L’été indien : Waka tanka

Waka Tanka c’est quoi ?

Waka tanka est un jeu de cartes de Bruno Faidutti sur le thème des indiens d’Amérique. On a des Shamans qui sautillent autour d’un totem pour honorer une divinité animale et apporter sur leur tribu joie et prospérité. Rien à voir avec Sha-man et sa tribu de bras cassés [NDLR : tribu dont l’auteur de ces lignes fait partie].

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Fais gaffe, je te regarde.

C’est un jeu d’ambiance reposant sur le bluff et l’interaction entre les joueurs, quand je dis interaction entendez « petites crasses entre amis ».

La touche graphique de David Cochard tombe juste. Le dessin est attrayant et les poses des personnages rigolotes. C’est un jeu qui entraînera facilement les enfants à partir de 7 ans, surtout si des adultes sont aussi à la table. Si vos enfants ont adoré vous faire douter de votre Alzheimer naissant avec le Bois des Couadsous de Blaise Müller, ils vont adorer démasquer vos coups de bluff dans Waka Tanka.

Les adultes y trouveront également leur compte dans ce jeu simple mais un peu retors si on essaye de deviner les actions des autres joueurs. Se dire que c’est uniquement chaotique est rassurant mais il y a malheureusement un peu plus à y trouver.

C’est à moi ?

La mise en place est très rapide. On monte le totem en carton et on dispose autour les six jetons animaux : loup, hibou, ours, bison, puma et aigle. Enfin on place sur un des jetons le meeple indien.

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Ça se remplit gentiment.

Selon le nombre de joueurs, on retire des cartes dans chaque famille animale et on distribue les cartes restantes aux joueurs. On démarre tous avec le même nombre de cartes, à une carte près.

Quand vient mon tour j’ai trois possibilités :

La première, on s’en doute, sera tout simplement de poser une carte. D’ailleurs, pour rester dans la simplicité, le premier à ne plus avoir de carte en main gagne la partie. Ces cartes posées symbolisent des danses pour honorer les divinités animales. Pour poser il faudra d’abord déplacer le meeple indien sur un jeton animal adjacent et poser une carte correspondant au jeton sur lequel il se trouve. Bon, comme on pose la carte face cachée on peut le faire ou pas. C’est là que commence le bluff.

Je peux au lieu de ça, suspecter le joueur précédent d’avoir bluffé, justement, et le dénoncer. On regarde la carte qu’il vient de poser et s’il a en effet bluffé il prend toutes les cartes de la pile en face du jeton animal et je gagne un jeton « Sorcier ». On récompense les balances, c’est pas beau mais c’est comme ça ! Si je me suis trompé c’est bien évidemment moi qui récupère les cartes. Pas de jeton « Sorcier » dans ce cas.

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Moi, je dis qu’il bluffe.

 

Jusque là rien de transcendant, c’est juste un jeu de défausse très proche du Menteur. C’est qu’il reste une dernière action possible et elle donne tout son sel au jeu et assure le thème. Je peux tenter d’invoquer une divinité animale. On découvre les cartes en face du jeton de l’animal que j’ai choisi et s’il y a au moins deux cartes correctes c’est réussi et je gagne un jeton « Sorcier ». Un peu plus prestigieux que balancer les copains.

Et on fait quoi avec les jetons « Sorcier » ? Bonne question ! Le premier joueur à obtenir son quatrième jeton remporte la partie. Voilà pour les règles.

 

Moi, je bluffe ? Moi, je bluffe ?

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La lumière mystique venue d’en haut n’est pas fournie dans la boîte.

Pour mes premières parties j’ai proposé ce jeu à des enfants. Je me disais que c’était un jeu un peu facile et évidemment, j’ai vite déchanté.

Les enfants n’ont aucune pitié envers les adultes, au contraire même. Quand deux adultes se font des politesses, surtout si l’un doit ramener l’autre en voiture, les enfants, eux, n’ont pas le même recul sur les conséquences de leurs actes. En voyant ces petits diables courir partout en gesticulant on les imagine mal en experts en body language. Ou alors c’est moi qui suis nul. En tout cas, je me suis fait démasquer 9 fois sur 10 quand je pensais être le roi du bluff.

Le bluff devient vite un instinct de survie. Et on est plutôt encouragé à bluffer. Parmi les cartes il y a celles qui correspondent à des animaux totémiques et d’autres qui représentent une petite souris. On va être obligé de faire passer des souris pour des animaux totémiques et donc bluffer malgré nous. Une fois qu’on y prend goût, on est prêt à tout pour vider notre main de cartes.

