It’s a Wonderful World : 8 Wonders ?

 

logo-la-boite-de-jeuLa Boîte De Jeu (que je nommerai dans la suite de l’article par son acronyme LBdJ pour plus de facilité) est l’une des rares sociétés d’édition, sinon la seule, qui a su s’allier à la fois le public du participatif et celui des boutiques. Ce résultat est le fruit d’une part de la politique éditoriale jusqu’ici irréprochable en ce qui concerne la qualité du matériel et celle de l’intérêt ludique de leurs jeux et, d’autre part, des efforts faits en direction des boutiques qui ont abouti à un arrangement « win – win » entre les deux parties (et ceci grâce à la bonne volonté de leur distributeur Black Rock, sans lequel rien ne serait possible).

Le demi-succès de la campagne de Clash Of Rage aura paradoxalement renforcé l’image de marque de l’éditeur. En effet, aucun compromis n’a été fait sur la qualité du matériel, tout ce qui avait été promis fut livré. Résultat : bénéfice zéro pour LBdJ ! Quand un éditeur prend un tel risque, son capital sympathie augmente forcément.

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Benoît Bannier, le boss, est un fin stratège et c’est donc fort opportunément (ce dont personne ne lui en voudra) qu’il lance la campagne de son nouveau jeu, It’s A Wonderful World, pile poil au moment où les backers viennent de recevoir le précédent, à savoir Neta Tanka, pour en bénéficier à plein des très bons premiers retours, tant sur la qualité du matériel que du jeu lui-même.

Ajoutez à cela les points positifs dont j’ai parlé plus haut, et au final peu de d’éditeurs peuvent se targuer de lancer une campagne avec autant de voyants au vert. La confiance des joueurs durement gagnée petit à petit a, comme vous allez le voir, fort bien payé, renforcée par le buzz ultra positif généré par les retours des heureux bénéficiaires des multiples prototypes envoyés à droite et à gauche ou confiés aux ambassadeurs.

I see skies of blue and clouds of white

Tout d’abord, qu’est-ce donc que ce It’s A Wonderful World ? Il s’agit d’un jeu de Frédéric Guérard, précédemment auteur de Clash Of Rage, Titanium Wars et Ilos, et illustré par Anthony Wolff qui a déjà œuvré sur Huns. Les mécaniques centrales sont le draft et la construction de moteur de ressources. Dans un monde dystopique, les joueurs sont les leaders charismatiques (lire « dictateurs éclairés ») d’une nation qu’ils vont développer afin qu’elle soit dominante.

Pour ce faire, 5 ressources sont à disposition : Matériaux, Énergie, Science, Or et Exploration, toutes représentées par des cubes.

it's-a-wonderful-world-cartes-projetsUne partie se déroule en 4 tours, eux-même composés de 3 phases.

  • On commence par la phase de draft : 7 cartes sont distribuées à chaque joueur (10 dans une partie à 2, dont 3 sont défaussées en fin de phase) et ceux-ci se les passent en laissant visibles celles conservées.

 

  • Suit la phase de planification : chaque joueur décide quelles sont les cartes qui vont aller au recyclage (concrètement, qui sont défaussées) et celles qu’il va conserver pour les construire, ceci aux fins de générer des ressources et / ou des points de victoire en fin de partie.

    Les ressources gagnées lors de cette phase sont immédiatement utilisées pour les constructions en cours, celles qui ne le sont pas sont mises de côté et ne pourront plus être utilisées.
    Lorsqu’elles sont au nombre de 5, de quelque nature que ce soit, elles sont immédiatement transformées en un cube de Krystallium, une ressource « joker » mais qui peut tout de même être requise pour certaines constructions.

 

  • Pour finir vient la phase de production : chaque joueur récupère les ressources générées par sa carte Empire et par les cartes construites auparavant. Tout comme dans la phase précédente, les ressources non affectées à une construction sont mises à part et le cas échéant transformées en Kristallium.
    C’est au cours de cette phase qu’intervient le petit twist de gameplay qui fait toute la saveur du jeu. On récupère les ressources dans un ordre très précis : d’abord les Matériaux, puis l’Energie, ensuite la Science, l’Or et enfin l’Exploration. Cet ordre est immuable et de sa fine gestion dépendra la capacité à réaliser des combos. En effet, une carte dont la construction a été finalisée grâce à des Matériaux va immédiatement potentiellement générer les ressources suivantes dans l’ordre, qui elles-mêmes vont peut-être permettre de construire une carte qui va tout de suite générer des ressources, etc. Vous voyez l’idée.

 

it's-a-wonderful-world-cartes-explorationUne fois le quatrième tour terminé, on fait le décompte des points et bien évidemment, celui qui en a le plus a gagné.

Cela ne se ressent peut-être pas à la lecture de mes explications, mais le jeu est aussi profond qu’il s’explique vite et il est vraiment très fluide. J’ai eu la chance de pouvoir faire deux parties lors du salon Ludiquest de Saint-Etienne (je ne vais pas dire que je n’y suis allé que pour ça, mais presque) et, à titre d’exemple, je parlerai de ce couple avec lequel j’ai joué.

