Amanite : À la ceuillette aux champignons.

Les jeux c’est comme les champignons, tellement de titres sortent que l’on ne sait plus où donner de la tête. Et parfois on a le sentiment qu’un titre est là pour faire de la masse, et même son éditeur ou distributeur ne le défend pas plus que cela.

Spiral Éditions est un petit éditeur, dans ma bouche, ce n’est pas péjoratif, bien au contraire, en général ça signifie que c’est un éditeur qui soigne ses titres, car avec une sortie par an, on ne doit pas se louper. Et si j’excepte Boréal que j’ai trouvé assez décevant, les autres titres m’ont plutôt marqué, District Noir est un excellent jeu à deux, tandis que Présages fait encore le bonheur de ma famille, c’est même le seul que mes enfants emportent en vacances quand ils vont voir les cousins (avec Agent Avenue pour ma fille).

Amanite de Thanos Vassof avait remporté le prix de Boulogne. Avec son visuel un peu psychédélique, il m’avait tapé dans l’œil à Vichy, du Split you choose, une mécanique que j’adore, et de la déduction surtout sociale.

 

 

Amanite ne s’encombre pas d’un pitch, on a simplement 3 manches pour collecter des champignons. Certains rapportent des points positifs, d’autres négatifs et surtout attention aux champignons empoisonnés qui peuvent nous tuer (pas besoin de faire de décompte) s’ils sont plus nombreux que l’antidote.

 

Déduction, mais sociale

Amanite est un jeu de déduction sociale. On est loin d’un jeu de pure déduction comme Turing Machine ou À la recherche de la planète X, ce qui n’est pas une critique de ces titres. Si j’aime beaucoup les jeux de déduction, souvent l’exercice reste un peu trop solitaire pour moi, même si certains titres réussissent tout de même à en proposer, je pense notamment à Alchimistes avec les théories que l’on peut écrire et réfuter.

Mais, revenons à nos champignons, dans Amanite en début de partie, tous les joueurs piochent une carte indice pour chaque champignon sur son plateau, c’est à dire que l’on n’aura que trois indices. De plus, ces cartes sont mélangées avant d’en prendre connaissance. Je sais donc que mes champignons Vert, Rose et Blanc me rapportent 3, 2 et -1 point. Sauf que je ne sais pas lequels. Tout le monde a ce type d’informations, mais évidemment sur des champignons différents. 

 

Mes cartes indice.

 

Partager c’est sympa

Dans la phase suivante, on se place sur les tuiles forêts pour ramasser des champignons avec la mécanique du « Split you Choose » ou « je partage, tu choisis » en français. Chaque tuile comprend quatre champignons (première manche). Le second qui s’y place devra effectuer un partage en deux lots plus ou moins équitables. Suite à quoi le premier devra en choisir un, laissant l’autre à son adversaire. Cette mécanique est utilisée pour créer des gros dilemmes pour les deux joueurs. Qu’est-ce que je prends, mais aussi qu’est-ce que je laisse.

Une mécanique hautement interactive avec des sensations que j’aime beaucoup. Celui qui partage doit bien réfléchir à la composition du partage et s’il peut se permettre un partage moins égalitaire, et l’autre doit trancher. Une grosse partie de la déduction va s’accomplir ici en surveillant les partages effectués et surtout les prises. Tiens, étonnant, tu n’as pas pris le lot avec le champignon rose alors que tu as une info précise sur celui-ci. 

En effet, si lors de la première manche on y va tous un peu en aveugle, dès la fin de celle-ci, on va pouvoir s’informer précisément sur un type de champignon en plaçant notre tuile carnet. Désormais, je sais que les champignons roses valent -1 point. Les autres joueurs voient bien que j’ai placé mon carnet sur ce champignon et s’il ne connaissent pas l’information,ils peuvent en déduire que c’est soit un champignon négatif, soit carrément le poison, sinon je l’aurais sûrement pris.

 

Les tuiles forêts : sur la deuxiéme tuile, Marron a réalisé deux lots et ça sera à Orange de choisir un des deux.

 

Cependant, le poison peut être valorisé avec l’antidote : un couple antidote-poison rapporte 5 points, c’est loin d’être négligeable et ça peut brouiller les pistes.

