fourmi rouge)
Fourmis est un jeu à moteur, que nous développons avec nos cartes et la gestion de notre fourmilière. Parlons des cartes justement car c’est un élément très important. Elles nous donnent des bonus de production, des actions gratuites, etc. Une petite sensation de combo mais sans trop, pas de tour à rallonge (oui je pense à toi Recall ^^).
Comme Rats, mais aussi Terraforming Mars ou Ark Nova le jeu fonctionne beaucoup avec des tags ou badges. Vous avez les vous pouvez jouer la carte si vous avez les tags correspondants. Parfois (souvent) il faudra aussi dépenser des feuilles ou bien retourner des salles de notre fourmilière (un peu comme les enclos d’Ark Nova).
On peut aussi construire son moteur en menant des combats contre les espèces ennemies, emportant ainsi un jeton à placer sur son plateau, pour gagner quelques bonus, de la nourriture, de la production de fourmis et bien d’autres choses. À ce sujet chaque joueur peut avoir le même plateau ou des plateaux très asymétriques avec des récompenses très diverses, jusqu’à des points de victoire pour les plus grosses créatures.

L’incubation et son principe « d’ascenseur »
Paraponera clavata (fourmi balle de fusil)
Vient le moment où toutes vos fourmis ont été envoyées sur les activités respectives, et vous n’avez plus de cartes à jouer, il est temps de produire de nouvelles fourmis selon les curseurs que l’on aura fait évoluer, et d’incuber afin que nos œufs deviennent des larves, qui deviendront des fourmis, grâce une mécanique d’ascenseur plutôt maline. À chaque incubation on fait monter les plateaux inférieurs avec un système de rotation (un peu comme dans Otys pour ceux qui connaissent ou Inventeurs du Tigre du Sud. Sur la tuile une condition qui, si elle est réalisée, nous offre une production de notre choix et un symbole drapeau nous permettant plus tard de placer une de nos étoiles. Trois tuiles, trois conditions que l’on planifie.

Condition : avoir cinq cartes dans mon jeu.
Mais ce n’est pas tout, lors de cette phase on produit aussi quelques ressources en plus de nos fourmis et ça tombe bien car on doit les nourrir si on souhaite en bénéficier. On peut “taper” dans les réserves, mais en contrepartie on aura des points en moins. Un choix qui peut s’avérer judicieux si ça nous offre un boost conséquent.
La nourriture nous offre une certaine liberté, par exemple je peux transformer une fourmi, changer son rôle, pratique si je veux faire une action plus forte, mais de fait je réduis aussi une autre. Un choix qu’il faut bien peser. On peut même payer deux nourritures pour augmenter la force de l’action.
Lasius Niger (fourmi noire)
Fourmis procure une expérience plutôt singulière, si au départ, on se focalise principalement sur son plateau et son tableau de cartes, Rapidement, on garde un œil sur le plateau central, et, selon notre niveau de maîtrise du jeu, sur les plateaux des autres joueurs pour détecter des opportunités et agir avant eux.
Pas d’interaction directe, mais une concurrence sur le plateau ainsi que de l’opportunisme, une joueuse vient d’explorer une zone qui m’est accessible, c’est le moment d’envoyer mes collecteuses (fourrageuses) pour récupérer les ressources. Si en plus je vide la zone, je place mon jeton phéromone et gagne un bonus. Les autres joueuses présentes peuvent aussi placer leurs phéromones et pourront éventuellement placer leur jeton étoile mais n’auront pas le bonus. Fourmis offre une interaction comme je les aime, mi-positive, mi-négative, ce que l’on appelle écosystémique et pour un jeu sur les fourmis, quoi de plus normal.

Quelques cartes (crédit photo : Cranio)
Et j’en viens à parler de ces étoiles, trois conditions qui vont me rapporter entre 4 et 20 points. Par exemple, dès la troisième phéromone placée je pose un jeton étoile, j’en placerai un autre dès la 5e et le dernier dès la 6e. Cela accélère aussi la fin du jeu. Je peux aussi me concentrer sur les drapeaux présents sur les tuiles Incubation ou sur des cartes. Dernier axe avec la construction de la fourmilière.