Joueurs occasionnels, ils n’avaient aucune notion de ce que la mécanique de draft représentait, c’est dire si on partait de loin. Et bien, après 10 petites minutes d’explication ils se sont lancés dans la partie, après 1 tour ils maîtrisaient le jeu dans ses grands principes et à partir du deuxième ils avaient chacun mis en place une stratégie. Bien sûr, le contre-draft leur était toujours étranger à la fin de la partie, mais à leur décharge il faut en avoir quelques unes dans les pattes pour être réellement efficace dans ce domaine.

Wonderful Wonders? 

it's-a-wonderful-world-plateau-centralLa comparaison de It’s A Wonderful World avec 7 Wonders est quasi inévitable. Même mécanique principale (le draft), thème similaire (développement d’une civilisation ou nation), look des cartes approchant, tout concourt à confronter les deux jeux. Et bien, s’ils se ressemblent vu de loin, de près il n’en est rien. Avec It’s A Wonderful World, nous sommes en présence d’un jeu aux règles bien plus simples, avec une mécanique finalement bien différente, qui se joue avec le même bonheur de 2 à 5 joueurs, voire en solo (le mode solo n’est pas qu’un simple ajout marketing et on peut quasiment acheter le jeu uniquement pour lui) et surtout avec des durées de partie courtes. Même à 4 ou 5 joueurs, une fois le jeu en main je pense qu’on doit pouvoir en terminer une en 30 minutes. Ce qui incite bien entendu à les enchaîner.

Et ce d’autant plus facilement que le matériel est fort sympathique. Je n’ai joué que sur un proto, mais qui laisse entrevoir un jeu aux normes de qualité LBdJ. Les grandes cartes sont toutes magnifiquement illustrées et mises en page (si je ne dis pas d’âneries, 80% des illustrations sont uniques) et le plateau de jeu central est lui aussi très réussi. Seuls les cubes ressources font un peu cheap (ce sont des bêtes cubes en bois) mais ma remarque est d’ores et déjà nulle et non avenue puisque l’un des stretch goals débloqués depuis le début de la campagne est justement l’amélioration des ces éléments.

KS sur du velours 

it's-a-wonderful-world-cartes-véhiculesLa campagne justement, parlons-en. Ainsi que je vous l’ai expliqué plus haut, celle-ci partait sur du velours. Elle a quand même failli ne pas être lancée à l’heure prévue, Kickstarter ayant tardé à la valider. Ce fut fait à 19h30 pour un départ à 20h00, vous imaginez le stress. Enfin, elle est partie à l’heure, et de bien belle façon : financement en une heure, le millier de soutien atteint en 12 heures et les 1 500 après 26 heures, deux heures plus tard c’était le financement à 3 fois qui était dans la poche. Certes, ce n’est pas un résultat à la CMON, mais le jeu ne boxe pas non plus dans la même catégorie et je gage que chez LBdJ on saura se satisfaire de « si peu ».

Il n’y a pas que le capital confiance et le buzz qui jouent dans la réussite de cette campagne. L’offre est aussi très correcte et surtout très claire, avec un pledge de base à 35 € et un autre à 58 € incluant le jeu lui-même et deux campagnes Heritage, dont l’une exclusive (l’autre sera commercialisée en boutique plus tard, à un tarif évalué à une trentaine d’euros, ce qui rend ce pledge à 58 € particulièrement avantageux).
Oui, il existe un mode campagne. Sur un thème donné, les joueurs vont avoir des objectifs à atteindre, récompensés par de nouvelles cartes à adjoindre au jeu (que l’on sortira d’une enveloppe scellée, donnant ainsi un petit côté « legacy » non destructif au jeu) et qui auront bien entendu une influence sur le déroulement futur de la campagne. Une fois terminées, ces campagnes peuvent être rejouées à l’envi, les voies vers la victoire étant multiples.

it's-a-wonderful-world-cartes-technologieD’après les retours des quelques chanceux qui ont pu tâter l’une d’elles, ces campagnes sont extrêmement intéressantes à jouer et sont vraiment un énorme plus pour le jeu, même si celui-ci se suffit déjà à lui-même. Seul inconvénient, elles ne se jouent qu’à plusieurs. Mais il est laissé entendre dans les commentaires sur Kickstarter que Frédéric Guérard serait à l’ouvrage pour rendre le jeu solo compatible avec les campagnes Heritage.

