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Chicken Caesar: moripoulet te salutant!

« Qu’attendons-nous de la vie ? Qu’attendons-nous de notre passage sur Terre ? Manger ? Procréer ? Jouir d’une existence paisible et futile ?

Et quelle emprunte laisserons-nous ? Quelle trace suivront les générations futures ? Pourront-ils se souvenir de leurs aînés, ou bien l’ignorance et le chaos auront-ils raison de nous ?

Je veux que mes enfants puissent se lever fièrement, gonfler leur torse, chanter au point du jour et dire : « Mes pères ont marché ici. Mes pères ont mangé dans cette auge. »

Je veux que mes enfants puissent suivre le sillon tracé par mes ergots. »

— Flavius IV

Oui, chers poulets, ce discours nous a tous ému : il marquait les fondations de notre société. Il scellait dans le marbre l’émergence de notre coopérative. Là où toute volaille préfère vivre dans sa fiente et manger du grain, nous avons choisi la voie de la civilisation !

Mais ce n’est pas une mince affaire, et que ce soit dans la terre ou sur le marbre, on fait toujours caca pareil. La nature gallinacée est sombre et la soif du pouvoir insatiable. On ne fait pas d’empire sans casser des oeufs, chers poulets, et pour qu’un César émerge, nombreux sont ceux qui tomberont… 

Premier acte : Bâtir un Empire

Ok bon, suivons donc l’exemple humain et marchons-nous les uns sur les autres. Le Sénat, c’est sympa !

Flavius : Propre, efficace, sanglant, l’empire permet un turn-over assez fulgurant dans les différentes magistratures : de quoi satisfaire toutes les ambitions, puisque les sièges changent assez souvent de croupion.

Casca : Optons pour un César, Princeps Senatus, qui saura se vautrer dans l’opulence, mener des campagnes dispendieuses et jouir de la gloire de son titre.

Pontius : Oui, mais…  on ne peut pas sortir de la coopérative…

Casca : Ah! oui en effet, oublions donc les campagnes dispendieuses et gardons l’opulence et la gloire, c’est déjà pas mal.

Flavius : Je veux bien me porter volontaire.

Lucius : Moi aussi !

Gaius : Moi aussi! Flavius, vous n’avez pas le monopole de la gloire!

Aquila : Moi ! Moi !

Casca : Calmons-nous, chers amis ! Patience, un Sénat sans magistrat, ça n’a pas de sens.

Flavius : Ajoutons donc quelques étapes : nous ne sommes pas des sauvages, il nous faudra donc un bureau chargé de prélever le maïs et de le répartir équitablement.

Pontius: Ok je m’en occupe.

Lucius: non! moi!

Aquila: non! non! moi d’abord!

Casca : Paaaaatience, mes amis! Ne tombons pas à nouveau dans le guano de l’ignorance! Sachons nous montrer civilisés, et organisons des élections afin de pourvoir les postes des bureaux!

Gaius: Ok, mais je m’occupe du maïs…

Lucius: mon cher Gaius, je crois que tu n’as pas bien compris.

Pontius: si si, il a compris, tu vas voir : Gaius, si tu me donnes ta ration, je vote pour toi…

Oui, stop ! Car c’est là que tout se joue, là que tout se tient, dans la phrase de Pontius : si tu me donnes ta ration, je vote pour toi…

Mais bon sang de bonsoir ! C’est ça la civilisation !


Chicken Caesar est un jeu de Brian Fischer et John Sizemore, édité par Nevermore Games.

Un heureux télescopage entre House of cards et Chicken Run a permis cette rafraichissante thématique : de grandes familles aristocratiques se déchirent dans les hautes sphères du pouvoir de la Rome antique. Le coup de maître a été de transposer tout ce petit monde dans une coopérative avicole.

Votes, meurtres, alliances fragiles, et trahisons multiples font de ce jeu un excellent entraînement à l’exercice du pouvoir.

Pour 3 à 6 arrivistes, à partir de 12 ans, et pour une durée de 90 minutes si on limite dans le temps les négociations.