Les étoiles
Crematogaster scutellaris
On ne démarre pas non plus à vide, comme dans Ark Nova on débute la partie avec huit cartes : deux cartes chambre de la reine et six cartes départ. On n’en gardera que quatre, à nous de faire les meilleurs choix. Quelle carte je garde pour construire rapidement mon moteur, pour la fin de la partie ? La constitution de sa main de départ est importante et préfigure notre partie.

Attention pas de cartes de la reine en cours de partie
Les cartes chambre de la reine sont surtout des pourvoyeurs de points de victoire, mais demandent beaucoup de préparation. On peut garder les deux ou aucune, rien n’est interdit, c’est une affaire de choix. Dans une de nos sessions, le gagnant n’en a joué aucune, ce qui prouve que c’est faisable.
Meranoplus Bicolor
Côté édition, on a beaucoup apprécié les illustrations et l’univers dépeint par les deux illustratrices, même s’il a un peu moins de charme que pour les petits rats. J’ai souvent entendu des joueurs reprocher ces jetons ronds manquant de présence et de thématique, pour ma part, j’y vois un côté pratique, là où des figurines de fourmis ne rendraient pas le jeu plus lisible. Idem pour les cubes de couleur, jaune pour la nourriture, vert pour les feuilles, c’est simple et pratique, par contre, il semble en manquer un peu, on est vite à court.
Il faut vraiment considérer les cartes comme un moteur de jeu et moins comme des points de victoire, à l’exception des cartes Reine mais elles dépendent des tags et donc des cartes que l’on va jouer et dans un jeu avec plus de 150 cartes, c’est un pari risqué. À mon avis, il vaut mieux se focaliser sur les jetons étoiles qui peuvent nous faire gagner plus de 20 points.

Tuile de départ asymétrique avec un pouvoir différent.
Fourmis est un titre solide, même si tout n’est pas parfait : un peu de paralysis analysis, les premières sessions peuvent être longues, on a l’impression de patauger, elle est dure la vie de la colonie. Mais les suivantes, on apprend à mieux gérer. Le jeu gagne à être rejoué pour découvrir les synergies. Après plusieurs parties, on comprend que le jeu est plus une course qu’un jeu de développement et dès le début, il faut planifier tout en s’adaptant aux opportunités. On intègre aussi plus facilement toute cette iconographie fourmillante abondante.

J’apprécie la sensation de créer un moteur de jeu, son interaction subtile, et aussi le thème, oui, même avec des jetons ronds et plats. En termes de rejouabilité, il offre aussi une grande asymétrie avec des plateaux différents et des ressources et bonus de départ différents. S’il fonctionne bien dans toutes les configurations, je préfère tout de même à trois ou quatre joueurs pour plus d’interaction. Fourmis est un gros coup de cœur pour moi et une belle réussite pour un premier jeu.
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Ihmotep il y a 19 jours
Gros coup de coeur pour ce jeu de mon épouse et moi. Il se bonifie de parties en parties. Dans un premier temps il peut être trompeur : il y a la gestion des fourmis qui demande une bonne planification et gagne en subtilité quand on maîtrise l’art d’incuber, puis les cartes qui sont plus opportunistes : trop de cartes pour élaborer une construction au long court, il vaut mieux s’adapter au fil de l’eau (les cartes sont moins impactantes que dans les Rats de Wistar). L’interaction est plus présente qu’il n’y parait de prime abord, au fil des parties n’ont regard décolle de notre plateau pour se focaliser sur ceux de nos adversaires et le plateau principale afin de prioritiser au mieux nos actions.
L’asymétrie est maitrisée et procure une belle rejouabilité. Et cerise sur le gateau, il tourne parfaitement à 2, 3 ou 4 joueurs.