Pour en terminer avec la campagne, cette dernière a permis de débloquer plusieurs stretch goals, 14 au moment où j’écris ces lignes. Principalement des cartes, on ne s’en étonnera pas, dont certaines (exclusives à la campagne) sont des hommages au monde du jeu de plateau. Mais il y a aussi de l’amélioration du matériel et de l’ergonomie du jeu, du classique chez LBdJ, mais qui fait toujours plaisir.
Il est un peu trop tôt pour parler de la dynamique, mais on peut supposer qu’à l’instar de celle de it's-a-wonderful-world-republic-of-europaNeta-Tanka et Outlive, elle sera fort correcte et constante. Les campagnes de LBdJ ne font jamais dans l’esbroufe, mais incitent à la confiance et donc au pledge.

 

And I think to myself…

It’s A Wonderful World serait-il donc un jeu parfait ? Hors le fait que la perfection n’est pas de ce monde, de surcroît dans un domaine où la subjectivité est particulièrement présente, le jeu a des caractéristiques qui peuvent rebuter. En premier lieu, je citerai l’absence d’interaction directe entre les joueurs. En effet, le seul moyen d’aller enquiquiner son voisin est de contre-drafter et pour beaucoup, c’est un peu léger. La mécanique, toute fluide qu’elle soit, sera considérée par d’autres comme particulièrement « froide ». D’autres encore pointeront du doigt un thème plaqué, même si particulièrement bien trouvé et adapté au jeu. Bref, comme tout (bon) jeu, It’s A Wonderful World ne plaira certainement pas à tout le monde. Mais vous l’aurez compris, personnellement je suis conquis. J’espère que ce modeste article aura su vous éclairer et vous permettre de déterminer si le jeu est pour vous, ou pas.

 

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9 Commentaires

  1. Chab 17/05/2019
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    Super article ! Pledge day one pour ma part :). Ça va être long d’attendre jusqu’à 2020…

  2. Yoyo37 17/05/2019
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    yop, si j ai bien lu la page de campagne, il y a 150 cartes dans la boite de base, dont 70 différente, donc seulement 45% de différentes. … mais c est déjà bien….pas sur que dans 7 wonders le ratio soit plus important…

    • Photo du profil de El Cam
      El Cam 17/05/2019
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      En effet, il  y a une petite pyramide de rareté, avec des cartes plus communes (en 3 ou 4 exemplaires) qui servent de base au moteur, et des cartes uniques qui déterminent ta stratégie. Si ce n’était pas le cas, le jeu ne tournerait sans doute pas aussi bien.

      Il ne faut pas tomber dans le piège de considérer le nombre de cartes uniques comme un critère de qualité.

       

    • Photo du profil de Gougou69
      Gougou69 17/05/2019
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      Le chiffre que je donne tiens compte des cartes des deux campagnes Heritage qui comprennent elles-aussi un grand nombre de cartes aux illustrations uniques. Mais comme je l’ai dit, je ne suis pas certain de ce chiffre mais je suis à peu près certain qu’il est nettement supérieur à 45%.
      Et le nombre de ces illustrations uniques n’est pas mis en avant comme un critère de qualité, mais comme un élément important du coût de développement d’un tel jeu, si ce n’est le plus important.

  3. Photo du profil de znokiss
    znokiss 17/05/2019
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    Petit détail, les cubes en bois mentionné dans l’article seront en fait en plastique.

    Sinon, excellent article sur un jeu qui a l’air bien tentant. J’aime beaucoup l’écriture, notamment le dernier paragraphe.

    • Photo du profil de Gougou69
      Gougou69 18/05/2019
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      J’ai bien dit que les cubes avaient été changés grâce aux stretch goals, même si je n’ai pas précisé qu’ils sont désormais en plastique.

  4. Photo du profil de Zuton
    Zuton 17/05/2019
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    J’étais déjà bien interessé par le jeu et proche du pledge, ton article a fini par me convaincre ! En vérité, il en fallait peu…

    La livraison en boutique près de chez soi est un vrai plus, surtout au vu des nombreux points de vente du réseau (merci Blackrock) mais je me demande tout de même si l’offre satisfait complètement les crèmeries ludiques. En effet, par rapport à une vente des boites par le circuit « classique », la marge du magasin sur les boites KS est tout de même rognée, non ?

    • Photo du profil de Gougou69
      Gougou69 18/05/2019
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      Les boutiques sont payées pour chaque jeu distribué, il n’est pas question de marge puisqu’elles n’ont pas avancé d’argent. De plus, elles ont un pledge gratuit (qui peut leur servir pour des démonstrations ou autre), elles peuvent vendre le jeu 2 semaines (de mémoire) avant les autres lors de sa sortie en boutique. Si de plus en plus de boutiques adhérent au système mis en place par La Boîte De Jeux, on peut raisonnablement estimer que c’est parce-qu’elles y trouvent leur compte.

    • Photo du profil de snaketc
      snaketc 18/05/2019
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      Ma boutique est très contente de neta tanka, la rémunération est bien entendu plus faible mais le travail est minime, la vente assurée et les acheteurs repartent souvent avec autre chose (ça a fonctionné avec moi ). Et pour ma part en tant que backer, je préfère mettre le prix du transport dans un jeu en magasin. Je trouve le système parfait.

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