L’anti-liste de Noël !

WARNING

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(Enfin, si, mais sur un ton un peu caustique. Pour être honnête,

ils sont tous dans mon top 10 de l’année. Ça reste entre nous, hein ?) 

 

La vie secrète des éditeurs.

La vie secrète des éditeurs.

– Bien joué !

– Non, toi, bien joué !

Un peu partout, en ces temps irraisonnés où les ménagères passionnées, leurs maris indifférents et leurs enfants trop gâtés ne pensent qu’à Noël approchant, les blogs et les sites marchands sont les premiers à ouvrir la boîte de Pandore qui fera s’animer le compte en banque du comité d’entreprise ou les portefeuilles encore mal remis des vacances d’été.

Noël est un moment merveilleux pour tous les commerçants et pour ceux qui les approvisionnent. On voit fleurir des listes ici et là, et nos yeux se perdent dans l’immensité des vitrines recouvertes de coton blanc et des dédales de boîtes colorées. Les auteurs et les éditeurs peuvent se rassurer… Il y aura au moins un site ou un autre qui viendra leur caresser la paume de main dans le sens de la ligne qui mène à la fortune. Certains ont même le talent diplomate de saluer les efforts de chacune des marques en présence, se forçant parfois un peu à souligner que tous les éditeurs font un travail merveilleux et que les auteurs sont tous géniaux. Distribution de bisous à la récré !

Les bisous c'est doux mais ça colle un peu

Les bisous c’est doux mais ça colle un peu

 

Alors, pris de vertige devant la résonance incroyable de ces listes de Noël où chacun prend soin de montrer à quel point il a bon goût en matière de jeux de société, je me suis dit que je ne pouvais pas être en reste. Il me fallait moi aussi montrer que j’existais dans ce microcosme essentiel à mon existence, que j’étais de la partie, le cœur léger, l’âme pleine d’amour pour mon prochain et la main tendue vers ceux qui en ont besoin à ce moment précis de l’année.

Pour sortir un peu du lot, il me fallait cependant proposer quelque chose d’unique. Mais comment faire ? Difficile de battre ceux qui m’ont précédé. Plus influents, plus au fait, les deux pieds dedans en fait.

Je bénéficie cependant d’un atout unique. Je vis à 2 millions de kilomètres du reste du monde ludique francophone. Quelle tristesse mais aussi quelle aubaine ! Tout ceci est bien beau et joliment formulé, penserez-vous peut-être avec gentillesse, mais où veut-il donc en venir ?

Eh bien… nulle part. Oui, vivant dans le no man’s land du ludique francophone au quotidien, je ne représente rien. A peine un profil sur Youtube ou une plume faite de touches en plastique se cachant derrière son pseudo sur quelques sites. Il m’est arrivé d’avoir été photographié, pris sur le fait mangeant des sushi en compagnie de camarades dans la partie, ou aux côtés d’un auteur très réputé dans un café de Kyoto, mais il ne s’agissait là que de quelques interruptions amicales dans mon quotidien d’anonyme. Des traces fugitives et Warholiennes de mon existence.

Quel pessimisme !

Quel pessimisme !

 

Respirons un instant et concentrons-nous. Je n’ai toujours pas trouvé l’idée qui allait me propulser dans l’arène des faiseurs de listes. Peut-être que si je prends le mot liste et qu’à partir de là, je laisse ma pensée s’égarer et digresser, trouverai-je quelque chose de nouveau à proposer.

 

Pensum

- Il confond toujours "pensum" et... "opossum" - Il est au Japon depuis trop longtemps.

– Il confond toujours « pensum » et… « opossum »
– Il est au Japon depuis trop longtemps.

 

Liste. Liste de Noël. Meilleurs jeux. À 2. Familiaux. Party games… Non, ça ne me mène pas bien loin. Bon. Mes yeux se noient désormais dans la clarté hospitalière de mon écran. Un Mitsubishi. C’est très bien Mitsubishi. Un peu trop lumineux. Juste un peu trop. Mes doigts tapotent nerveusement les touches du clavier. Un Logicool, le clavier. Très agréable au toucher. Avec des cliquetis qui donnent envie d’écrire plus longuement, plus rapidement, initiateur d’idées, presque.

Ah, j’ai trouvé ! Eurêka, dirait le docteur Fraga ! La solution était si simple et pourtant si malvenue : une anti-liste.