Plus on avance dans le jeu, plus on accumule des informations fiables. On n’en aura jamais assez toutefois, car il n’y a que trois manches et on ne pourra placer son carnet que sur deux champignons.

La pose d’ouvrier ainsi que le partage sont sujet à déduction, en sachant que l’on n’a jamais trop d’informations, il restera toujours une prise de risques. Le jeton Cochon permet de gober pour se débarrasser d’un champignon, comme chacun le sait, les porcs ont l’estomac solide et peuvent manger n’importe quoi (ou presque). Quoi qu’il en soit, Alex vient de faire disparaître un champignon blanc, c’est tout de même suspect !

Après les trois manches, on passe au décompte, et c’est alors que surviennent les surprises et les éliminations potentielles. Désolé, Alex ne perd pas ton temps à compter tes points 🙂 

 

Quelques cartes de scoring.

 

Bilan mycologique 

Je vous ai présenté le jeu avec les cartes indice recommandées pour les premières parties, mais vous pouvez varier les plaisirs et ajouter des champignons un peu plus complexes à gérer. Après 7 parties je n’ai pas eu ce plaisir, parce que je le fais essentiellement découvrir à de nouveaux joueurs. Il y a des décomptes particuliers dans la plupart des cas. Par exemple, vous obtenez 8 points si vous avez deux champignons de ce type, mais 0 si vous en avez plus ou moins. Ou bien entre – 5 points et 3 points si vous en avez 1, 2 ou 3, mais, avec 4, vous avez fait une indigestion, paix à votre âme.

Pour donner vie à cet univers, l’éditeur est allé chercher Roxane Campoy, dont c’est le premier jeu illustré. Gageons qu’on la reverra dans un nouveau projet, car elle a un style original qui colle très bien à Amanite.

Amanite ne va pas plaire à tout le monde. Au début, on y va à l’aveugle, c’est ainsi d’ailleurs que l’on peut s’éliminer. Un joueur sans le savoir collecte des champignons vénéneux, et, bien qu’il ait eu entre-temps l’information, il n’arrive pas à trouver soit assez d’antidote, soit de jetons cochons. On peut aussi être avantagé par nos informations de départ. On n’est pas toujours égaux dans le tirage, on peut considérer cela comme un problème du jeu, je considère que ça fait partie de la proposition. Comment compense t-on ? En essayant de déduire en fonction des actions des autres joueurs. Le bluff reste toutefois assez léger.

 

 

J’ai adoré Amanite, même si certains aspects peuvent sembler favoriser les joueurs, comme la prise de risque, qui peut s’avérer fatale, ou la chance, qui peut intervenir. C’est précisément pour cette raison que je l’aime : il se situe davantage dans la catégorie des jeux d’ambiance et de prise de risque que dans celle des jeux de déduction pure. Attention peut-être à éviter l’indigestion. Amanite c’est comme l’omelette aux champignons, c’est bon ; à jouer de temps en temps. 

 

***

Depuis sa création en juin 2014, Ludovox a à cœur la pertinence et l’intégrité des contenus proposés par une rédaction indépendante et l’établissement d’une charte que vous pouvez retrouver ici. Cet article a été écrit avec une copie presse du jeu. Si vous aimez notre travail, n’oubliez pas de nous soutenir sur Tipeee

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2 Commentaires

  1. morlockbob il y a 1 jour
    Répondre

    Encore un titre qui aurait mérité un peu plus de lumière, mais s’imposer pour une masse de gens qui ne jurent que pas Flip 7, est de plus en plus difficile.

    • ocelau il y a 23 heures
      Répondre

      Un de ses soucis que j’ai souvent constaté, vu que je l’aime beaucoup et je le propose facilement, c’est que beaucoup assimilent son visuel à un jeu enfant. Ce qui n’est pas le cas (même si à porter de tous , en terme de réflexion on est limite dans l’initié). Mais sinon oui encore un jeu qui a eu un petit buzz (merci d’ailleurs Atom pour ta recommandation à Vichy 🙂 ) mais malheureusement vite oublié.

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