El Grande Big Box, il a tout d’un Grand !

De temps en temps, j’aime bien jeter un œil sur le classement BGG afin d’obtenir des avis différents de ceux qu’on peut avoir sur les sites francophones dédiés à la chose ludique, car il est important de multiplier les points de vue et les sources d’informations. Cela permet notamment de cibler d’autres opus à côté desquels on serait malencontreusement passé. Ce jour là, j’ai pu m’étonner de voir que El Grande, un vénérable ancien de 1995 tout de même, conservait une place de choix dans le cœur des joueurs.

 

Les notes sur BGG au 9 Octobre 2016.

 

À l’annonce de Filosofia de la sortie d’une Big Box comprenant des extensions inédites en France (comprendre jamais traduites officiellement) pour les 20 ans du jeu, je ne pouvais refréner une incroyable envie de m’essayer à cet opus. Ainsi, je suppliais Ludo Le Gars [NDLR : qui tient un célèbre blog ludique] de bien vouloir apporter cette gigantesque boîte à l’association des Ludophiles. C’est comme ça que je fis mes premiers pas en terres ibériques, en cette fin mars 2016.

Un peu moins de deux heures plus tard, j’étais conquis par les caballeros, et décidais d’acquérir mon exemplaire de ce classique.

 

Les entrailles du monstre

Ouah ! À la réception du colis, je reste impressionné par la taille de la boîte de jeu qui est véritablement une… Big Box ! En soulevant le couvercle, apparaît un grand plateau représentant les régions d’Espagne à l’intérieur desquels nos caballeros vont pouvoir s’en donner à cœur joie.

Le style « carte à l’ancienne » peut déplaire, car il dénote radicalement avec les standards graphiques actuels (vous savez le style graphique qui peut être jugé comme débilitant, ouvrez le débat et les guillemets). Cependant, il possède un charme indéniable, en tout cas, à mes yeux.

Il faut dire que ce genre de traits pour les montagnes, les mers et les châteaux me rappellent avec une nostalgie à peine dissimulée, les dessins des cartes qu’on peut retrouver dans les livres dont vous êtes le héros, et notamment la série des Loups Solitaires… ahhhh, jeunesse, où es-tu donc passée ?!

En plus d’être agréable visuellement, elle est également très lisible avec les frontières de chacune des régions surlignées par des couleurs vives.

 Sur le pourtour du plateau de jeu, on retrouve également la célèbre piste de points de victoire qui a hérité du nom de son inventeur (bien que sa paternité soit parfois décriée ; je me garderai bien de prendre position sur un débat qui date de bien avant ma chute dans la marmite ludique).

Notre curiosité nous pousse à enlever ce superbe plateau qui nous empêche d’accéder au contenant, et aïe, on accroche fatalement celui-ci sur les ergots qui sont un peu trop serrés… Ce n’est pas très grave, car deux coups de cutter plus loin (et deux morceaux de scotchs noirs), on se retrouve avec un résultat nettement plus fonctionnel (et présentant moins de risque pour la durabilité du plateau de jeu).

Ce petit problème réglé, on découvre des fascicules de règles bien rédigées (même s’il est toujours un peu fastidieux avec les extensions de devoir se référer à plusieurs livrets), des paquets de cartes, des sachets vides, du matériel à dépuncher (voire à assembler), et un sac rempli de meeples (et d’un objet à caractère non conventionnel qui s’apparente à un… Roi). On est, par ailleurs, étonné de découvrir un mode d’emploi pour le rangement du thermoformage..!

 

Franchement, ils nous prennent pour qui ? Nous ne sommes pas des novices dans le jeu de société ! Allez, hop, je mets ça de côté !

 Grave erreur, car le tri et le rangement du jeu de base et de toutes ses extensions prend du temps, surtout quand on ne connaît que très peu ce vénérable ancêtre : comptez une petite heure de préparation avant de parvenir à un résultat correct.

On se retrouve ainsi avec une boîte bien garnie en matériel, et plutôt bien pensée du côté du thermoformage, même si on déplore quelques zones un peu moins remplies.

La bête promet d’être difficile à apprivoiser !

 

Comment ça marche ?

C’est très simple ! Je vais essayer par la suite de ne pas trop paraphraser la news de Shanouillette .

Chaque joueur est à la tête d’une famille de nobles (représentée par votre Grande) qui envoie ses troupes de caballeros à travers les différentes régions de l’Espagne du XVè siècle, en cherchant à les placer judicieusement dans chacune afin d’obtenir des points de victoire qui permettront d’établir votre influence et de remporter la partie.

 

Les jaunes au pouvoir ! Les jaunes au pouvoir !

 

Pour cela, chaque joueur dispose de cartes de pouvoir, numérotées de 1 à 13.

