Everdell Silverfrost : L’hiver s’installe doucement dans la vallée
Everdell de James A Wilson sorti en 2018 a rencontré le succès ainsi que ses nombreuses extensions (Pearlbrook, Mistwood, Newleaf, Bellfaire). Sans oublier une version enfants famille et une version Duo. Avec la gamme Edges of The Map, l’éditeur annonce de nouvelles directions à sa licence. Le logo de la rose des vents indique quatre points cardinaux, et quatre voies que le jeu va prendre. Ainsi dans Farshore on quittait la forêt pour la plage et les embruns iodés de la mer. Avec Silverfrost on pénètre dans des terres arides et glacées.
Le froid glacé de l’hiver
Amateurs d’Everdell et de ses itérations, vous ne serez pas perdu : même structure de tour et de manche avec les saisons, et les cinq types des cartes. Deux ouvriers pour débuter, et leur activité plutôt limitée au début, ce qui laisse la place pour se créer un moteur de jeu efficace le jeu avançant.
À l’instar de l’arbre d‘Everdell ou du Phare de Farshore, on retrouve aussi ici une structure en 3D : une montagne, que l’on devra monter et démonter à chaque partie (ou la laisser sur votre table de jeu ou votre étagère). Fort heureusement il existe aussi une version plate qui fait tout à fait le job.

La montagne en 3D est jolie, mais pas sur qu’elle résiste longtemps aux montages démontages. Je l’ai montée pour la photo, mais je me satisferais de la version plateau.
Sur cette montagne “des grosses créatures” qui vont nous aider moyennant paiement d’un feu, avec des effets très puissants, mais circonstanciels.
On débute avec deux mignons petits meeple, dont l’un est chaussé de raquettes, il sera notre garde forestier. Deux avantages : on peut aller sur un lieu déjà occupé par un autre joueur, ce qui évite le blocage à outrance, ou bien on gagne un feu si on explore une zone Le timing d’utilisation de ce personnage est intéressant et ouvre un nouvel espace de décision et de tempo.

Toutes les évolutions de Farshore sont reprises ici. Fini les chaînages où l’on attend une carte spécifique : dans Silverfrost, nous avons deux cheminées (contre trois ancres dans Farshore) qui vont nous permettre d’abriter une créature sur une carte construction, moyennant paiement d’un feu. La carte construction indique le type de créature que l’on peut héberger.
Finie aussi la course aux tuiles objectifs. Les joueurs ont des cartes objectifs de deux types : les plaines, plutôt faciles à réaliser, et les montagnes, plus complexes, présentes dans une rivière de cartes. Elles offrent une interaction intéressante (avoir le plus de ressources, ou de cartes que le voisin de gauche). On retrouve aussi cette interaction ciblée sur certaines cartes du jeu, comme le garde des feuilles, qui offre une carte au joueur de gauche, ou celui du feu qui donne un feu à ce même joueur de gauche.

Les cartes objectifs.
La neige est reine à son tour
Le froid ou plutôt la neige va jouer les trouble-fêtes. Au changement de saison, on va placer des jetons de neige sur les cartes de la vallée (celles disponibles à tous les joueurs), mais aussi sur nos cartes et sur certains endroits du plateau.
Vous l’avez compris, une carte enneigée n’est pas disponible et ne peut pas vous faire bénéficier de son effet. Pas de panique, nous avons une ressource de feu que l’on utilise pour déneiger. Les cartes jouent évidemment aussi avec cette mécanique. Par exemple, le déneigeur permet de défausser une carte pour enlever un jeton Neige, ou bien le forgeron permet de gagner des jetons Feu. Au terme de la partie, chaque jeton neige vaut un point et un supplément de 5 points pour le joueur majoritaire.

Perdus dans l’hiver …
Les illustrations de cet opus sont signées Lukas Siegmon. Elles sont d’un style légèrement plus mature que la gamme Everdell. Mais on reste dans un haut niveau de mignonitude avec les meeple animaux (Faucons, Panda Roux, Lièvres et Pingouins).
Je vais chipoter un peu, je trouve que ça manque d’une légère touche de modernité. En 2026, commencer avec zéro ressource, c’est consacrer nos premiers tours à aller en chercher et cela donne la sensation d’une première manche plate. On se disait qu’on ferait bien une petite variante maison en défaussant une ou deux cartes de notre main de départ contre une ou deux ressources pour avoir un boost de démarrage, comme le propose Wingspan, Wyrmspan, Finspan. Ou bien au lieu de piocher cinq cartes au début de la partie, on en choisit cinq, parmi une main de huit.
Cela éviterait la situation où un joueur ne peut pas jouer une seule carte avant le début d’une nouvelle saison, tandis que ses adversaires construisent un moteur efficace. Dans une de nos parties, cela a entraîné un effet gagnant-gagnant (ou surtout perdant perdant) plutôt dommageable.

Les sources chaudes, utiles pour récupérer des cartes et des jetons feux.
Selon James Wilson, l’un des auteurs , “Farshore a été conçu comme une expérience d’Everdell plus rationalisée, plus légère et plus aérée, destinée à servir d’introduction au monde d’Everdell. Avec Silverfrost, nous avons délibérément créé un jeu plus difficile et stratégique. Il y a beaucoup plus de choses à prendre en compte et à explorer que dans Farshore”.
Si je rejoins l’auteur sur le côté rationalisé de Farshore, je le trouvais surtout mieux conçu et plus tendu qu’Everdell. Mais il est vrai que Silverfrost est encore plus exigeant avec cette mécanique de neige et la gestion du feu. Laisser la neige s’accumuler sans rien faire risque de détruire votre moteur de jeu. Thématiquement cela fonctionne très bien.
Bien sûr, c’est plus intense, mais c’est une complexité gérable pour les fans de la série. On peut dire que cela ajoute simplement un peu plus de tension. Si je devais les classer par ordre de difficulté, je mettrais cet opus en premier et puis Farshore et enfin Everdell classique pour fermer la marche.
En conclusion, et au risque de me répéter par rapport à Farshore, si vous n’aimez pas du tout Everdell, je ne vois pas ce qui pourrait vous convaincre dans cet opus. En revanche si vous aimez Everdell ou Farshore vous devriez apprécier celui-ci, tant il suit les traces de ses grand frères, en étant plus tendu et technique, et un peu plus original. Je retourne à la montagne, le froid c’est un peu le prix de la liberté 🙂
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