Shaman, après que Shanouillette lui a expliqué mon idée d'anti-liste.

Sha-man, après que Shanouillette lui a expliqué mon idée d’anti-liste.

 

Ça nous changera. Et puis, liste ou anti-liste, il y aura toujours des gens pour s’auto-congratuler et festoyer en se sentant unique. C’est de ça dont j’ai envie, finalement, que les gens que je choisis se sentent uniques. Pas un numéro dans une liste parmi des listes qui n’en finissent pas.

Au final, ça sera certainement la même chose. Tout aussi bienvenu par les uns et ignorés par les autres. Les listes sont magiques en cela qu’il suffit d’y être présent une fois pour impressionner les gens. Je pourrais faire une liste, enfin une anti-liste, dans laquelle tous les éditeurs sont présents. Ce serait pas mal, ça. Mais est-ce seulement possible. Ou alors, je m’arrête aux éditeurs influents. Ah, mais j’aime bien aussi les studios et éditeurs plus petits, qui s’arrachent pour créer des choses nouvelles, faire renaître des jeux du passé avec la conviction que le bon moment, c’est maintenant, ou s’interroger sur les mélanges possibles entre les belles lettres et les mécaniques ludiques.

Être original, c’est beaucoup plus dur que je ne le pensais. Tant pis, je tente le coup.

 

Catégorie famille !

Dans la catégorie des jeux familiaux, ça va être assez simple… Vous avez toujours eu envie de vous battre autour de trois ou quatre champignons ? A la recherche de pierres précieuses fabriquées en Chine ? Multicolores, les pierres précieuses !

Facile ! Je ne saurais trop vous conseiller Crossing. Alors, Crossing, ça veut dire… tiens, qu’est-ce que ça veut dire au fait Crossing ? Traversée ! Traversée ? Traversée de quoi ?

Ah, suis-je bête, non, c’est croisement !

Alors, c’est très simple. Vous incarnez un personnage, que la nature a ravi à la beauté elle-même ou au contraire, un gnome au nez crochu assez vilain, ou encore un jeune adolescent rêveur qui aime flotter dans les airs le sourire juvénile collé à sa figure.

Une fois que vous êtes entré dans votre rôle, aussi ingrat ou merveilleux soit-il, rien de plus facile. Vous allez faire les 400 coups, version Nouvelle Vague 2015, pour essayer de récupérer un maximum de pierres précieuses et si possible, les récolter de manière à constituer des séries tricolores. Parce que la France, monsieur, la France !

Non, parce qu’en réalité, en plus d’être un héros aux ambitions assez viles, vous êtes atteint d’un toc. Vous ne supportez pas d’avoir des séries de trois pierres précieuses inachevées. C’est comme ça, c’est dans la nature des individus qui peuplent le monde dans lequel vous vivez.

Le plus drôle, c’est bien sûr d’aller chatouiller le toc de vos voisins ! Imaginez une seule seconde que vous pourriez ruiner leurs plans sur l’astre chevelu (ὀ κομήτης) et là, le plaisir est d’autant plus important.

Recette de Noël : remplacez les pierres précieuses de votre jeu par des bonbons de même couleur. Je déconseille vivement de les remplacer par des somnifères, même si je sais que les Français sont particulièrement créatifs en matière de création médicamenteuse. C’est la nuit de Noël et vous souhaitez rester frais pour participer aux autres jeux que nous vous conseillons pour cette soirée inoubliable. 

S’il y a un 13 à table parmi vous, et que respectant cette dénomination ignoble mais drolatique, vous souhaitez lui faire comprendre, la solution est toute trouvée. Avec vos frères et sœurs, liguez-vous juste avant la partie et décidez d’aller chacun votre tour prendre ses pierres précieuses, sur son champignon. Il essaiera probablement de faire attention au bout d’un moment mais, conscient d’être ce numéro de tablée malheureux, il ne vous fera aucune remontrance. Croyez-moi !

Faites-le évidemment avec le sourire et sans jamais donner l’impression que vous avez planifié ces attaques constantes mais malgré tout subtiles. Le foie gras aura bien meilleur goût après ce passage à tabac ludique dans une ambiance bon enfant ! Je peux vous garantir qu’après cette soirée réussie, vous aurez presque envie d’inviter n. 13 à tous vos repas de famille. 

 

Catégorie jeu unique !