Chacun son tour, les belligérants vont choisir une de ces cartes (obligatoirement différente de celle choisie par ses adversaires).

Sur celles-ci, en plus de sa valeur, est indiqué le nombre de caballeros que vous aurez le droit de transférer de votre province (stock général) à votre cour (stock disponible), sachant que seuls vos troupes en attente dans votre cour pourront être envoyées sur le plateau.

Ensuite, dans l’ordre décroissant des valeurs des cartes de pouvoir, chacun va choisir une des cartes action disponible et effectuer son tour de jeu.

Sur ces cartes action apparaissent le nombre de caballeros que vous serez autorisé à disposer sur le terrain, ainsi qu’un pouvoir qui vous permettra de réaliser une action spéciale. Ainsi, vous serez en permanence tiraillé entre le besoin de remplir votre cour, et celui d’obtenir les cartes action les plus adéquates.

 

 

Attention : Seules les régions frontalières de celle dans laquelle est présent le Roi pourront être le terrain de jeu de vos caballeros ! Vous devrez toujours considérer la région de votre souverain comme taboue : rien n’entre, rien ne sort, rien ne bouge !

Une fois que chaque joueur a réalisé ses actions du tour, celui ayant choisi la carte pouvoir la plus faible devient le premier joueur, et commencera donc à poser une nouvelle carte pouvoir : jouer une carte de petite valeur permet donc également d’augmenter ses chances d’être le prochain à se positionner sur ces cartes, ce qui n’est pas anodin. Entre deux tours, on prendra soin de modifier les cartes action disponibles.

Le joueur majoritaire marquera 4 points en Galicia, le second marquera 2 points,…

Tous les trois tours de jeu, on réalisera alors un décompte des différentes régions qui vous accordera plus ou moins de points de victoire.

Celui qui possédera le plus de caballeros marquera autant de points que le premier rang, le deuxième autant que le second rang,.. en cas d’égalité, les adversaires se contenteront des points du second rang, voire du troisième rang (si trois joueurs sont majoritaires).

Exception : la région du castillo est un peu spéciale, car le nombre de caballeros camouflés dans son enceinte est secret (on annoncera tout de même la quantité de ceux déposés au fur et à mesure, mais il sera interdit de contrôler les chiffres).

Quant arrive le décompte de cette région, chaque joueur choisit secrètement une région sur sa roue de sélection, et on révèle simultanément le choix de chacun.

On distribue les points de chaque opposant en fonction de son rang, puis chacun envoie tous ses cabelleros présents sur la région choisie, ce qui aura souvent pour effet de faire basculer une majorité dans un autre territoire !

 

Roue de sélection.

Métamorphose dans la chrysalide

Le jeu de base est déjà solide et semble bénéficier d’une excellente rejouabilité, mais les extensions contenues dans cette Big Box modifient ces règles de base, parfois même en profondeur, ce qui peut changer radicalement la perception du jeu.

Du haut de mes cinq parties, je suis évidemment loin d’avoir fait le tour de cette grosse boîte, mais j’ai pu me confronter à certaines extensions.

 

Colonies et Grand Inquisiteur :

J’ai commencé à ajouter le module Colonies et Grand Inquisiteur dont le livret de règles est le plus épais avec ses 7 pages : autant débuter avec ce qui semblait être l’extension la plus difficile. Et effectivement, le jeu est beaucoup plus complexe, car les possibilités pour marquer des points de victoire sont plus nombreuses et les choix encore plus cornéliens.

La mise en place est légèrement différente, car le plateau de jeu s’ouvre vers de nouvelles régions : la France, l’Amérique, l’Afrique, et le Navire. On dépose deux jetons marchandise sur l’Afrique, ainsi qu’un jeton or en Amérique.

Ces jetons pourront être rapportés en Espagne via le Navire, afin de gagner des points de victoire supplémentaires.

De plus, une des zones reçoit un tableau dit limite, qui réduit le nombre de caballeros pris en compte dans le calcul de la majorité.

Enfin, deux provinces reçoivent deux meeples noirs qui représentent les forces de l’Inquisiteur qui est un joueur neutre en début de partie.

La région France ne possède que trois emplacements disponibles pour les caballeros : une fois cette province pleine, il ne sera plus possible d’y ramener d’autres meeples, tant qu’un de ceux présent ne l’aura pas quittée, libérant ainsi un emplacement.

Lors d’un décompte, en plus des points obtenus pour la majorité, le joueur possédant une de ses troupes sur la case de l’Ambassadeur marquera deux points, et celui dont le caballero occupera la case de l’Emissaire marquera un point. Il sera donc impératif de bien se positionner en France dès le début de partie.

