Le cri de Rose-Marie : cantatrice et diplomate sont dans un bateau…

Le Cri de Rose-Marie, c’est une de nos mignardises narratives : à la rédac, on est nombreux à aimer l’histoire dans le jeu. On aime se faire transporter, voire balader dans des univers plus grands que nous. Donc. Cinquante pour cent enquête, cinquante pour cent livre-jeu, on se croirait presque dans un Sherlock Holmes Détective Conseil solo. Mais je vais vite en besogne, mes bons lecteurs : je ne vous ai encore rien expliqué !
 

L’objet

Il s’agit doncques d’un livre au format comics, tout illustré en couleurs. Dedans, on trouvera des dossiers de police : celui de tous les suspects d’une affaire. Oui, il y a bel et bien eu un mort : Charles Buisson, diplomate français, retrouvé inanimé dans un opéra juste avant la première guerre mondiale.
Dans cet opéra, la cantatrice Rose-Marie, égérie du petit monde parisien, et sa troupe. Et une série de questions : la mort de Buisson est-elle accidentelle ? Y a-t-il un lien avec la diplomatie ? Tout un tas d’interrogations qu’on va d’ores et déjà connaître, et auxquelles on s’accrochera pour trouver un fil rouge dans les interrogatoires.
Le projet est un tant soi peu ambitieux : il n’y aura pas de réponse donnée à la fin de l’ouvrage ! Pas d’enveloppe qui vient écourter les tergiversations internes du joueur : l’éditeur, « Petit Joueur », s’est donné pour conduite de développer la communauté en essayant de créer un engagement fort autour de Rose-Marie. Il espère fédérer une fanbase qui discutera et spéculera sur l’intrigue.
Ces dossiers que nous étudions sont annotés au stylo rouge par l’un des collègues policiers du joueur. Rédigées avec un mélange de perspicacité et de confusion, ces notes n’inspirent pas toujours confiance. Faisant tour à tour sourire ou réfléchir, ces petits mots peuvent aussi vous perdre un peu. En revanche, et c’est indéniable, ils aident à étoffer l’ambiance dont regorge le livre-jeu.
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Liste des protagonistes et suspects.

 

Composition

Il n’y a pas que du texte dans le Cri de Rose-Marie. Il y a aussi des illustrations au style affirmé, qui permettent de diffuser une ambiance tout à fait d’époque. Il y sera également question d’indices dont je ne vous révélerai pas la nature, en tout cas, certains sont plus évidents que d’autres. D’autre part, le texte est habillé pour faire début XXe, avec force sceaux, intitulés imprimés et polices old school. Bref, le livre veut que vous soyez dans l’ambiance, et c’est fort louable. Je regrette seulement que le dossier ne soit pas plus dérangé : en effet, toutes les illustrations (les photos) sont en fin de volume et, à la lecture, on va avoir une structure très prévisible, très répétitives. On ne se sent pas flotter dans l’aventure, mais plutôt face à un travail un peu répétitif. 

 
 

Le plaisir du lecteur

L’écriture se veut un brin désuète histoire de bien vous plonger dans l’ambiance, encore une fois. On dirait même que c’est là le maître mot ! Et chacun des interrogés a bien son style. Mais avoir sept fois le même témoignage, eh ben… c’est quelque peu lassant. On est certes obligés de recouper les événements, mais, au final, il n’y a pas tellement « d’aventure » dans le Cri de Rose-Marie : le huis clos est posé dès le début, et ça ne va guère changer au cours de la lecture. Du coup, à la cinquième version des mêmes événements, même si on a eu à chaque fois une petite lumière particulière sur ce qui s’est passé, on a envie d’avancer sur la suite. De découvrir. En somme, le plaisir de narration n’est que peu satisfait : on a cette scène qui tourne en boucle, et guère plus. Les brins qui dépassent sont vraiment coupés court. Frustrant !
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Les quelques artworks qu’on peut trouver dans l’ouvrage sont ma foi très engageants !

 

Le plaisir du joueur

Le plaisir du joueur, en revanche, est mieux géré : les fils d’intrigue qui se recoupent – ou non – vont vous laisser l’impression d’avoir à être creusés. Et ensuite, on a bien du mal à savoir qui ment, qui dit la vérité. On est obligés de détricoter les choses en faisant confiance à un personnage. Untel dit que unetelle connait bien un sujet ? On fera plutôt confiance à unetelle qu’aux autres. Il n’y a pas souvent ce côté émotionnel, empathique, humain que l’on pouvait retrouver dans les interrogatoires d’un L.A. Noire ou d’un Her Story, par exemple. Mais d’un autre côté, les personnages, quoique caricaturaux, ont des failles, des côtés très attachants.

 
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Le système fermé de huis clos permet d’avoir ce contrôle sur les événements : on sait pertinemment que l’on n’aura que peu à chercher à spéculer en dehors de ce qui nous est donné ; mais… Les pistes sont bien minces, et même en étant attentif, il faudra revenir plusieurs fois au texte, prendre des notes, dresser des tableaux. Bref, il y a fort à faire si vous voulez résoudre le mystère, mais pour peu que vous vous accrochiez un peu, vous risquez aussi de voir les défauts du texte d’un peu plus près ; les quelques sautes de registre vous apparaîtront alors, les ficelles un peu artificielles seront là, plus évidentes.

MAIS. Au-delà de cet aspect ludico-cosmétique parfois un peu branlant, il y a de bonnes idées. L’ambition est agréable, fraîche, et si la réalisation me semble pécher un peu, l’objet est intrigant. Il sait donner envie, et j’espère que les fans échangeront assez pour le faire vivre.

 

 

 

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