Dans la catégorie des jeux uniques qui nécessitent du temps et des amis autour de la table, et à ne pas jouer après les deux bouteilles de château Margot, T.I.M.E. (prononcez Té I Aime Euh) Stories. Pour celui-là, je vous conseille de laisser votre convive à deux chiffres continuer à jouer seul à Crossing, essayant de comprendre pourquoi il a fini avec des scores entre 5 et 10 pendant les trois parties que vous avez faites.

Commencez, donc, par le premier scénario, et laissez le second pour une soirée thématique à base de… Ah, je ne peux rien dire !

Dans le premier scénario, vous verrez, c’est assez simple, il suffit en fait de partir avec quelques moments cruciaux de l’histoire pour le réussir en une fois. Je vais vous donner les clés essentielles pour gagner rapidement. Une fois que votre supérieur assez peu sympa à votre arrivée dans la base vous a tanné avec la marche à suivre, vous allez arriver dans un… euh non, rien en fait… un ami tireur d’élite placé sur un toit près de chez moi m’indique que les gentils développeurs de chez Space Cowboys ont envoyé un groupe d’effaceurs anti-spoilers. Je sens déjà s’allonger sur le mur derrière moi une ombre menaçante… Des bruits de pas feutrés et le bruit velouté d’un pistolet glissant d’un holster.

Après quelques ronds de fumée et d’arabesques à base de selfies, les développeurs ont compris que j’agissais sous la contrainte du buzz. Je leur ai assuré que je ne déflorerais pas le contenu des scénarios. Je vais donc faire autrement. Vous parlez de ses plus grandes qualités.

Le plus grand avantage de T.I.M.E Stories, en plus d’offrir des illustrations en plusieurs parties (scotch conseillé à tout amateur d’art), c’est qu’il n’a aucune rejouabilité ! Du coup, si vous n’aimez pas, ça ne durera pas trop longtemps. Ou alors, si avez la malchance de tomber sur un groupe de joueurs détestables lorsque vous y jouez pour la première fois, sachez que vous n’aurez à souffrir que quelques heures, le temps de finir le scénario. Après, par contre, si vous êtes assez maladroit pour apporter plusieurs scénarios avec vous ce jour-là… je ne peux plus rien faire pour vous, sinon vous dire : « ça vous apprendra à être dans le Cult of the New », comme dirait le roi de la vaisselle outre-Atlantique.

L’autre point positif concerne la beauté de son écrin. Un morceau d’enjoliveur à demi-coupé avec un reflet de lumière… oui, même en Californie, ils n’ont pas osé. 

Les Space Cowboys m'ont expliqué qu'ils avaient hésité. Finalement, ils ont pris une marque allemande.

Les Space Cowboys m’ont expliqué qu’ils avaient hésité. Finalement, ils ont pris une marque allemande.

 

Ils auraient quand même pu faire appel à un photographe qui maîtrise la lumière. Trois rayons de lumière et le pauvre avait un peu de mal à prendre une photo. Vous pourrez toujours dire que vous avez été saisi par le charme de la pomme californienne en voyant pour la première fois cette boîte au blanc si propre qu’il pique les yeux de ceux qui les ont bleus. Bref, T.I.M.E. Stories, avec 4 points entre 4 lettres, c’est bien. Et puis, pour reprendre l’analogie la plus absurde de l’histoire du jeu de société, comparaison imbattable quand elle sort de la bouche d’un passionné, une boîte coûte moins cher qu’un ciné à quatre ! 

 

Catégorie enfants !

Catégorie enfants ! Vous aimez jouer avec les enfants ? Pas trop quand même, hein. Je vous intime de jouer au Petit Chaperon Rouge. D’abord, parce que je voudrais permettre à Benoît de compléter sa longue liste de messages Facebook à base de pop pop pop pop ludique, histoire de le laisser zoom zoom zen, dans sa Benz Benz Benz, comprendre une collection de citations dans les listes de Noël de la blogosphère qui lui permettront de passer quelques semaines au soleil tahitien.

Dans le Petit Chaperon Rouge, ce qui est bien, c’est que tout le monde peut y jouer. Et en plus de cela, vous pourrez même vous venger en cas de défaite de l’équipe. Rien de plus normal pour un adulte, un parent de surcroît, de se dire que si l’équipe a perdu, c’est évidemment à cause de ses enfants. D’abord, ils n’ont rien compris à votre stratégie qui consistait à vous glisser dans le raccourci. Certes, le loup était juste derrière vous mais il y avait quand même peu de chance pour que ce vilain animal (pas facile à lire à voix haute, ça) vienne vous rattraper. Après tout, il y avait une case entre lui et vous, et il restait une carte dans la pioche. C’est vrai, il s’agissait du 0. Mais comment auriez-vous pu le deviner ? Non, non, c’est forcément de la faute de vos enfants.