 

Le Navire, bien qu’il permette également d’obtenir des points de victoire, avec la place très convoitée de Capitaine (apportant tout de même trois points lors d’un décompte), est principalement utilisé comme moyen de transport pour atteindre les colonies lointaines (Amérique et Afrique).

Lorsque le Roi est sur une province côtière, un joueur peut envoyer ses caballeros sur le Navire. Ceux présents depuis la fin de la manche précédente pourront être déplacés, gratuitement et donc sans utiliser de déplacement donné par sa carte action, vers l’Amérique, l’Afrique ou une région côtière de l’Espagne (ou même en France) : utile pour mettre ses troupes en attente d’un retour sur la péninsule Ibérique, mais pas que… en effet, l’accès aux régions lointaines nous permettra (peut-être) d’acquérir des jetons de marchandises ou d’or.

 

Le joueur vert s’est emparé de la place de Capitaine, alors que le joueur jaune transporte des jetons vers l’Espagne.

 

Encore une fois, le vénal joueur vert a décidé de s’emparer de la position de Vice-Roi.

 

Une fois en Amérique ou en Afrique, différentes possibilités s’offrent aux joueurs.

En Afrique, on peut trouver des jetons marchandises dont on peut s’emparer lors de son tour : un caballero ne peut transporter qu’un seul jeton et est lié à celui-ci de manière définitive.

Un jeton marchandise rapporté sur le continent (en passant par les icônes de ports) donnera 4 points à son propriétaire avant d’être remis en réserve.

Concernant l’Amérique, on y trouvera des jetons or qui donneront 6 points à leur propriétaire, une fois ramenés au Pays.

Bien entendu, ces deux provinces seront également pris en compte lors des décomptes : on aura ainsi le choix entre faire des aller-retours vers la péninsule Ibérique ou s’installer durablement dans la région.

D’autant plus que l’Amérique présente un emplacement de choix : la case de Vice-Roi qui rapportera 5 points au joueur qui y a déposé une de ses troupes !

 

 

Par ailleurs, la province qui contient le tableau limite devient un peu particulière, car bien que le nombre de caballeros pouvant y stationner ne soit pas réduit, ceux qui seront retenus dans les décomptes de majorité seront ceux qui auront trouvé une place libre sur un emplacement de ce tableau.

Imaginez ainsi ce que cela donne quand ce tableau est déplacé vers une autre région débordant de troupes (et oui, c’est possible !).

Enfin, il nous reste à parler des spécificités du Grand Inquisiteur. Les cartes actions sont différentes de celles du jeu de base, et les joueurs ont le choix entre 7 cartes au lieu de 5.

Une de ces cartes est celle de l’inquisition : elle permet de s’emparer du rôle de Grand Inquisiteur jusqu’à ce qu’un adversaire prenne à son tour la carte action correspondante. En plus de certaines capacités, ce rôle permet surtout de considérer les caballeros noirs comme les siens : parfait pour trancher les égalités en sa faveur ou se démarquer de ses concurrents dans la course à la majorité !

 

 

Roi et Intrigues :

Voici une extension avec laquelle j’imaginais raccourcir le temps de jeu, mais au final, il n’en est rien. En effet, la mise en place modifie les cartes action disponibles : celles-ci seront toujours les mêmes d’un tour à l’autre, ce qui limite les choix disponibles. Sauf qu’on ne joue plus avec le deck de base de cartes de pouvoir, et cela transforme radicalement les choses.

En effet, avant de débuter la partie, chaque joueur dispose de 18 cartes pouvoir, parmi lesquelles il va en sélectionner 13. Pour ne rien arranger, chacune dispose d’actions qui ne pourront être réalisées qu’en s’emparant de la bonne carte action. Ces dernières seront distribuées en fonction des valeurs des cartes pouvoir jouées par chacun… Ouille ouille ouille, ça se complique !

Une magnifique joute dans une partie à trois joueurs !

 

 

Le choix sont finalement tout aussi cornéliens que ceux proposés par le jeu de base, voire même de l’extension Colonies et Grand Inquisiteur.

J’ai pu essayer ce module dans une partie à 3 joueurs, et j’ignore si c’est cette configuration particulière qui a resserré les scores, mais je l’ai trouvé beaucoup plus intéressante et équilibrée que les parties réalisées à 4 joueurs, où quelqu’un fini toujours par se faire décrocher sur la piste de points de victoire : à vérifier !

 

 

Quoi d’autre dans cette Big Box ?

Je vous ai parlé des deux extensions que j’ai pu tester, mais cette édition comporte également d’autres modules (6 au total pour être précis).