Ces moments de poses moisies sont parfois l’occasion de franche rigolade. On sait que le joueur précédent bluffe, ou en tout cas on en est convaincu, mais pouvoir poser sur le jeton adjacent nous arrange plus qu’une dénonciation hasardeuse.

Il se pose rapidement le problème de la dernière carte. On évite de bluffer sur celle-ci car rien n’empêche le joueur suivant de dire qu’on bluff et se manger une pile de cartes à ce moment de la partie c’est un peu idiot. Bref, on commence à réfléchir un peu.

Au début, c’est la course à celui qui videra le plus vite sa main en faisant un peu gaffe à sa dernière carte. Cet objectif est le plus simple à comprendre. Mais des plus malins vous dénoncent au bon moment et accumulent des jetons « Sorcier ». Du coup on regarde d’un autre oeil ce second objectif.

On peut se demander s’il n’est pas plus facile et plus rigolo de gagner des jetons en dénonçant les autres. Alors oui, c’est rigolo mais pas plus facile.

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Une fois ces deux voies de victoire explorée on commence à un peu plus sérieusement réfléchir. C’est bien après 4 ou 5 parties que j’ai compris que ce jeu n’était pas si simple que ça. La petite tension entre « Je vide ma main à toute vitesse » et « J’accumule des jetons » couplée avec celle du « Je bluff comme un porc » et « J’invoque en faisant confiance aux autres » rend le jeu intéressant.

On doit donc assez souvent se demander ce qui est le plus intéressant pour nous, le plus embêtant pour les autres. Si on continue dans la collecte de jetons « sorciers » ou si on vide un peu sa main. Si on laisse passer un bluff manifeste pour pouvoir à notre tour poser.

 

Et le calumet de la paix dans ta face ?

J’ai donc ensuite joué avec toute sorte de public et ça marche assez bien. On va pas se mentir, c’est un petit jeu de bluff, chaque partie ne raconte pas une histoire épique dont les joueurs garderont un souvenir impérissable. Par contre, on en apprend beaucoup sur ceux autour de la table. Attention, on en dévoile aussi pas mal.

Comme beaucoup de jeux à l’aspect enfantin, il cache quelques subtilités. Je le trouve parfaitement calibré pour jouer avec des enfants à partir de 7 ans mais il a véritablement un intérêt pour toutes sortes de joueurs.

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Les américains vénèrent bien Mickey.

C’est toujours marrant de voir ceux qu’on pensait timides mentir avec aplomb, ou les enfants prendre leurs parents en flagrant délit de mensonge. Et en rire. Les grands-parents ne pas être aussi largués qu’on le pensait. Et en rire aussi. Et puis les excessifs, incapables de ne pas tout calculer, se faire avoir. Les gentils rougir dès qu’il s’agit de bluffer. Les optimistes faire reposer leur stratégie sur l’honnêteté des autres. C’est bien ceux vers qui va le plus volontiers ma tendresse.

Pour peu qu’on cherche à se divertir et à rigoler, c’est un excellent jeu d’ambiance, de déduction (quand ça marche) et de coups pourris (quand ça rate). Il a aussi l’avantage d’être proposé dans un petit format, pas cher et facile à mettre en place. Idéal pour les vacances cet été.

Waka tanka

Un jeu de Bruno Faidutti
Illustré par David Cochard
Edité par Cool Mini Or Not, Sweet November
Pays d’origine : France
Langue et traductions : Anglais, Français
Date de sortie : 02-2016
De 3 à 6 joueurs
A partir de 8 ans
Durée moyenne d’une partie : 25 minutes

3 Commentaires

  1. Photo du profil de TheGoodTheBadAndTheMeeple
    TheGoodTheBadAndTheMeeple 28/07/2016
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    « Les optimistes faire reposer leur stratégie sur l’honnêteté des autres. C’est bien ceux vers qui va le plus volontiers ma tendresse. »

    C’est beau d’etre optimiste et un peu naif ! 😀

    • Photo du profil de Djinn42
      Djinn42 28/07/2016
      Répondre

      Ils deviennent généralement les gros pourris de la partie d’après. L’école de la vie.

  2. Photo du profil de Grovast
    Grovast 28/07/2016
    Répondre

    Just Played du matin lu avec avidité et qui précise parfaitement mon image mentale de ce jeu (jusque là assez vague). [Pouce levé]

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