Recette de Noël : juste avant le coucher, expliquez à vos enfants que vous allez leur lire le conte que la boîte de jeu propose. Mettez-les au lit, sous la couette, bien au chaud. Maintenant, tamisez la lumière. Commencez à lire, tranquillement, en insistant bien sur la voix du loup, qu’elle soit rauque et grave, et celle du petit chaperon rouge, douce et fragile. Continuez ainsi, surjouant la joie de vivre quand la petite fille traverse la forêt, s’égare à ramasser des fleurs, fait la rencontre d’une bête étrange avenante… jusqu’au moment où le loup ingurgite la petite fille. Et là, dites-leur, les yeux écarquillés et un sourire cruel aux lèvres : « bonne nuit, mes chéris ».

Ça vous apprendra à me faire perdre, tiens !

Héhé !

 

Cauchemars garantis. Et tiens, les enfants ! Ça leur apprendra à vous faire perdre !

 

Catégorie jeux cadeau de Noël

Enfin, dans la catégorie jeux cadeau de Noël… Pandemic Legacy.

Débrouillez-vous pour que vos amis, votre famille, vous offre Pandemic Legacy pour Noël. Condition nécessaire pour que le résultat recherché soit atteint, débarrassez-vous de tous vos amis joueurs avant cette soirée.

Aussi, c’est encore mieux si vous parvenez à vous faire offrir les deux boîtes, bleue et rouge. Là encore, il va falloir surjouer l’excitation ! Insistez jusqu’à les convaincre que vous devez terminer la soirée en jouant au moins deux parties du jeu. Ensemble ! N’hésitez pas à jouer sur la corde sensible. Parlez de vos problèmes de couple, de votre voiture en fin de vie… enfin, trouvez quelque chose !

Installez le jeu, expliquez-leur le but du jeu, sans évidemment dévoiler qu’il s’agit d’un jeu à la sauce Legacy.

Armez-vous d’un stylo. Indélébile, le stylo. Si l’un de vos partenaires vous demande pourquoi vous apportez un stylo, dites-lui que c’est juste pour garder des mémos. Rien de plus.

Ce jeu n'est pas toxique du tout. La combi, c'est juste parce que c'est à la mode !

Ce jeu n’est pas toxique du tout. La combi, c’est juste parce que c’est à la mode ! SUSD !

 

Puisque vous jouez avec des gens qui n’en ont pas l’habitude, n’hésitez pas à provoquer des catastrophes mondiales. Plus vite vous pourrez amocher le jeu, mieux ce sera. Assurez-vous d’avoir toujours un verre plein à vos côtés. Ça donne de la consistance en société et ça expliquera votre comportement inacceptable.

Une fois que les éclosions auront eu lieu, n’hésitez pas à discrètement retirer un des autocollants à placer sur les villes, sans que vos amis ne remarquent trop qu’il s’agit là d’un élément normal du jeu.

Ce qui est essentiel, c’est que vous gardiez pour vous le plus d’informations possibles concernant le jeu. Dès que le jeu vous le demandera, sortez votre stylo indélébile et commencez à écrire sur votre plateau de jeu. Vos amis commenceront à vous lancer des regards inquiets, outrés, dubitatifs ou vides (pour celui d’entre eux qui aura déjà trop bu). Laissez flotter tranquillement cette ambiance gênante jusqu’au moment le plus important. Là, il s’agira de ne pas rater votre effet ! Levez-vous de votre chaise, feignez la folie passagère et arrachez une carte en deux ! Ayez si possible le visage rouge et les yeux exorbités pour un résultat plus efficace.

Laissez vos amis se demander ce qu’il vous arrive, se sentir floués après vous avoir offert ce jeu… puis revenez leur expliquer que tout ceci fait partie du jeu. C’est du Legacy, non d’un lapin en peluche !

Tout ira bien, vous verrez, tout ira bien.

 

Catégorie « Parce que » !