L’Edition des Joueurs, et les Cartes Spéciales apportent encore plus de diversité, avec leurs 55 cartes pouvoirs pour l’une, et 50 cartes pouvoirs pour l’autre : de quoi vous amuser encore plus longtemps, tout en assurant un renouvellement gigantesque ! Peut-être trop d’ailleurs, je ne suis pas certain de les utiliser un jour…

On trouve également l’Extension Anniversaire qui s’apparente en fait à une sorte de goodie, ne modifiant que légèrement les règles de base.

Chaque famille de nobles fait appel à un porte étendard qui tranche les éventuelles égalité en sa faveur lors des décomptes de majorité.

Enfin, le module Grandissimo semble apporter son lot de nouveautés et de subtilités. On pourra notamment batailler au Portugal !

 

Celle-ci, par contre, je l’essaierai à coup sûr !

 

Les observations du Grande

Je me méfie souvent du concept de Big Box, pensant que le jeu de base suffit dans la plupart des cas, et que démultiplier le nombre d’extensions n’apporte pas forcément une dimension supplémentaire à l’ensemble. Ainsi, j’ai souvent l’impression qu’on me force à acheter bien plus que ce dont j’ai besoin pour profiter du jeu. C’est un peu le cas ici, car cette grosse boîte « anniversaire » entièrement francisée est vendue en un seul bloc (tout de même onéreux), et on peut regretter de ne pas pouvoir acquérir le jeu d’origine sans ses extensions. Cependant, il faut reconnaître que celles-ci apportent une variété très intéressante et renouvellent radicalement le jeu de base, ce qui fait de cette Big Box une boite très complète et indispensable à celles et ceux qui auront succombé au charme de la version « classique ».

Mais justement, qu’en est-il de ce El Grande ? Et bien, force est de constater qu’il a très bien vieilli et que son classement dans le top des joueurs est mérité. Les mécaniques de jeu sont simples, épurées, pour ne pas dire élégantes selon le terme consacré !

Dans la catégorie des jeux de majorité, il me semble véritablement être une pépite à côté de laquelle il serait dommage de ne pas s’attarder. L’interaction est omniprésente comme on est en droit de l’attendre pour ce type de jeu, et il trouvera sa place sur toutes les tables, que ce soit entre joueurs confirmés (qui s’en donneront à coeur joie pour mettre des bâtons dans les roues de leurs adversaires) ou en famille (on pourra essayer de jouer moins méchamment) avec des enfants de 12 ans et plus.

Inclinez-vous devant votre Roi!

 

Par ailleurs, bien souvent j’ai pu lire à droite et à gauche que seules les configurations à 4 et 5 joueurs sont intéressantes. Je pense qu’une partie reste tout aussi passionnante à 3 joueurs, même si en effet, j’émets de forts bémols sur l’intérêt d’une configuration à deux joueurs qui me paraît clairement ne pas pouvoir faire ressortir le plein potentiel du jeu.

En bref, El Grande a tout du véritable classique et mérite sans aucun problème une place de choix dans votre ludothèque.

 

Merci à LSD graph pour les illustrations de l’article. 

 

El Grande Big Box,

Un jeu de Richard Ulrich et Wolfgang Kramer
Illustré par Doris Matthäus
Edité par Filosofia
Langue et traductions : Français
Date de sortie : 2015
De 2 à 5 joueurs
A partir de 12 ans
Durée d’une partie 60 à 120 minutes

3 Commentaires

  1. motlockbob 01/11/2016
    Répondre

    Un bel hommage à ce jeu qui n a pas à rougir de son âge. J avoue avoir essayé en son  temps les exten (dont les règles étaient traduites) qui ne m ont pas emballé plus que ça. Je regarde toujours cette big box avec envie

    En me disant qu’ enfin tout est dispo en français, mais non, la boite de base suffit.

  2. Photo du profil de Grovast
    Grovast 01/11/2016
    Répondre

    Le jeu de base est tellement bon et pur que j’ai un peu peur de ne jamais trop sortir les extensions avec des nouveaux joueurs. Sauf à pouvoir explorer le truc avec un groupe fixe régulier. Après, on a tellement attendu cette big box qu’on ne va pas se plaindre non plus. C’est pas comme si elle se vendait 100€ 🙂

    Le classement BGG vole un peu en éclats ces derniers temps (sans doute du fait d’un nombre de votants en forte expansion), mais il a été dans le top 10/20 pendant de nombreuses années, et je suis 100% en phase pour dire qu’il est encore plus que dans le coup malgré son âge. En jeu de majorité pur, on a pas encore fait mieux.

  3. Photo du profil de atom
    atom 02/11/2016
    Répondre

    Celui la il traine dans le placard de mon asso, et il a failli partir plusieurs fois.  Je n’y ai toujours pas joué, j’étais attiré par la grosse boite mais j’avais peur que les extensions ne soient jamais jouées. On le trouve facilement francisé autour de 15 €, peut être que la prochaine fois je craquerais.

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