Final Touch – Et à la fin de l’envoi, je touche

 Introduction sous forme de confession

Bon, autant faire le point pour vous situer un peu au niveau de mes goûts ludiques. Les dénommés « jeux d’ambiance » n’ont pas ma faveur, à de très rares exceptions près (A fake artist goes to New York, Codenames, Crazy kick, PIX). Et je suis de plus en plus en pleine phase jeux à fort thème/ameritrash. Si si, les joueurs ont des phases, comme les peintres. 😀  

J’ai commencé grand fan de Stefan Feld et, même si je respecte toujours les œuvres du maître, les Châteaux de Bourgogne en tête, mon humeur actuelle me porte vers les grandes aventures ludiques. Ainsi, j’ai suivi les projets Near & Far, Xia, The Others, sur Kickstarter et je viens de dépenser près d’un demi-mois de salaire dans Kingdom Death : Monster

Malgré cela, il est vrai que ma ludothèque compte aussi pas mal de petits jeux. En effet, j’apprécie les petits formats qui font bien réfléchir, à l’instar de Red7, Lords of Scotland, Capital Lux, ou en plus léger Port Royal, MultiUniversum, etc.

Je me suis proposé pour tester Final Touch, d’abord parce que les illustrations m’attiraient (mes études en histoire de l’art revenant à la surface avec tous ces chefs-d’œuvre parodiés), en me disant que ce serait sympa pour jouer avec mon fils, et aussi parce que je suis toujours curieux des nouvelles productions des Space Cowboys. De plus, des amis avaient eu l’occasion de l’essayer lors de Paris est Ludique 2016 et m’en avaient dit du bien.

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Catalogue des artistes

Ici, nous nous trouvons donc devant le premier jeu des « Space Buddies », la nouvelle « branche familiale » des Space Cowboys, qui répartissent donc à présent leurs jeux ainsi : « Si c’est plus complexe et plus long à expliquer que Splendor, c’est un jeu Space Cowboys, sinon c’est un jeu Space Buddies », dixit François Doucet des Space Cowboys.

Mike Elliott, le créateur du jeu, nous avait habitué à du plus consistant, c’est a priori la première fois qu’il s’adresse à un public plus jeune, et c’est une bonne initiative.
Loin d’être un inconnu dans le milieu, on lui doit :

  • avec Eric Lang : Quarriors et Dice Masters
  • en collaboration : Star Trek : Fleet Captains et Shadowrun: Crossfire
  • il a contribué à bon nombre d’extensions de Magic the Gathering et d’autres jeux de cartes à collectionner
  • et en solo, il a créé Lost Legends (chez Queen Games), mais surtout Thunderstone et Thunderstone Advance.

 

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Précis de peinture

Les joueurs (de 2 à 4, à partir de 8 ans) incarnent donc des faussaires, qui vont collaborer pour copier des tableaux de maître, et pour cela jouer des cartes représentant différentes couleurs afin de réaliser la copie demandée.
Chaque tableau nécessite entre 4 et 12 touches de couleur spécifiques afin d’être achevé, et rapporte un nombre de points correspondant.
Le hic est que seul celui qui mettra la touche finale sera payé, tout en sachant que le jeu prend fin lorsqu’un joueur atteint ou dépasse les 25 points (= sous).

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Chaque joueur a une main de 5 cartes piochées au hasard, qui sont autant de touches de couleur (le jeu compte 5 couleurs différentes). Durant son tour, il a pour première option de jouer, à gauche de la toile, entre une (obligatoire) et cinq cartes. Il remonte ensuite sa main jusqu’à cinq cartes. L’astuce est donc de bien jauger comment ne pas trop contribuer au tableau, et donc d’éviter d’offrir sur un plateau la dernière touche au joueur suivant.

 

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C’est là qu’intervient le second mécanisme, qui est que l’on peut « gribouiller » le tableau au lieu de l’améliorer.
Le gribouillage peut se faire en plaçant une et une seule carte à droite du tableau. De même, on pioche immédiatement une carte pour revenir à une main de cinq.

Pour gribouiller, il faut :

  • jouer une couleur qui n’est pas nécessaire à l’achèvement du tableau
  • ou jouer une couleur en excès de ce qui est requis (jouer par exemple un troisième bleu alors que le tableau n’en nécessitait que deux)

 

Une fois qu’un joueur, quel qu’il soit, pose une troisième carte du côté gribouillage, la copie est considérée comme ratée et la moitié des points est attribuée à l’/aux autre(s) joueur(s). Chose à forcément éviter en fin de partie, au risque de faire gagner les adversaires alors qu’on voulait les gêner.

Comme on n’est pas obligé de contribuer au tableau même si on en a les moyens, on peut très bien gribouiller un tour, et ainsi temporiser, en espérant que les autres joueurs complètent entre temps les couleurs qui nous manquaient, afin d’achever le tableau à notre propre tour. Ou en espérant bien sûr qu’à cause de leurs cartes, ils soient obligés de gribouiller également, nous faisant gagner la moitié des points.