Attention! Les règles sont en anglais, mais il existe une traduction française là, et  il n’y a aucun texte sur le matériel de jeu. 


 Acte 2 : Ave La coop !

MeepleGaut : salut les poulets! Bon dites-moi, vous avez l’air sacrément bien organisés là, mais vous pouvez m’expliquer un peu tout ça?


    

 

MeepleGaut : Ok Ok, c’est très clair, mais ça m’a l’air un peu vide: vous êtes là-dedans?

 

       

 

MeepleGaut : vous êtes marrants vous! A chaque fois que vous donnez une réponse, vous soulevez une autre question : les distinctions, c’est quoi ? Et vous avez parlé de gardes prétoriens, non mais c’est qui ces keums ?

Pontius : Dis donc petit morveux : je te rappelle que je suis consul et j’attends de ta part un peu plus de déférence à mon égard…

 

       

MeepleGaut : Quoi ??? Vous VOTEZ ????

Gaius : ben oui môsieur l’humain, vous n’avez pas le monopole de l’organisation sociale !

Pontius : Le vote est une partie très importante de notre exercice. A chaque fois qu’il faut promouvoir un coq ou le livrer au renard, nous votons pour déterminer l’heureux (ou le malheureux) élu. Quant aux distinctions, c’est le coeur du jeu : c’est ce qui va déterminer le vainqueur.


         

MeepleGaut : Ok d’accord, mais là: Re-STOP !  Il y a un truc qui me chiffonne… Votre système, là, ça peut pas marcher : tout le monde va vouloir arriver là-haut puisque ce sont les jetons César qui rapportent le plus. Mais il n’y a qu’une place: comment arriver au sommet sans le vote de ses adversaires ?

Pontius : mais c’est exactement cela dont il s’agit ! On a besoin des autres pour aller là où il n’y a qu’une place...Et bien tout se tient là: « Si tu me donnes ta ration, je vote pour toi… »  Car oui, pratiquement tout le temps, il va falloir négocier, soudoyer, promettre, payer, mentir ou non pour obtenir des autres ce dont tu as besoin. Pratiquement tout le temps (et surtout durant les votes, il faut tenter de s’arranger avec les autres, en suivant cette seule règle d’or: dès lors  que quelqu’un reçoit des frumenti au terme d’une négociation (voter pour machin, exiler truc…) il ne peut pas se rétracter et se doit d’honorer son contrat. Dans tous les autres cas, tout est permis! Alliances, trahisons, l’exercice du pouvoir c’est vraiment grisant! et puis je vous rassure: on peut aussi gagner sans avoir le plus de jetons César.


Acte 3 : L’Exercice du Pouvoir

 Or donc, chaque tour on suit les phases suivantes. A la fin d’un tour, trèèès souvent César meurt (de ses blessures, bien évidemment) et un nouveau règne commence.


 

Bien évidemment, au premier tour, il n’y a pas d’avancement puisque tous les postes sont occupés à la mise en place.

Ensuite viennent les tâches administratives…


 


      

 

MeepleGaut : WowowoWOW! Doucement, !

Je veux être bien sûr de comprendre: les gardes, c’est les cartes VIGIL et TRADITOR, c’est bien ça ?

Pontius : oui, et leur nombre respectif dépend de ce qu’ont décidé les édiles en termes d’impôts…

MeepleGaut : et donc, il n’y a que deux gardes pour les édiles et le censeur?

Pontius : techniquement seul le censeur n’a que deux gardes, car les édiles ont un TRADITOR supplémentaire, imprimé sur le plateau (regarde la photo II.PRAETOR…)

MeepleGaut : c’est moche, ça…

 

    

 

MeepleGaut : Et César ? Il fait quoi César ?

​Pontius : il ne fait rien, hormis recevoir les lauriers de son règne, comme tu vas pouvoir le voir dans la phase suivante.


   

Pontius : ici rien à faire sinon se remplir les poches. C’est, de loin, la phase la plus reposante du règne…

      


MeepleGaut : J’ai comme l’impression que c’est comme qui dirait là que ça doit envoyer de la bûchette, non?