Catégorie « je tente des trucs », je vous conseille unanimement, facile quand on est seul, de jouer à l’Auberge Sanglante. D’abord parce que c’est un jeu belge et que la francophonie, beaucoup en parle mais peu en font une réalité, c’est important de la soutenir. Bon, certes ça fait référence à un fait divers totalement horrible qui a eu lieu dans une région où la consanguinité était un sport national (écrit le gars qui vient du Noooooord). Un fait divers qui a même inspiré un film tout à fait médiocre avec Fernandel… Si ! C’est médiocre. Demandez donc à ce qu’en pensent les futurs réalisateurs de la Nouvelle Vague tiens, ces jeunes chiens fous qui aboyaient contre le classicisme !

Je ne vois pas ce qu'il a de plus que moi Weberson Santiago. Je suis pourtant bon en portraits !

Je ne vois pas ce qu’il a de plus que moi, Weberson Santiago. Je suis pourtant bon en portraits !

 

Pourtant, s’il y a bien une chose que l’on ne peut pas reprocher à l’Auberge Sanglante, c’est son classicisme. Entre les illustrations qui réinventent les proportions humaines et son thème, placé par les Américains entre la honte esclavagiste de Five Tribes et les pions marron de Puerto Rico (quand même garantis sans scorbut), il semble important de saluer le courage formidable du Belge (n’oubliez pas que pour parler francophonie, il faut bien insister sur l’origine, mais sans stigmatiser !)  de chez Pearl Games. Et je ne dis pas ça parce que mon père était lui-même de nationalité belge.

Le jeu est peuplé de personnages aussi bizarres que rougeauds. Je trouve malgré tout qu’il y a beaucoup de bouchers, de vendeurs de journaux et de vicomtes qui traînent dans les pentes escarpées des montagnes entourant l’auberge. Je ne vous parle même pas de la police surreprésentée par une horde de sergents et d’autres grades. Heureusement qu’on peut les corrompre. Imaginez, un pays où la police serait impossible à corrompre, comment ferait-on pour assassiner en paix !

Pour résumer, un concours d’enterrements sauvages est organisé dans votre auberge. Devant votre chambre à louer, vous agitez vos mains et lancez vos plus belles paroles pour y attirer un client ! Le plus utile ou le plus riche, c’est selon votre humeur et vos besoins. Tuer n’est pas l’opération la plus compliquée dans votre recherche d’enrichissement personnel. Il va falloir vous débrouiller pour cacher votre forfait sous quelques centimètres de terre avant de pouvoir vous remplir les poches. Dans la profession des aubergistes crapuleux, il y a un code d’honneur indéfectible : on ne vole pas un cadavre encore tiède !

Le truc bien, c’est que pour enterrer plus efficacement, vous pourrez faire appel aux religieux. Ils ne vous écouteront pas en confession mais ils sont connus pour sacrément bien manier la pelle ! Avant d’enterrer, parce que votre parcelle de terre est limitée, ne l’oublions pas, il vous faudra construire des dépendances. Malheureusement, à cette époque, Leroy Merlin n’était pas encore né, et il va vous falloir trouver des gens balèzes en bricolage. C’est là que vous vous féliciterez d’accueillir autant de bouchers et de bouilleurs de cru dans votre chambre. Tous dotés d’un CAP menuiserie-ébénisterie, ils savent très bien bâtir. Suffit de demander. Et si vous avez besoin de quelqu’un de convaincant pour trouver des partenaires de crimes, demandez donc à l’adolescent qui vend des journaux. Un commercial hors pair !

L’Auberge Sanglante, vous l’aurez compris, est une sorte de potion magique improbable composée d’un soupçon de folie graphique, de quelques pincées de délire thématique et d’un prêtre qui s’est perdu dans un tableau de Munch en couverture.

Chez moi, on appelle ça un chef d’œuvre.

 

À bientôt !

Il est désormais temps pour moi de vous laisser dans la confusion. Les anti-listes les plus courtes sont les meilleures. J’ai longtemps hésité à parler de German Railroads, une version déstalinisée de Russian Railroads, de Mysterium, avec son fantôme un peu couillon qui ne peut parler qu’à demi-mots (genre Motus version images), de Grand Austria Hotel, le seul hôtel du monde qui fait construire les chambres à l’arrivée de ses clients, de Food Chain Magnate, dont j’ai la version prototype (c’est bien un prototype, hein ?), de Chibi, le seul endroit au monde où des pandas sont capables de faire des petits ou de Quixx, le jeu de ta grand-mère qui t’a filé un tennis elbow à trop lancer les dés. Bisous. 