Le score apporté par le gribouillage est clairement indiqué en haut à droite, tandis que le score « complet » est le chiffre qui figure au sommet du chevalet.

Un autre facteur intéressant est qu’on voit déjà le prochain tableau qui va être mis en jeu, ce qui permet de se décider si on veut finir celui en cours, ou juste poser une carte et garder ses touches de couleur pour le suivant, qu’on aura plus de chances de compléter. C’est le joueur qui achève l’œuvre, que ce soit de la bonne façon ou par un gribouillage, qui va devoir poser les premières touches sur la toile suivante.

Et c’est tout pour les règles !
Mais je dois reconnaître que ça tourne bien ainsi.

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Toile de maître ?

Je dois avouer avoir été agréablement surpris par ce jeu.

D’autant plus à ma seconde partie, car à ma première, j’avais réussi à mal interpréter une règle (si si, c’est possible, même dans un petit jeu, je devais être bien fatigué !), et j’avais joué que si on avait les moyens de compléter l’œuvre, on devait le faire. Ça a résulté en une partie moyennement intéressante.  Une fausse mauvaise impression bien vite rattrapée depuis. J’y ai rejoué correctement à plusieurs reprises récemment, et mes amis et moi, tous des gamers, avons bien ri de nos sales coups et déboires. La plupart ont directement suggéré une seconde partie.

Il est également bon de remarquer que le jeu ne dure pas plus que la durée indiquée sur la boîte, en ¼ d’heure, c’est plié.

Encore une chose très appréciable, le jeu se joue différemment selon le nombre de joueurs :

  • à deux, c’est évidemment très tendu : n’importe quel tableau gribouillé donne quand même des points à l’adversaire
  • à trois, c’est chacun pour soi, mais tout tableau gribouillé donne ses points à chacun des deux autres joueurs
  • à quatre, on joue en équipe avec le joueur à l’opposé de soi, donc cela devient assez « tactique ».

 

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Tout cela, bien sûr, dépend aussi du hasard de la pioche, mais on est dans un registre familial, ce n’est pas faire essayer à votre ami qui ne jure que par Caylus ou Terra Mystica, tout au moins s’il n’est pas ouvert d’esprit.

Pour finir, ce jeu peut aussi accessoirement servir à éveiller la culture artistique de vos enfants (et pourquoi pas vos amis), en reconnaissant les toiles et identifiant le détail qui a changé.  Dernier point bien pratique, les couleurs sont très clairement identifiées par des formes bien différentes, ce qui est un beau geste envers les joueurs daltoniens, ça se salue.

Voilà donc un jeu sans prétention, mais très réussi, que je vous recommande pour vos soirées familiales (la boîte dit à partir de 8 ans, un peu avant devrait être possible) et entre amis.

 

 

Note : Le titre de l’article provient de Cyrano de Bergerac, acte I, scène IV; victoire, j’ai fini par trouver un titre contenant « fin » et « touche » !

Final Touch,

Un jeu de Mike Elliott
Illustré par Pandaluna
Edité par Space Cowboys
Distribué par Asmodee
Langue et traductions : Anglais, Français
Date de sortie : 03-2016
De 2 à 4 joueurs
A partir de 8 ans
Durée moyenne d’une partie : 20 minutes

 

En bonus, j’ai interrogé l’illustrateur, Alexandre Deviers, alias Pandaluna, qui a réalisé ici un beau travail. 25 œuvres connues de la peinture occidentale sont refaites et modifiées, parfois subtilement, pour obtenir un effet comique toujours de bon goût.

Wraith- Est-ce votre première collaboration dans le milieu des jeux de société ?

Couverture de Twinz (source : BGG, uploadé par François Haffner)

Couverture de Twinz (source : BGG, uploadé par François Haffner)

Alexandre Deviers – Non, ce n’est pas ma première collaboration pour un jeu de société, j’ai participé à un autre jeu, Twinz, en 2015, pour lequel j’ai réalisé la couverture.
En fait, Julien [Julien André, des Space Cowboys] connaissait mon travail, notamment mes illustrations pour le site « lafraise.com« . Un des dessins lui avait particulièrement plu et résumait assez bien le principe du jeu. Il m’a donc demandé de le peaufiner. »

Wraith – Êtes-vous vous-même un joueur ? Si oui, quels sont vos jeux préférés ?

AD – Oh là là… Je ne suis pas un joueur invétéré, à vrai dire, je suis plus console que jeu de société. En famille, on joue parfois à Catane ou aux Triominos.

Wraith – Qu’est-ce qui vous a amené à collaborer à ce projet ?