Pontius : Certains se marrent, d’autres moins. L’exercice du pouvoir peut s’avérer brutal: on révèle maintenant toutes les cartes « Gardes prétoriens » qui ont été posées devant les bureaux.

La règle : Une carte « VIGIL » neutralise une carte « TRADITOR », et pour chaque carte « TRADITOR » en plus, un magistrat doit mourir !

    

MeepleGaut : mais, mais, mais c’est complètement horrible ! 

Pontius : mais non, mon cher gaut : si les magistrats sont trop gourmands et ignorent la plèbe, ils se font sanctionner, voilà tout. Et puis ça fait de la place pour les jeunes! Chaque mort est placé dans la première alcôve libre, en partant de la gauche du plateau.

MeepleGaut : mais non, c’est pas ça ! Ce qui est horrible, c’est de vous voir voter pour désigner qui sera sacrifié. Brrrrrr ! ça me donne la chair de poule…

​Gaius : mais môsieur l’humain, vous n’avez pas le monopole de la barbarie !


  

Pontius : César pourra donc se démener comme un beau diable pour garder tout le monde vivant et rester faire le coq un tour de plus. Seulement, si c’est le cas, les impôts feront un sérieux bond en avant et il risque alors d’y avoir de méchantes purges dans les bureaux. Pas sûr que ce soit au goût de tous…




4. L’oeuf et la poule…

​MeepleGaut : Bon, après j’imagine que c’est comme le truc de l’oeuf et de la poule : on fait une nouvelle phase d’avancement et ainsi de suite, c’est ça ?

​Pontius : Tout à fait, à ceci près que nous sommes des coqs et que nous ne pondons pas. Du coup, la chambre des questeurs va progressivement se vider et les alcôves se remplir…

​MeepleGaut : l’inéluctable marche du Temps : naissance, apogée et chute d’un empire, finalement j’ai envie de dire tout ça pour ça ? Vous laisserez quoi après vous?

Pontius : mais la gloire cher Gaut, la gloire ! Nous aurons marqué l’Histoire de notre emprunte, c’est pas rien quand-même !

MeepleGaut : mmmouais…

  Pontius : la partie s’arrête lorsqu’il n’y a plus assez de coqs dans la chambre des questeurs pour remplir tous les bureaux lors de la phase d’avancement, ou lorsqu’une famille a été entièrement éliminée.

Chaque famille compte alors tous les insignes qu’elle a pu placer sur ses coqs, en les rangeant par séries identiques, et fait le total, en suivant ce tableau. La famille avec le plus grand score est victorieuse!

MeepleGaut : oulalala, ça m’a l’air assez cryptique ce truc…

​Gaius : mais oui môsieur l’humain, vous n’avez pas le monopole des mathéma….

Pontius : c’est bon, c’est bon, merci Gaius… En fait c’est très simple : les séries « bronze » rapportent 1+2+3+4…, les séries « argent » rapportent 2+4+6+8… et l’or 3+6+9+12 et ainsi de suite…. Il peut donc parfois être plus intéressant de s’ancrer dans un bureau que de monter les échelons du pouvoir.

MeepleGaut : Ok, ça roule ma poule, en fait c’est même limpide. Je vais te dire Pontius, je crois même que j’ai des plumes qui me poussent un peu partout. Du coup, je vais arrêter de faire des jeux de mots vaseux, et je vais plutôt me lancer dans la politique, j’ai carrément plus mes chances que dans le placement d’ouvrier ou l’optimisation de ressources. Travailler l’humain, ça me plaît ! Merci en tous cas, étripez-vous bien, si ça permet de sortir du guano de l’ignorance, c’est carrément une bonne opportunité ! Et comme on dit chez nous, alea jacta est, ma non troppo et tutti quanti

Pontius : Pour sortir du guano de l’ignorance, je te suggère également de prendre quelques cours de latin, pour la forme.

​MeepleGaut : Ok reçu 5/5, hasta la vista baby.

Le jeu sur BGG

​La vidéo de Tom Vasel

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