Ta grand-mère, elle te défonce déjà à Call of Duty de toute façon !

Ta grand-mère, elle te défonce déjà à Call of Duty de toute façon !

17 Commentaires

  1. Photo du profil de M3th
    M3th 14/12/2015
    Répondre

    Excellemment écrit et parfaitement drôle, et sincère ! Merci.

  2. Photo du profil de Shanouillette
    Shanouillette 15/12/2015
    Répondre

    C’est en effet un bien bel article, original, à l’écriture à la fois ornementale et piquante. J’aime bien la réflexion douce-amère sur les listes des différents sites, ça me parle. 🙂 Ceci dit, force est de reconnaître que le lecteur aime ces listes car elles offrent une lecture rapide et compréhensible de ce qu’il se fait.

    • Photo du profil de Izobretenik
      Izobretenik 16/12/2015
      Répondre

      Je suis bien d’accord. Le seul souci reste la dispersion, et l’avantage certain donné aux plus présents, médiatiquement, des éditeurs et auteurs. Au final, ni TIME Stories, ni Pandemic Legacy n’ont besoin d’être intégrés dans une liste de plus. Ils sont déjà tellement loin devant… Et pourtant, la tentation est tellement facile, que même dans cette antiliste, ils sont tous les deux présents.

  3. Photo du profil de morlockbob
    morlockbob 15/12/2015
    Répondre

    POur noël je suis en train de fabriquer un Dobble « corée du nord » . Sur chaque tuile il y a le visage éclairé de Kim jung. il faut bien entendu être le premier à crier le nom du chef suprême. Le dernier a l’avoir fait..et ben..euh..enfin…voyez bien

  4. Photo du profil de Matthieu.cip
    Matthieu.cip 16/12/2015
    Répondre

    Un excellent article qui montre bien la futilité des listes de Noël…

    • Photo du profil de Izobretenik
      Izobretenik 16/12/2015
      Répondre

      Dans futile, il y a « utile », disait je ne sais plus trop qui. Les listes ne me posent pas de problème particulier, mais j’avais envie d’observer ce phénomène très répandu à cette période de l’année, après les listes de la Gencon, d’Essen, de Cannes, du Game Market et de tous les autres événements du ludique, sous un autre angle.

  5. Cesare Mainardi 16/12/2015
    Répondre

    Bah, en tant qu’ANTI-LISTE, je m’attendais à y trouver des jeux « alternatifs », pas forcement ceux dont on parle tout le temps, sur-médiatisés, d’éditeurs aux gros moyens… et bah non ! Dommage, rien de nouveau !

    • Photo du profil de Izobretenik
      Izobretenik 16/12/2015
      Répondre

      Je comprends très bien ton commentaire, Cesare. Pour dire vrai, c’était l’une de mes intentions mais le ton de l’article aurait probablement été très mal perçu. On pourra me taxer d’avoir manqué de courage et ce ne sera pas faux. Mon autre problème, si je prends l’exemple d’Atalia, c’est qu’il m’est impossible de me les procurer en vivant au Japon. Je laisserai la prochaine antiliste à un chroniqueur qui est plus proche de la production/distribution locale (entends dans l’espace francophone). M’enfin, ce ne sont que de mauvaises excuses.

      • Cesare Mainardi 16/12/2015
        Répondre

        Ah, bon, t’habites au Japon… Atalia se limite à France et Belgique (et prochainement Suisse)… Pas de problèmes, ton article est bien écrit et les jeux proposés sont bons, je ne dis pas le contraire… Merci de comprendre ma frustration à ne pas voir dans une ANTI-LISTE de jeux comme Splash, Ekö, Taverna… qui n’ont pas à rougir par rapport à ceux dont on parle tout le temps 😉 Voilà, mon anti-liste !

  6. Photo du profil de morlockbob
    morlockbob 16/12/2015
    Répondre

    liste/anti liste / St valentin / anti st valentin / Noel / F** noel… on retombe toujours dans le même balisage. ALors faire une liste de jeux moins mis en avant, ça reste une liste… L’intérêt de cet article (dont les jeux me sont déjà sorti de l esprit) est d ‘avoir pris un angle d’attaque non vendeur, et essayer d ‘être caustique. Bref, la forme plus que le fond, et c’est ça qui a fait que je lise cet « facétie littéraire » jusqu’au bout.

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