Captain Wonder Cape : Dextérité et excréments

Bien au-delà des jeux pour enfant, les thématiques scatologiques ont toujours existé dans le milieu du jeu de société. Certains joueurs les évitent comme des objets honteux manquant de pudeur, d’autres au contraire les ramènent d’Essen comme des curiosités amusantes grâce à leur côté volontairement régressif. C’est dans un contexte où il ne pourra pas se présenter comme l’outsider excentrique d’un salon en présentiel que sort Captain Wonder Cape et sa thématique incroyable de super-héros des toilettes !

Contexte de pandémie mondiale qui finalement, en 2020 lors de sa sortie, pourrait presque jouer en sa faveur puisque l’argument phare du jeu est de jouer avec un rouleau de papier toilette, évoquant immédiatement la pseudo-pénurie que nous connaissons à chaque confinement.

C’est de l’esprit de deux auteurs italiens que naît le concept, Carlo Emanuele Lanzavecchia que l’on peut connaître pour Le Volcan aux Rubis ou encore Bermudes, ainsi que Walter Obert, qui avait déjà réalisé d’autres party games un peu volontairement idiots comme Aargh! Tect, HysteriCoach ou Kragmortha. Des créateurs de jeux « légers » donc, mais surtout avec un côté décalé, original ou avec du matériel hors du commun. Autant d’éléments qui font donc que l’on a bien envie de passer outre la thématique de Captain Wonder Cape pour voir ce qu’il a dans le ventre.

 

Le Cacapipitaine des WC !

Ce qui frappe en premier dans le jeu, c’est son côté jusqu’au-boutiste. Que ça soit les jeux de mots vaseux dans les règles, le pitch du super-héros des toilettes contre le grand vilain qui attaque à coup de déjections ou encore le fait que le rouleau de papier hygiénique représente la cape de notre vaillant Captain Wonder Cape, on baigne dans un univers loufoque à la fois fascinant et affligeant. C’est un concept idiot et marrant qui ne fait pas dans la demi-mesure parce que sinon ça ne serait plus idiot et marrant.

En résulte une mécanique et un thème parfaitement entremêlés qui sortent complètement du carcan habituel du jeu de société. Typique des jeux à concept fort, chaque idée du jeu semble évidente et ingénieuse, en particulier le fait d’utiliser un objet de tous les jours (oui je parle du PQ) pour le transformer en un jeu de dextérité. On essaye de tirer la plus longue bande de rouleau papier toilette sans qu’il ne se casse ou ne fasse tomber les crottes que nos adversaires ajouteront au fur et à mesure de votre tour.

 

Cacadence de jeu

Mais au-delà de son concept, c’est autour d’une table et avec plusieurs autres personnes que la crétinerie absolue du jeu se révèlera. Après les quelques instants de découverte de cette promesse que nous offre Captain Wonder Cape, on le rapprochera assez rapidement d’un de ses cousins proches : King Size. Les deux jeux se basent sur une thématique volontairement obscène pour attirer l’attention, ils se jouent en un tour de table, chacun et chacune essayant de mieux performer que les autres à son tour sans qu’il n’y ait vraiment d’interaction.

Une structure qui fait que l’on peut accueillir de nouvelles personnes à la table ou à l’inverse prendre congé en plein milieu de partie, le nombre de joueurs/euses n’ayant qu’assez peu d’importance. Rien n’a vraiment d’importance d’ailleurs, tout est très arbitraire à cause des jets de dés et on joue plus pour la bêtise de la situation plutôt que pour le jeu en lui-même. Malgré des parties courtes, on risque peu de les enchaîner tant les manches sont répétitives.

 

 

Pipimenter les soirées

Captain Wonder Cape semble donc être un parfait jeu à laisser dans un coin de table lors d’une soirée alcoolisée, chacun et chacune tentant son essai au moment qui lui semble opportun. C’est un jeu très matériel, dont le mécanisme, au sens littéral comme au figuré, est plus intéressant à présenter qu’à jouer. Pourtant, c’est précisément au niveau matériel que le jeu est le plus mal conçu.

En effet, Captain WC aurait pu être un petit jeu de dextérité amusant si les « crottes » en plastique n’étaient pas beaucoup trop lourdes pour rendre le jeu appréciable. La difficulté est tellement élevée que les tours des uns et des autres se terminent presque systématiquement toujours au même moment, ne nous laissant jamais le temps de savourer le plaisir de notre numéro d’équilibriste excrémentiel. Ainsi les déjections tombent à l’eau en même temps que le concept si prometteur du jeu.

 

 

Conclusion

Captain Wonder Cape aurait presque le potentiel d’un nanar : débilement provocateur, curieux et expérimental, il ne lui manque que l’intention. Car on sent là le jeu qui cherche à attirer cyniquement les esprits potaches avec son thème outrancier. Et c’est dommage puisque le potentiel du jeu est pourtant bien là ! Malheureusement le gameplay est idiot alors qu’il aurait probablement pu être plus réussi avec une édition plus soignée, en particulier au niveau matériel, point pourtant névralgique d’un jeu de dextérité. Captain Wonder Cape n’est pas vraiment un jeu qu’on garde pour y jouer mais plus comme un objet de collection. Pour montrer que ça existe. Avec toujours la petite déception que ça aurait pu quand même être le nouveau party game ultime de soirée.

 

   

1 Commentaire

  1. TheGoodTheBadAndTheMeeple 17/05/2021
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    prout …

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