AD – Julien et Vincent [Vincent Goyat, des Space Cowboys], avec qui j’avais déjà collaboré pour Twinz, travaillaient sur un nouveau projet et ils m’ont contacté pour la réalisation des illustrations de Final Touch. L’idée de parodier des œuvres d’art m’a immédiatement plu et leurs idées m’ont beaucoup fait rire.

Wraith – Avez-vous pu choisir vous-même les chefs-d’œuvre représentés dans le jeu ?

AD – Non, je n’ai pas choisi les œuvres, en revanche j’ai pu amener quelques idées pour les parodier.

Wraith – Quelle a été votre inspiration pour trouver les « parodies » ?

AD – Pour les parodies, la plupart des idées étaient déjà là, j’ai essayé d’y apporter ma touche personnelle.

Wraith – Comptez-vous encore collaborer à des illustrations de jeux / avez-vous déjà des projets en cours (dont on peut parler bien sûr) ?

AD – J’ai adoré travailler sur ce projet (une partie en freelance et l’autre au studio Ho’okipa pour lequel je travaille), collaborer avec les Space Cowboys a vraiment été une très bonne expérience. Aujourd’hui, je n’ai pas d’autres projets dans le domaine des jeux de société, mais j’avoue que j’adorerais renouveler l’expérience.

Merci à Alexandre, et on espère le revoir bientôt dans les illustrations de jeux !

 

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5 Commentaires

  1. Lény il y a 5 jours
    Répondre

    Pas un mot sur le fait qu’ils n’aient pas mis le nom des oeuvres originales. Tout le monde n’a pas fait d’études d’histoire de l’art…

  2. Photo du profil de Wraith75
    Wraith75 il y a 5 jours
    Répondre

    Bonne remarque, c’est un peu dommage effectivement, surtout pour le côté pédagogique (je te rassure, je ne les ai pas toutes reconnues non plus).
    Si ça t’intéresse, je peux essayer de faire une liste ? Mais ça ne va pas être évident de faire les liens comme les cartes ne sont pas numérotées.

  3. morlockbob il y a 4 jours
    Répondre

    Il y a des fois quand je lis un compte rendu je suis soudain pris d’un doute énorme « et si j ‘étais passé à côté ? » Puis je me dis que je ne joue pas seul..Ouf… Donc très étonné de lire que ce jeu peut être tactique alors que pour moi (nous) ça a été un concentré 100% pur hasard. Une belle idée pour un jeu répétitif et raté. J’aurais, moi aussi, apprécié un petit blabla sur les oeuvres…

    • Photo du profil de Wraith75
      Wraith75 il y a 3 jours
      Répondre

      C’est « tactique » toutes proportions gardées bien entendu 😉
      Quant à la liste, voir le post ci-dessous.

  4. Photo du profil de Wraith75
    Wraith75 il y a 3 jours
    Répondre

    À la demande générale, voici la liste des œuvres.
    Je n’ai pas le loisir de mettre les images à côté des noms, mais j’ai classé les œuvres par valeur en points de victoire, ça vous permettra de les reconnaître plus aisément :

    Œuvres à 4PV :
    * Grant Wood – « American Gothic », (1930)
    * Vincent Van Gogh – « Autoportrait à l’oreille bandée » (1889)
    * Georges Seurat – « Un dimanche après-midi à l’Île de la Grande Jatte » (1884)
    * Norman Rockwell – « The Runaway » (1958)
    * Auguste Renoir – « Le déjeuner des canotiers » (1880)

    Œuvres à 6PV :
    * Édouard Manet – « Le déjeuner sur l’herbe » (1863)
    * Cassius Marcellus Coolidge – « A friend in need (Dogs playing poker series) » (1903)
    * Michelangelo Buonarroti – « La création d’Adam » (1511)
    * Pablo Picasso – « Le rêve » (1932)
    * Jean-François Millet – « L’Angélus » (1858)

    Œuvres à 8PV :
    * Claude Monet – « La promenade » (1875)
    * Giuseppe Arcimboldo – « L’été » (1573)
    * René Magritte – « Le fils de l’homme » (1964)
    * Edgar Degas – « Deux danseuses » (1874)
    * Johannes Vermeer van Delft – « La jeune fille à la perle » (1665)

    Œuvres à 10PV :
    * Paul Gauguin – « Femmes de Tahiti » (1891)
    * Jean-Auguste-Dominique Ingres – « La grande Odalisque » (1814)
    * Salvador Dali – « La persistance de la mémoire » (1931)
    * Henri Matisse – « La danse » (1910)
    * Sandro Botticelli – « La naissance de Vénus » (1485)

    Œuvres à 12PV :
    * Georges de La Tour – « Le tricheur à l’as de carreau » (1635)
    * Edvard Munch – « Der Schrei » (1893)
    * Leonardo da Vinci – « La Joconde » (1503)
    * Raphaël – « La Madone Sixtine (détail) » (1512)
    * Eugène Delacroix – « La Liberté guidant le Peuple » (1830)

    Edit par Umberling : corrigé les marques de formatage !

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