Junta chez Matagot, le voilà !

Junta chez Matagot, c’est pour avril !

Pour ceux qui connaissent, il s’agit d’une édition basée sur la version allemande de Pegasus et américaine de AEG, et rien n’a changé sauf quelques dessins.
Pour ceux qui ne connaissent pas Junta, il s’agit d’un jeu culte s’il en est, qui a connu une longue vie éditoriale, puisque la première version du jeu date de 79, un jeu culte devenu plus ou moins introuvable d’ailleurs.
Junta, c’est le jeu d’un autre temps, celui où les parties ultra calibrées n’existaient pas, et où selon vos participants, une session pouvait durer 4h. Autant dire que la vieille garde ludique saute de joie à l’idée de sa ré-édition. 

cartes édition AEG

cartes édition AEG

 

Mais Junta, c’est avant tout un jeu à ne pas mettre entre toutes les mains. Clairement. La légende raconte que des couples ont divorcé après des parties de Junta. Sur une échelle de fourberie allant de 1 à 10, Junta vaut au moins 11. Junta, c’est classiquement, ce que le journaliste ludique qualifie avec sa terminologie classieuse et pointue de « jeu d’enfoirés ».

Enfin, Junta, c’est un thème décapant qui mêle politique bananière, mafia, garçonnières, président élu à vie, et comptes en Suisse avec un plaisir absolument non coupable. 

aeg

Et Junta, le revoilà. En pleine forme. 

Le contexte ? Vous vivez heureux en pleine république bananière, lieu merveilleux où un accident est vite arrivé et où les touristes du monde entier viennent se trémousser sur de la musique boom boom, non loin des favelas. La population locale, parlons-en, miséreuse et illettrée, elle fait régulièrement sauter le gouvernement à grands coups de révolutions.
Le gouvernement ? Les petites marionnettes financées par une superpuissance dont on-ne-peut-pas-prononcer-le-nom, devriez-vous dire. Toute ressemblance avec des lieux ou des personnes existants ou ayant existé n’est bien sûr ici que pur concomitance pamphlétaire. 

Un joueur incarne le président élu à vie qui essayera de ne pas se faire éjecter de son trône. Les autres jouent ses 6 ministres. C’est pourquoi il est intéressant de jouer à Junta à 7 joueurs (encore un élément peu commun). Pour gagner, il faudra être le politique vérolé qui aura mis le plus d’argent au chaud en Suisse. Si vous vous faites assassiner, vous serez immobilisé temporairement mais surtout, vous perdrez tout votre argent.  

Un tour symbolise une année, et se divise en plusieurs phases. D’abord les joueurs tirent des cartes et élisent le président (ce dernier conserva son siège jusqu’à ce qu’il soit assassiné, renversé, à moins qu’il ne démissionne). C’est le président qui distribue les postes à responsabilité : le ministère de l’intérieur (ce ministre pourra tenter gratuitement un assassinat chaque tour), les 3 généraux de brigade (ils contrôlent leur brigades respectives), les forces aériennes (capable de déclencher un bombardement), l’amiral (qui contrôle les Marines). Que du beau monde prêt à en découdre et armé jusqu’aux dents !

aeg 2

On vote ensuite le budget. Le président va tirer des billets secrètement, et cela pourra aller aléatoirement de 8 à 24 millions par tour, sans que les autres ne soient au courant de la somme précise. Il peut annoncer son budget total, rien n’oblige ses ministres à le croire sur parole. Quoi qu’il en soit, il va ensuite annoncer ce qu’il va allouer à chacun, mais là, encore, les billets étant imprimés que d’un côté, personne ne peut savoir s’il bluff. On vote ensuite le budget. S’il est refusé, le président garde tout pour lui. Le ministre de l’intérieur peut alors tenter un passage en force.

Après le budget, chacun va choisir un lieu sur lequel il a envie de se rendre (chaque lieu à son action : résidence, garçonnière, night club, banque, quartier général). Puis les joueurs pourront tenter des assassinats, en annonçant une victime et un lieu, et en se défaussant d’une carte assassin. L’assassinat ne pourra réussir que si la cible se trouve sur le lieu annoncé. Aller à la banque est un lieu important pour gagner puisque cela permet de déposer son argent en sécurité. 

Junta_card aegJe m’insurge. 

On peut tenter le coup d’état, véritable « jeu dans le jeu » qui se joue en 6 phases.

En effet, dans certains cas (il faut une excuse quand même), un joueur peut s’insurger et lancer un coup d’état qui permettra peut-être de destituer le président. Chacun va devoir choisir son camp, insurgé ou loyaliste, et les retournements de veste sont monnaie courante, jusqu’au dernier moment. Ça négociera sec. Puis, si les insurgés l’emportent, ils pourront élire entre eux un nouveau président. Et là, c’est une nouvelle ère qui débute.
Rien n’empêche bien sûr le nouveau président d’envoyer un ancien camarade au peloton d’exécution. Voyez le genre. 

Bref, revoilà Junta, un jeu qui, pas loin de 40 ans après sa première édition, reste une conception originale, tranchée, crue. Tout se joue à la discussion, à la persuasion, à la truanderie.

Devenez politicien à Junta, laissez vos scrupules au vestiaire, et faites ce qu’il faut pour conserver vos avantages le plus longtemps possible. La vie, la vraie.
  

Junta

Un jeu de Ben Grossman, Eric Goldberg, Vincent Tsao
Edité par Matagot
Distribué par Blackrock Editions
Langue et traductions : Français
Date de sortie : 04-2016
De 2 à 7 joueurs
A partir de 16 ans
Durée moyenne d’une partie : 120 minutes

3 Commentaires

  1. Photo du profil de ReiXou
    ReiXou 16/03/2016
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    J’y ai beaucoup joué (avec délectation) pendant les glorieuses (?) 80s (Descartes, boite orange).

    En revanche j’ai vraiment des doutes quant à sa pertinence en 2016 sans remaniement profond de la mécanique. Junta instaure une ambiance unique de trahison et de coups dans le dos mais les phases de résolution de coups (un jeu dans le jeu) hachent vraiment trop le jeu. A voir si la madeleine n’aurait pas un petit gout amer de nos jours.

  2. stephane gaudry 16/03/2016
    Répondre

    Perso, je prends un plaisir infini chaque fois que je peux faire une partie, sur une boite achetée en import aux US… le plus difficile etant de trouver 7 joueurs, prets à y passer une grosse partie de la nuit (4h me semble optimiste, 120 minutes carrément irréaliste), et à jouer avec des cartes en anglais. Au moins ce dernier point de blocage va sauter avec cette nouvelle edition !

    une idée du prix annoncé?

  3. Photo du profil de 6gale
    6gale 16/03/2016
    Répondre

    Ce jeu (version Descartes) me rappelle ma jeunesse, avec Rencontres cosmiques toujours chez Descartes, snif…

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